Humain, humus, humilité

Des mots reliés, mais un lien qu’on a oublié, qu’on cherche parfois à nier, qu’on devrait pourtant cultiver…

Nous ne sommes pas assez attentifs aux parentés des mots. Vous l’avez déjà compris (ou le savez), humain, humus et humilité ont la même étymologie, la terre au sens de sol. L’humilité, c’est en réalité assez simplement se reconnaître terrestre, partie prenante du vivant.

Ça doit être absolument insupportable aux transhumanistes qui veulent de toute urgence nous sortir de cette matérialité… humiliante. Pour eux l’humain (au moins son intelligence, la seule chose qui compte pour eux) pourrait être transféré sur des « supports » différents que ces corps issus de la glèbe. Moi qu’on qualifiait jeune de « pur esprit » et qui m’en trouvais bêtement flatté, je comprends aujourd’hui viscéralement à quel point j’étais sèchement désincarné.

Patrick Viveret ajoute à ce triptyque l’humour mais c’est en fait une autre origine : de la terre on passe à l’eau à travers l’humeur, les humeurs, l’humidité. C’est le fluide, le liquide, une certaine ambiguïté aussi, qu’on doit interpréter. Restons-en donc au triptyque. Humain, humus, humilité. Si on y réfléchit, c’est le contour, l’horizon du développement durable, l’antidote à l’hubris.

Sur le même sujet, plus centré sur la dimension (essentielle !) de l’agroécologie un beau papier de la romancière Sylvie Germain

 

 

 

2 réflexions sur « Humain, humus, humilité »

  1. excellent Hervé, l’étymologie nous remet souvent sur la bonne voie! Gaïa doit de retourner sur son humus de nous voir la nier ainsi!

  2. Progresser en humanité, c’est sans doute chercher à développer en profondeur la compréhension du monde où nous vivons, tout en acceptant en toute humilité la place à la fois unique et extrêmement modeste que les processus qui régissent le vivant nous assignent.
    Il n’est pas indifférent de se rappeler que pour ces processus, la place de l’homme pèse moins que celle des vers de terre, qui savent brasser le sol pour l’aérer et y faire circuler l’eau et les gaz, et décomposer les déchets pour les réintroduire dans les cycles dont ont besoin la flore et la faune à laquelle nous appartenons…
    Darwin, prenant conscience de leur rôle vital, a passé la fin de sa vie à les étudier. Un Français occupe en moyenne un hectare de terrain, mais chaque hectare de ce terrain compte 1 à 2 tonnes de verres de terre…
    Alors rester humble devant l’humus, tout en étant fier de notre humanité quand celle-ci nous permet de comprendre notre place et de respecter le vivant ?

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