Si, nous sommes responsables ! …et nous pouvons agir

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Voilà ce qu’a dit le Président de la République sur un ton qui n’admettait ni réplique ni contestation : « Ces crimes sont ceux « d’un monstre » et pas d’un fou qui serait irresponsable. Lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable. Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions, c’est indigne ».  Je crains fort de tomber dans l’indignité selon Sarkozy mais, pour moi, le ton même du propos, sa violence, sa certitude aveugle à toute autre vision de la réalité sont indignes de la fonction qu’il occupe.
Alors notre société n’aurait aucune part à la dérive de ses membres les plus fragiles ? Mohamed Mehra serait donc un tueur-né, génétiquement programmé ? Toute la faute est sur lui et la société est blanche comme neige ? Absurde évidemment, comme serait absurde également l’idée d’incriminer la société et de blanchir le tueur.

Peut-on accepter de regarder dans cet « entre deux », ni tout blanc ni tout noir, où la personne humaine est bien responsable de ses actes et où la société doit néanmoins se poser des questions sur la manière dont elle laisse dériver certains de ses membres ?
Arrêtons de confondre culpabilité et responsabilité : il y a bien un coupable identifié mais aussi des responsabilités multiples quant au contexte qui permet l’émergence de tels faits.

Peut-on rappeler une vérité d’évidence mais trop occultée car dérangeante ? Comme pour toute relation, l’intégration suppose deux interlocuteurs, celui qui s’intègre et ceux qui l’accueillent. Depuis des années nous nous focalisons sur ceux qui doivent s’intégrer mais que faisons-nous pour nous rendre plus accueillants ? A quoi peut bien servir un parcours universitaire brillant si la suite est constituée de petits boulots mal payés, précaires et sans rapports avec la formation suivie ? Comment donner envie aux jeunes de suivre l’exemple de ceux qui font l’effort de se former malgré des conditions d’études difficiles s’ils voient les galères que les diplômes n’évitent pas ?

Lors de la crise des banlieues de 2005, nous avions déjà écrit en ce sens. Peut-être que les entreprises que nous interpellions aux Ateliers de la Citoyenneté sont aujourd’hui plus prêtes à s’engager sur ces sujets . Les efforts faits en matière de RSE ou de Développement Durable sont plutôt encourageants. Relançons la bouteille à la mer … !

Des salariés d’entreprise dans les carnets d’adresse des jeunes des banlieues ?
On sait que ce qui permet de trouver un emploi, c’est bien sûr les compétences sanctionnées par des diplômes, mais c’est aussi le capital relationnel des personnes. Or chacun convient qu’un jeune habitant en banlieue dispose d’un capital relationnel très réduit. Ses interlocuteurs adultes sont essentiellement des professionnels du travail social qu’il ne rencontre que dans une posture d’aide ou d’assistance.

Ne pourrait-on pas envisager un vaste programme de volontariat ouvert à des salariés d’entreprises pour qu’ils puissent participer AVEC des jeunes habitant les banlieues à des programmes d’intérêt général de tous ordres ? Dans le cadre des activités proposées, des relations se noueraient avec des adultes socialement intégrés, qui pourraient faire bénéficier les jeunes de leur carnet d’adresse. On ne serait pas là dans une logique d’aide directe mais dans le registre de ce que les Québécois appellent le « mentorat », une relation choisie née d’une rencontre à l’occasion d’une activité faite ensemble. Puisque ces rencontres ne se font pas spontanément, il faut les susciter. On pourrait s’appuyer sur des initiatives réussies de brassage social comme la préparation du défilé de la Biennale de la Danse à Lyon. Ce qu’il faut, c’est rendre ce programme attractif, en y impliquant des personnalités charismatiques, en le médiatisant  mais aussi, tout simplement, en l’appuyant sur des activités créatives et valorisantes.
Les entreprises qui participeraient à un tel programme en libérant leurs salariés quelques heures par mois en mécénat de compétence, seraient doublement gagnantes : elles permettraient à leurs salariés de s’investir dans une aventure humaine dont bien des enseignements pourraient être réinvestis dans l’entreprise, elles bénéficieraient de contacts préalables entre des jeunes et des salariés facilitant ensuite les recrutements et surtout l’intégration professionnelle.

Qu’on me comprenne bien : je ne prétends pas que l’on évitera des crimes comme celui de Mohamed Mehra par un programme de volontariat, même d’ampleur nationale… Pour autant il y a bien une chose dont je suis sûr : il ne faut pas laisser s’enfler la double vague de rejet d’un côté et de rage d’être rejeté de l’autre. Essayons chacun d’y contribuer, loin des dénonciations en indignité.