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	<title>persopolitique.fr</title>
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	<description>le blog d&#039;Hervé Chaygneaud-Dupuy</description>
	<lastBuildDate>Sat, 15 Jun 2013 14:10:14 +0000</lastBuildDate>
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		<title>projet d&#8217;alliance</title>
		<link>http://www.persopolitique.fr/441/projet-dalliance/</link>
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		<pubDate>Sat, 15 Jun 2013 14:02:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
				<category><![CDATA[chemins]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[société civile]]></category>

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		<description><![CDATA[Intéressantes les réactions à mon texte sur le tirage au sort : beaucoup plus positives qu'il y a 10 ans ! Sans attendre sa mise en œuvre (encore lointaine, si ma datation est juste ;-) ), j'aimerais engager une réflexion plus immédiate sur la transformation du politique. que pensez-vous du projet d'alliance que j'imagine ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous sommes nombreux à partager même intuition : le dialogue entre politique et société civile est indispensable pour régénérer la démocratie et la sortir d’un entre soi mortifère, entre soi avant tout du côté des politiques mais parfois aussi du côté des associations et des collectifs qui craignent toute instrumentalisation. Seule pourtant une véritable alliance peut faire naître les mobilisations collectives dont la transition écologique et sociale a besoin. Les politiques publiques traditionnelles sont impuissantes, faute de moyens budgétaires suffisants (en période de crise) mais surtout faute de moyens d’action pertinents.</p>
<p>Ce dialogue aujourd’hui est rendu impossible par une classe politique qui se coupe de la réalité de la société pourtant beaucoup plus vivante que ne l’est la politique institutionnelle. L’inventivité, la créativité sont le fait des entrepreneurs sociaux, des collectifs et associations de toutes natures. Il faut donc du bottom up, des partenariats publics privé équilibrés, des campagnes médiatiques d’un nouveau genre, des capacités à construire et animer des réseaux d’acteurs,…</p>
<p>Les gouvernants peinent à réinventer leur rôle pour accompagner la transition en cours. Ils continuent à utiliser les mêmes instruments de l’action publique (le budget et la loi) alors qu’ils ne cessent de dire qu’il y a trop de règles et qu’il faut réduire les budgets. Réussir la transition c’est accompagner les changements de comportements (et plus encore d’attitudes) en matière de consommation, de déplacement, de santé,… Or sur le registre des comportements les armes budgétaires et réglementaires sont nettement moins efficaces que les actions de mobilisation des acteurs de la société civile… mais cela suppose des compétences que l’on n’apprend pas à l’ENA. Il faut donc apprendre à composer avec la société civile. Les politiques ne peuvent pas le faire seuls.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Les limites du combat politique traditionnel</strong></p>
<p>Certains comme Corinne Lepage et son<a title="le rassemblement citoyen de Corinne Lepage" href="http://lerassemblementcitoyen.fr/"> Rassemblement Citoyen </a>estiment nécessaire d&#8217;entrer dans le combat politique traditionnel pour qu’il y ait des élus qui transforment de l’intérieur l’action publique puisque celle-ci n’accepte pas de se voir dicter d’autres modes de faire de l’extérieur. Il faudrait donc être au pouvoir pour agir efficacement et changer les règles.</p>
<p>Même si j&#8217;ai beaucoup d&#8217;intérêt pour la démarche de Corinne Lepage, avec qui j&#8217;en ai discuté, je suis sceptique sur la possibilité de créer un mouvement suffisamment fort pour que les élus obtenus soient en mesure de peser efficacement (voir les Vert au gouvernement). Quelques élus seraient vite digérés par le système et à l’échéance électorale suivante le combat serait à reprendre de zéro.</p>
<p>On voit à quel point le système électoral, le monde médiatique et nos représentations idéologiques de la politique rendent difficile toute approche pragmatique s’appuyant sur les meilleurs de gauche et de droite. Tous ceux qui se sont essayé à dépasser ce clivage pourtant archaïque s’y sont cassés les dents (Chevènement, Bayrou, Cohn-Bendit,…)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le projet que nous pourrions bâtir</strong></p>
<p>Un autre combat me paraît jouable. Il s’appuie sur le raisonnement suivant :</p>
<p>1- Le personnel politique est très difficile à remplacer par la voie électorale classique : il est très homogène, au-delà des étiquettes politiques, et les partis sont de redoutables machines à conserver les situations acquises.</p>
<p>2- Les politiques publiques sont de moins en moins efficaces et les marges de manœuvre sont de plus en plus réduites sur le plan budgétaire ce qui fait que les politiques (au moins au plan national) sont remis en cause à chaque élection</p>
<p>3- Pour se maintenir au pouvoir ils peuvent être prêts à modifier leurs modes de faire A CONDITION que ça ne se traduise pas par une perte de pouvoir.</p>
<p>L’enjeu est donc de FAIRE ALLIANCE avec les plus ouverts d’entre eux (au plan national comme au plan local) en leur apportant une capacité de mobilisation de la société civile sur les politiques publiques dont ils sont en charge.</p>
<p>Jusqu’ici les politiques ont toujours perçu la société civile comme des empêcheurs d’agir (les ONG environnementales, les associations de consommateurs,…), des défenseurs d’intérêts catégoriels (le patronat, les syndicats,…), des supplétifs palliant les déficiences de l’Etat (les associations du secteur social…). Il est donc nécessaire de construire une autre relation, qui passe par plusieurs axes de travail simultanés :</p>
<p>1-<strong> mettre au point la « boîte à outils »</strong> pour reprendre l’expression de Fr Hollande avec</p>
<p>- de véritables plans de soutien à l&#8217;initiative sociétale</p>
<p>- des instruments juridiques neufs comme par exemple un « droit de tirage sur l&#8217;expertise publique » ou le « droit de saisine du Parlement » pour mettre à l’ordre du jour du Parlement des propositions de loi d’initiative citoyenne (de préférence au référendum qui nie l’utilité de la délibération démocratique)</p>
<p>- l’obligation de jurys citoyens préalables à la législation sur des sujets de société</p>
<p>- le déploiement d&#8217;incubateurs civiques,</p>
<p>2- <strong>trouver des alliés chez les politiques </strong>qui s’engagent dans le mouvement et lancer des expérimentations avec des collectivités partenaires</p>
<p>3-<strong> donner à voir médiatiquement </strong>ce que produit l’alliance politique/société civile là où elle marche (un peu en France et beaucoup à l’étranger) en trouvant des alliés dans le monde médiatique et en utilisant les réseaux sociaux</p>
<p>Construire une nouvelle « boîte à outils du politique », l’expérimenter avec des alliés, faire évoluer les représentations grâce à des médias en pointe et à la force des réseaux sociaux me semble un combat qui vaut la peine d’être mené.</p>
<p>La société civile a longtemps été méfiante à l&#8217;égard de tous les pouvoirs, sans doute trop marquée par la génération 68, pour chercher à construire cette alliance. Le risque est aujourd&#8217;hui inverse : la génération Internet tend à croire que les réseaux se suffisent à eux-mêmes et que les institutions sont de vieilles choses qu&#8217;il vaut mieux contourner.  Mais j&#8217;ai l&#8217;impression que les choses évoluent. En regardant des extraits des débats du Forum Changer d&#8217;ère qui avait lieu à la Villette le week-end dernier, j&#8217;ai vu des passerelles nouvelles s&#8217;établir. Il y a dans les trentenaires des personnalités intéressantes : <a title="pour découvrir Anne-Sophie Novel" href="http://www.demoinsenmieux.com/">Anne-Sophie Novel</a>, <a title="pour découvrir Thanh Nghiem" href="http://www.thanh-nghiem.fr/tiki-index.php">Thanh Nghiem</a>&#8230; qui savent envisager le genre d&#8217;alliances auquel j&#8217;appelle. Patrick Viveret ne s&#8217;y est pas trompé lui qui a su à cette occasion tendre la main à la nouvelle génération&#8230; tout en l&#8217;incitant à ne pas oublier les combats nécessaires contre la démesure et la financiarisation (en présence du patron de Publicis !).</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>une lettre de … 2063</title>
		<link>http://www.persopolitique.fr/394/une-lettre-de-%e2%80%a6-2063/</link>
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		<pubDate>Sat, 25 May 2013 06:14:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
				<category><![CDATA[chemins]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[tirage au sort]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous propose un petit voyage dans un avenir possible... pas dans l'utopie. Je ne cherche pas à décrire un monde idéal mais un monde résilient. Le tirage au sort pourrait y contribuer, il me semble. Je vous laisse en juger... et réagir !!]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>Voici la lettre reçu du futur que j&#8217;évoquais dans mon post précédent. Elle sera publiée en avant-propos du livre sur cette question du tirage au sort des députés dont j&#8217;achève la rédaction actuellement.</p>
<p><em>Cher prédécesseur,</em></p>
<p><em>Nous sommes en 2063. J’ai le privilège de pouvoir m’adresser à  toi qui vis en 2013, 50 ans avant que ces lignes aient été écrites&#8230; Nous avons en effet jugé important que ceux qui auront à vivre les grandes crises du début du XXIème siècle aient une vision de l’avenir… pour qu’ils soient en mesure de le construire ! Ce courrier diachronique est un peu une bouteille à la mer mais certaines de ces bouteilles parfois sont ouvertes et leur contenu compris… Voici donc en quelques mots ce qu’il faut que tu saches pour que tu oses imaginer et bâtir une démocratie renouvelée.</em></p>
<p><em>Où en est-on aujourd’hui ? Le tirage au sort des députés est devenu la règle depuis maintenant seize ans. On a ainsi un gouvernement dirigé par un président élu (avec son équipe de quinze ministres) et un parlement dont une chambre est désignée par le sort. Ne hausse pas les épaules ! Ça marche bien et c’est parfaitement démocratique. N’oublie pas que les Athéniens ont pratiqué le tirage au sort pendant leur siècle d’or. Vos jurés d’assises qui décident de la liberté de leurs contemporains sont bien, eux aussi, tirés au sort. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Les mérites de ce mode de désignation des députés sont simples : l’assemblée est à l’image de la société, autant de femmes que d’hommes ; les professions, les origines sont diverses… les capacités aussi. J’entends déjà ta principale objection : tu te dis que tu n’aurais pas envie d’être député, que la politique n’est pas ton truc, que vous avez des élus dont c’est le boulot&#8230; Puis-je simplement te rappeler que ce sont justement ces élus et leurs successeurs immédiats qui ont laissé advenir les catastrophes dans lesquels vous vous êtes débattus pendant un quart de siècle : ça ne te fait pas réfléchir ?</em></p>
<p><em>Une chose est sûre, c’est que, nous, nous y avons réfléchi. Le tirage au sort a été retenu après un long débat qui a mobilisé toute la population. Chacun sentait qu’il fallait donner des bases nouvelles à la démocratie au sortir des catastrophes que nous avions vécues, qu’on ne pouvait plus se désintéresser de l’avenir commun. Au début, certains voulaient instaurer le referendum sur tous les sujets importants, d’autres voulaient une cyberdémocratie directe. Nous avons fini par comprendre que ces solutions séduisantes étaient trompeuses. La démocratie ne consiste pas seulement à décider chacun par oui ou par non, mais à poser avant tout les bonnes questions. Pour cela, rien ne remplace la délibération collective. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Dans une assemblée de 250 personnes tirées au sort, les débats sont passionnants et passionnés. Il faut voir la plupart des “tirés au sort” devenir en quelques semaines des pros de l’argumentation sur des sujets aussi divers que la refonte du système scolaire ou la mise en place d’un contrat d’activité en remplacement des anciens contrats de travail. Comment y parviennent-ils ? Pourquoi sont-ils en mesure de concevoir une législation réellement en phase avec les attentes des citoyens ? Rien de magique dans tout  cela. D’abord ils prennent le temps d’écouter une grande diversité de points de vue : des experts, mais aussi les multiples clubs et mouvements citoyens qui réfléchissent à ces questions. Ils ont également appris à débattre vraiment, sans hésiter à explorer des approches contradictoires, en pesant à chaque fois le pour et le contre. Quand les positions sont clarifiées, ils cherchent ensuite à construire des compromis innovants. Enfin, et surtout, la loi a repris une place plus limitée mais essentielle : fixer un cadre sans prétendre traiter toutes les situations possibles. La politique n’est plus surplombante, conçue d’en haut par des cabinets ministériels sans contact avec les réalités vécues ; elle est devenue modeste et surtout confiante. Confiante dans la capacité d’initiative des gens. La politique ne cherche plus à apporter toutes les solutions, elle donne aux personnes les moyens de trouver des réponses par eux-mêmes, à l’échelle micro-locale comme dans des réseaux mondiaux spécialisés.</em></p>
<p><em>Deux exemples : La sécurité est désormais gérée par des conseils locaux qui regroupent les entrepreneurs civiques, les services municipaux, la police et la justice ainsi que des citoyens, eux-mêmes tirés au sort. Ces conseils ont inventé des dispositifs de prévention active animés par des volontaires qui évitent de laisser pourrir les situations. Nul besoin de multiplier les lois dans une surenchère sécuritaire. Là l’action locale est privilégiée (d’ailleurs, rappelle-toi que « police » vient de Cité en grec !)</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>La question des retraites a été reprise à zéro par les députés mais pas uniquement sous l’angle financier comme à votre époque. Les députés tirés au sort ont d’abord réfléchi à l’utilité sociale des seniors et au passage progressif d’une activité professionnelle à une activité sociétale adaptée. Résultat, on est en train de se rendre compte que le maintien en activité des seniors dans des domaines où ils pouvaient à la fois réfléchir et agir physiquement constitue une prévention efficace des troubles du vieillissement. Cette mesure a été bien plus bénéfique à la sécurité sociale que les éternelles mesures d’économies auxquelles vous étiez habitués. </em></p>
<p><em>Ce ne sont que des exemples, simplement pour te faire toucher du doigt que les citoyens, localement et nationalement, ont trouvé une place réelle dans l&#8217;action publique&#8230; et pas seulement pour donner un avis consultatif comme dans votre démocratie dite un peu vite participative.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Nos présidents sont toujours élus au suffrage universel. Ils ne sont élus que pour un seul mandat suffisamment long pour avoir la possibilité d’agir. Nous sommes ainsi revenus au septennat. Les trois présidents que nous avons élus jusqu’ici étaient très différents mais, chacun à sa manière, ils portaient une vision… et acceptaient de la négocier avec une assemblée à l’image de la société civile, &#8230; ce qui n’était pas toujours simple. </em></p>
<p><em>Garde bien à l’esprit que cette situation politique n’est en effet pas idyllique, que les conflits ou les blocages peuvent continuer à exister mais que nous avons néanmoins trouvé un équilibre intéressant entre des politiciens « de carrière », qui se consacrent pleinement à la gestion de l’Etat et des collectivités, et des citoyens « tirés au sort » qui passent deux ans de leur vie au service du bien commun. Aujourd’hui, même s’il y a toujours des tirés au sort qui ralent au début de leur mandat, la quasi-totalité d’entre eux quittent leurs fonctions à regret et transformés. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>N’oublie pas non plus que cette réorganisation a été rendue possible parce que des hurluberlus, au début du siècle, avaient déjà commencé à réfléchir à de nouvelles formes de démocratie. Ils ont aidé à traverser les turbulences … et ouvert le champ des possibles ! </em></p>
<p><em> J&#8217;espère que ma lettre, même si elle heurte des convictions légitimes, semblera digne d&#8217;intérêt et susceptible d&#8217;éclairer la réflexion qui s&#8217;amorce dans votre pays sur la nécessité de refonder la  démocratie.</em></p>
<p><em>bien cordialement</em></p>
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		<title>Délibérer</title>
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		<pubDate>Mon, 20 May 2013 16:37:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
				<category><![CDATA[fils]]></category>
		<category><![CDATA[mots]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>

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		<description><![CDATA[une courte navigation parmi les mots de la démocratie, pour les voir sous des angles nouveaux... et ouvrir nos esprits à des pratiques profondément renouvelées.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;"> </span>Paradoxalement pour un amateur d’étymologie, je ne m’étais jamais intéressé à l’origine du verbe délibérer, alors que les lecteurs de ce blog savent à quel point je reviens régulièrement à ce mot. Au moins à cinq reprises dans Persopolitique et pas moins de 18 occurrences sur le site des Ateliers (merci les moteurs de recherche !)</p>
<p>Si je m’y intéresse aujourd’hui c’est après avoir lu la chronique de Didier Pourquery dans Le Monde sur le mot &laquo;&nbsp;délivrer&nbsp;&raquo; dont l’origine latine est identique : deliberare. J’aime bien que délivrer et délibérer forment un doublet (comme frêle et fragile, mûr et mature&#8230;). La délibération est bien aussi une forme de délivrance, à la fois pour la liberté retrouvée et pour l’accouchement que cela représente. C’est curieux qu’une étymologie aussi transparente ne me soit jamais venue à l’esprit, surtout en raison de l’association qu’elle amène à faire entre la délibération et la liberté !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je profite de ce texte très court sur ce mot qui caractérise la pratique pour moi la plus importante de la démocratie pour signaler un excellent entretien croisé entre Jacques Rancière et Pierre Rosanvallon dans Le Monde daté du 7 mai, évidemment sur le thème de la démocratie ! L’un et l’autre insistent sur les pratiques démocratiques qui ne peuvent se réduire à la seule désignation de représentants sous peine de dégénérescence de la démocratie. Jacques Rancière le dit fortement : « La démocratie, ce n’est pas le choix des offres, c’est un pouvoir d’agir. C’est le pouvoir de n’importe qui, de ceux qui n’ont pas de titre qui les qualifie pour exercer le pouvoir ».</p>
<p>Nicolas Truong du Monde leur demande alors ce qu’ils pensent du tirage au sort. Jacques Rancière n’hésite pas : « Le tirage au sort est une technique pertinente pour choisir des gens qui incarnent non pas une capacité spécifique mais la capacité commune. Il faut renouer avec l’idée – longtemps considérée juste et normale – de mettre  au pouvoir des gens qui n’ont pas le désir du pouvoir et d’intérêt personnel à son exercice ».Rosanvallon lui-même reconnait qu’à côté de la repolitisation des élections, il est nécessaire « de donner davantage de place au mécanisme de production du quelconque [le tirage au sort] en matière de délibération, de contrôle de jugement ».</p>
<p>Enfin Pierre Rosanvallon me semble très proche de ce que j’écrivais  dans le papier qui a suscité des craintes et des incompréhensions de la part de quelques proches. Il dit ainsi qu’il faut dépenser trop d’énergie dans le système partisan pour arriver à un résultat et que de ce fait il « préfère dépenser autrement [son] énergie ». Oui, il est possible de faire véritablement de la politique sans entrer dans la compétition électorale ! Pascale Puéchavy avec qui j&#8217;ai travaillé aux Ateliers de la Citoyenneté le disait bien à sa manière quand parlant à des amis de son activité, elle leur affirmait : &laquo;&nbsp;je travaille avec un homme politique!&nbsp;&raquo;. J&#8217;avais été surpris par cette épithète mais, au fond, je la trouvais assez juste&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>PS &#8211; J’ai pratiquement terminé une nouvelle mouture du texte que j’avais rédigé il y a 10 ans sur le tirage au sort des députés. Je vais publier – en avant-première ! – dans le prochain post de ce blog l’avant-propos de ce livre court que je vais faire éditer si possible avant l’été. Il s’agit d’une lettre écrite en 2063 (oui, oui, 2063) par un des initiateurs (apocryphe en 2013) de la mise en place du tirage au sort en France autour de 2050.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;"> </span></p>
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		<title>Rupture et continuité</title>
		<link>http://www.persopolitique.fr/383/rupture-et-continuite/</link>
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		<pubDate>Sat, 23 Mar 2013 17:28:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je reviens sur les réactions suscitées par mon dernier article. Merci à tous ceux qui ont réagi, en commentaire ou par mail. Les inquiétudes mais aussi les enthousiasmes suscités m’incitent à préciser ma pensée… pas à l’atténuer ! ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je reviens sur les réactions suscitées par mon dernier article. Merci à tous ceux qui ont réagi, en commentaire ou par mail. Les inquiétudes mais aussi les enthousiasmes suscités m’incitent à préciser ma pensée… pas à l’atténuer !</p>
<p>René Rémond, dont j’ai été – comme tant d’élèves de Sciences Po – un étudiant enthousiaste avait l’habitude de proposer l’inaltérable balancement « Rupture et Continuité ». Déjà il y a 30 ans, j’étais plus fasciné par le côté « rupture » que par le côté « continuité » ! Ce que <strong>j’aime dans l’idée de rupture, c’est son potentiel polémique.</strong> J’aime penser « contre », c’est stimulant intellectuellement même si ça entraîne parfois à quelques facilités, vite jugées par mes lecteurs comme des raccourcis abusifs. Comme le sujet de l’évolution de la démocratie mérite qu’on le traite avec autant de rigueur que de créativité, je veux m’expliquer plus précisément.</p>
<p>Je suis <strong>d’accord pour dire que le vote nous renseigne utilement sur l’état de l’opinion,</strong> sur son refus des dérives inégalitaires actuelles. Mais ce faisant, il ne donne pas de majorité claire et montre bien qu’il n’est pas un outil obligatoirement pertinent pour gouverner dans la tempête. La référence aux années 30 et à la montée des fascismes va plutôt dans mon sens. Le vote peut être un très bon indicateur des inquiétudes du peuple et en même temps amener à des impasses. Je ne dis pas pour autant qu’il faut supprimer le vote mais simplement qu’on ne peut pas considérer que c’est l’instrument ultime et sacré de la démocratie. Ce qui est plus important à mes yeux, c’est <strong>l’intensité de la vie démocratique, sous toutes ses formes</strong> : démocratie sociale, démocratie locale, démocratie participative, contre-démocratie (selon l’expression de Rosanvallon),… Pour moi toutes ces formes participent d’une manière ou d’une autre à ce que j’appelle la démocratie sociétale mais le terme de démocratie complexe évoqué par Michel Weill me va aussi (Rosanvallon, toujours lui, l’utilise également : « plus que d&#8217;une séparation ou d&#8217;une balance de ceux-ci, c&#8217;est en termes de complication, de démultiplication et de distinction des fonctions et des formes démocratiques qu&#8217;il faut raisonner » Le Monde juin 2011).</p>
<p>Michel Weill lance alors : « <strong>peut-on imaginer un empowerment social qui prospèrerait à l’ombre du totalitarisme</strong>, même sous des formes dégradées tel que celui de Berlusconi ? » La réponse est bien évidemment non. Mais en parlant de Berlusconi, il montre bien que ce totalitarisme édulcoré est déjà là, AVEC le vote. Il n’y a pas besoin de la disparition du vote pour passer de la démocratie à l’oligarchie actuelle (je préfère ce terme à celui de totalitarisme car en utilisant totalitarisme on garde le sentiment du tout autre – nazisme ou stalinisme – alors que la sortie de la démocratie se fait actuellement plus insidieusement). <strong>On vit déjà dans un régime dont la plupart des choix cruciaux se font indépendamment du point de vue des électeurs</strong> : le référendum européen de 2005 n’a pas permis de réorienter la politique européenne de la France, l’élection de François Hollande n’a pas remis en cause la priorité accordée à la réduction des déficits et de la dette, remettant à plus tard bien des engagements électoraux… Est-on réellement capable de lutter contre la financiarisation de l’économie par la démocratie représentative ? Je crains que non. Je n’en tire pas les conséquences des populistes qui crient « tous pourris » ou « tous incapables ». Je dis au contraire qu’il faut faire avec les élus tels qu’ils sont sans croire qu’ils aient de réelles marges de manœuvre A EUX SEULS. Il est essentiel de créer de nouvelles alliances, pas pour faire un peu de démocratie participative A COTE de la démocratie représentative (comme le suggère Philippe Bernoux) mais pour mener des politiques publiques très différentes faisant confiance à la capacité de la société à se prendre en charge. J’ai cité 3 sujets-clés au plan national qui peuvent être portés dans une dynamique de démocratie sociétale : l’école, la transition énergétique, l’emploi. J’aurais pu citer la santé comme y invite Claude Costechareyre ou la cohésion sociale (comme tente de le promouvoir le collectif Pouvoir d’agir).</p>
<p><strong>La démocratie est moins un régime qu’un processus.</strong> Nous devrions  <strong>parler de démocratisation</strong> plus que de démocratie. Comme Claude, je ne crois pas que les seuls « outils » (vote ou tirage au sort) font la démocratie. La démocratisation est donc un cheminement sans cesse à réinventer. Quand un passage est obstrué et ne permet pas d’avancer, on a le choix de supprimer l’obstacle ou d’élargir le sentier qui le contourne. Compte tenu des forces en présence, il me semble plus efficace et plus sûr de démocratiser nos pratiques sociales (et pas seulement locales)  que de renforcer la démocratie représentative. C’est une stratégie de contournement. Je ne dis donc pas qu’il faut immédiatement remplacer le système représentatif, je dis que l’effort prioritaire doit être porté ailleurs en faisant avec le système politique en place. Pour moi, cette démocratie sociétale ne se réduit pas à la démocratie locale puisqu’elle est avant tout une nouvelle manière de conduire les politiques publiques… mais en s’appuyant sur l’énergie des citoyens et de tous les acteurs de la société civile. Si l’on veut réformer l’éducation avec les parents, les associations et les entreprises, si l’on veut impliquer les habitants dans la transition écologique, on voit bien qu’il y a un effort immense à faire pour développer l’envie et le pouvoir d’agir ! Oui, investir dans ces dynamiques me semble l’action la plus urgente pour renouveler la démocratie. J’ai trop vu d’hommes et de femmes se lancer dans la politique en espérant la changer et devenir à leur tour des notables à peine élus que je crois très difficile de revenir sur la professionnalisation de la politique en conservant la logique représentative. La voie de la rénovation de la démocratie représentative est pour moi bouchée pour longtemps (même avec la réforme réduisant le cumul des mandats). Faisons avec !</p>
<p>D’accord enfin avec Pierre Calame (Cf. Le texte auquel il renvoie dans son commentaire), sur l’importance de <strong>développer « des méthodes nouvelles, en rupture avec le jeu politique classique</strong>, [qui développeront] au sein de la société française de nouveaux apprentissages, [la dotant] du capital immatériel, de cet art du «faire ensemble» qui lui manque aujourd’hui pour aborder sereinement les défis du XXIe siècle ».</p>
<p>Je reviendrais bientôt sur <strong>la question du tirage au sort</strong> qui suscite à la fois l’intérêt et le scepticisme de Guy Emerard sur sa faisabilité puisque à ce jour il faudrait passer par les élus pour qu’ils le décident. Quoi qu’il en soit l’évocation trop rapide que j’en ai faite était maladroite. Je sais à quel point cette réflexion heurte nos représentations. Mais il n’y a pas pour moi de naïveté, cher Michel Weill, à penser qu’il peut avoir sa place dans l’animation d’une démocratie complexe. J’avais écrit il y a quelques mois que cette question devrait être reprise, je le crois toujours. Ça nous prépare sans doute d’autres débats tout aussi passionnants.</p>
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		<title>Implosion démocratique ou émergence d’une démocratie sociétale</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Mar 2013 17:34:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L'Italie est ingouvernable, mais aussi les Etats-Unis. Face à la crise, le vote ne permet plus de choisir les gouvernants. Plus grave encore les Etats sont démunis sur des sujets vitaux : énergie, emploi, école... remettons "l'ouvrage démocratique" sur le métier ! vive la démocratie sociétale !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Haider en Autriche et tous ceux qui lui ont succédé depuis aux Pays-Bas, en Hongrie et ailleurs ont toujours fait craindre un retour vers les populismes de l’entre-deux-guerres. La percée de Beppe Grillo en Italie dit tout autre chose : <strong>la perte de sens de l’outil démocratique qu’est le vote. </strong>Face à une situation insupportable, une crise organisée par les dirigeants eux-mêmes, la boussole démocratique s’affole et le suffrage universel dit en même temps des choses contradictoires : victoire de la gauche, retour de Berlusconi, montée d’un parti anti-système,…  L’aiguille s’affole et n’indique plus le nord d’une politique à suivre pour la durée d’une mandature. Le vote ne « marche » plus. La machine est grippée. Et il est probable que les messages indéchiffrables vont se multiplier dans les prochaines années puisqu’aux yeux des citoyens plus aucune politique « réaliste », de gauche ou de droite, ne leur donne d’espoir d’une vie maîtrisée.</p>
<p>Le vote devient un instrument erratique, est-ce pour autant la fin de la démocratie ? Mais au fait, la démocratie, c’est quoi ? à force de « vivre en démocratie », on finit par la réduire à deux choses : la désignation des dirigeants politiques et un régime protecteur des droits de l’homme.  Ou alors, on annone la formule du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple… sans trop savoir ce que ça signifie. Une autre définition est possible, elle donne des clés pour donner un nouveau souffle au projet démocratique : <strong>la démocratie c’est une organisation de la société qui permet aux personnes qui la composent de maîtriser leur vie et leur avenir commun en développant leur pouvoir d’agir individuellement et collectivement.</strong></p>
<p>Si on regarde la situation selon  cette définition, on voit des dynamiques très différentes que si l’on se focalise sur ce qui ressemble bien à l’agonie de la démocratie représentative. Au milieu des ruines, poussent des herbes folles que nos botanistes démocratiques patentés peinent à ranger dans la catégorie « démocratie ». On se rappelle des sarcasmes concernant la « démocratie participative, vantée mais peu pratiquée par Ségolène Royal. Aujourd’hui les pratiques sociales qui développent le pouvoir d’agir des personnes se multiplient : monnaies complémentaires, habitat partagé, circuits courts, consommation collaborative, toutes ses formes d’organisation redonnent de la maîtrise aux gens sur leur vie, les obligent à prendre des décisions collectives négociées, amènent à comprendre des gens différents (les discussions au sein des AMAP sont un bon exercice de la démocratie par la négociation des points de vue entre agriculteurs et consommateurs)… C’est marginal ? ça ne traite pas les problèmes essentiels de la vie collective ? entièrement d’accord ! Mais reconnaissons qu’il y a là une énergie positive, une perspective neuve… qu’on peine à trouver du côté de la démocratie institutionnelle. Le non cumul des mandats qui serait sans doute un moyen de redynamiser le système est repoussé aux calendes grecques.</p>
<p>Aujourd’hui, <strong>où vaut-il mieux investir ? </strong>dans une refonte improbable du système représentatif ou dans un renforcement significatif des jeunes pousses de ce que nous pourrions appeler la « démocratie sociétale » ?  Il faut ici aller un cran plus loin dans l’analyse. Nous avons dit que le vote ne fonctionnait plus pour la sélection des dirigeants. Mais ce n’est que le révélateur d’une crise plus profonde : la perte d’efficacité des Etats. Les électeurs ne savent plus pour qui voter parce que les dirigeants, de quelque bord qu’ils soient ne parviennent plus à mener des politiques efficaces au niveau national. <strong>Prenons trois enjeux majeurs pour construire l’avenir : la transition écologique, l’emploi et l’éducation. Quel gouvernement a su prendre une mesure réellement efficace depuis 20 ans sur ces sujets capitaux ?</strong> Aucun. Non parce qu’ils sont mauvais mais bien parce que l’échelon national est impuissant. Le seul moment où il s’est passé quelque chose en France sur la question de la transition énergétique, c’est le « Grenelle  de l’environnement », justement un événement où c’était l’ensemble des acteurs sociaux qui tentaient de construire des compromis. Dès que l’Etat a repris la main, la déception a été générale.</p>
<p>Réussir <strong>la transition écologique passe par la mobilisation des collectivités locales, des entreprises et des citoyens</strong> autour d’enjeux  locaux avec  la mise en place de solutions concrètes qui facilitent les changements de comportements. Cette transition, est déjà en cours, silencieusement. Elle manque encore de dispositifs qui l’outilleraient efficacement mais chacun travaille aujourd’hui à la « massification » des initiatives prises. Nous (Synergence) y participons avec Energy cities.</p>
<p><strong>Réussir la lutte pour l’emploi se fera en lien avec la transition écologique </strong>qui amène à répondre aux besoins économiques par des solutions plus riches en emploi (ressource disponible) et plus économes en ressources rares (les matières premières, les ressources naturelles). Cette révolution de l’économie quaternaire selon l’expression de l’économiste Michèle Debonneuil suppose une inventivité qui passe par des processus d’innovation « démocratiques » dans lesquels les consommateurs, les utilisateurs ont leur place (design for all). Le temps de la transformation étant long, il doit être accompagné par une gestion des transitions au sein des bassins d’emploi.</p>
<p>Nous n’insisterons pas ici sur l’incapacité de l’Etat à <strong>réformer l’Education nationale</strong> ! Non que Vincent Peillon soit un mauvais ministre ou qu’il propose de mauvaises réformes. Simplement la question éducative ne peut plus se décréter d’en haut. Ivan Illich était sans doute trop en avance dans ses intuitions mais ce qui semblait utopique dans les années 70 devient une voie réaliste aujourd’hui. L’école ne peut plus être une question politique nationale unifiée, elle devient toujours davantage une question d’organisation de communautés éducatives locales.</p>
<p>Nous avons ici pris trois exemples d’enjeux  majeurs qui supposent une démocratie sociétale construisant des solutions locales en impliquant les citoyens eux-mêmes. Mais <strong>quid de questions qui doivent encore être tranchées au plan national ?</strong> Je pense que le temps est venu de réactiver une piste que j’avais évoquée il y a déjà 10 ans dans le plus grand scepticisme : <strong>désigner les députés par tirage au sort</strong> ! <em>(je vais rééditer sur ce blog le texte que j&#8217;avais rédigé)</em> Depuis lors les expériences se sont multipliées en France et surtout à l’étranger de groupes de citoyens tirés au sort pour débattre de sujets complexes. Ces jurys citoyens, ces conférences de consensus prouvent que les citoyens lorsqu’ils délibèrent collectivement n’ont pas les comportements erratiques que  les votes laissent présager.</p>
<p>Nous avons sacralisé UNE forme de la démocratie, celle de l’élection des représentants, il est plus que temps de sortir de cette idolâtrie et de <strong>remettre sur le métier « l’ouvrage démocratique » </strong>qui ne peut que se figer dans une forme datée au risque de se désagréger. Entre la forme démocratique inventée par les Grecs et celle réinventée par les Lumières, il s’est passé quelques siècles de despotismes de tous ordres ! Tentons d’éviter ce type de « parenthèse » !  Je suis persuadé que le pas à faire est aussi important qu’entre les deux premières formes démocratiques. Mettons-nous au travail. La démocratie sociétale est un chantier stimulant.</p>
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		<title>Quand la politique s’invente … ailleurs</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Jan 2013 15:36:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
				<category><![CDATA[galets]]></category>
		<category><![CDATA[jurys citoyens]]></category>
		<category><![CDATA[société civile]]></category>

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		<description><![CDATA[un texte 100 % optimiste pour vous souhaiter une bonne année autrement qu'avec des vœux... pieux ! Oui la politique se réinvente et les initiatives sont nombreuses. Voici une petite moisson... au milieu de l'hiver. N'hésitez-pas à réagir et à partager vos propres repérages. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand la politique « officielle » ne regarde plus l’avenir, s’inventent alors d’autres lieux où « de la politique » s’élabore, avec d’autres acteurs, selon d’autres méthodes. Qu’on en juge au travers des trois exemples ci-dessous. Ils ont en commun de venir de trois univers d’où on n’attend pas de telles initiatives.</p>
<p>-	l’<a title="conférence de citoyens sur la santé" href="http://www.institutmontaigne.org/desideespourdemain/index.php/2012/12/20/1139">Institut Montaigne</a>, <strong>think tank libéral </strong>proche du patronat, invite un panel de citoyens à imaginer la politique de santé de l’avenir dans le cadre d’une conférence de citoyens,</p>
<p>-	<strong>un groupe d’ingénierie,</strong> <a title="Conférence de citoyens L'usine du futur" href="http://www.lesusinesdufutur.com/media/documents/Fives-Conference_de_citoyens-Charte_LUsine_de_demain.pdf">Fives</a>, utilise la même méthode  (la conférence de citoyens) pour concevoir l’usine du futur en lien avec Mines ParisTech,</p>
<p>-	<strong>une enseigne de la restauration rapide </strong>mondialement connue, <a title="Développement durable, les débats 2012" href="http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/11/26/colloque-developpement-durable_1795938_3208.html">McDonald’s France</a> s’allie au quotidien de référence, Le Monde, et à deux grandes écoles, Sciences Po et (encore) Mines ParisTech pour lancer un espace de débat entre recherche et société sur les enjeux du développement durable.</p>
<p>Pendant la même période– c’était à la fin de l’année dernière – la droite se  divisait devant les caméras pour savoir qui devait être son chef, la gauche s’enferrait dans la querelle sur un aéroport d’un autre temps …</p>
<p>Qu’on se comprenne bien, je n’invite pas ici à remplacer les politiques par les entreprises ou les think tanks, je ne pense pas non plus que les conférences de citoyens soient, en tant que telles, un moyen de gouvernement. En revanche, comme le disait <a title="article Le Monde Economie du 17-12-2012" href="http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/12/17/l-usine-de-demain-vue-par-des-citoyens_1807355_3234.html">Armand Hatchuel</a> dans l’article qu’il consacrait à la conférence de citoyens sur l’usine du futur,  celle-ci, sans se substituer aux experts, « <strong>aide à poser un &laquo;&nbsp;brief&nbsp;&raquo;, une sorte de cahier des charges qui soit le plus proche des idéaux qui nous sont communs</strong> ». Il ajoutait : « Une usine ainsi conçue serait sans doute le meilleur moyen de créer une nouvelle culture industrielle ». Les citoyens réunis pour cette démarche ont ainsi exprimé trois attentes fortes : l’usine  doit être écologique, s’ancrer dans la vie du territoire et installer un rapport de confiance avec les élus. Une autre manière de dire les enjeux de développement durable (environnement, social et gouvernance).</p>
<p>C’est ce « brief » que doivent entendre les politiques alors qu’ils en restent aux exigences supposées de l’opinion, telles que les rapportent les sondages et les micros-trottoirs qui ont envahi l’information. On sait pourtant que cette opinion est superficielle et versatile, largement dominée par l’émotion du moment. Les lecteurs de ce blog savent que j’anime souvent des rencontres avec des citoyens, sous tous les formats possibles. Quand les gens entrent dans la complexité des choses, ils tiennent <strong>des propos qui n’ont plus rien à voir avec les poncifs ou les humeurs que l’on tient par commodité politique et journalistique pour « l’opinion publique »</strong>.</p>
<p>Quand donc les politiques vont-ils se saisir de cette parole citoyenne si différente de l’opinion ? On attendrait ainsi du Ministre du Redressement productif qu’il se saisisse du « cahier des charges » évoqué plus haut à propos de l’usine du futur pour inventer l’industrie de demain plutôt que de se battre (même avec panache) pour maintenir des activités d’hier. On sait qu’il y travaille aussi, mais de manière moins médiatique que face aux Fralib ou aux sidérurgistes de Florange. Il serait pourtant très utile qu’il parvienne à inverser le rapport de publicisation (au double sens de médiatisation et de mise au débat public) entre ce qui n’est que le maintien du passé et ce qui est l’invention du futur. Ceci vaut naturellement pour tous les sujets de l’action publique.</p>
<p><strong>Encore deux expériences</strong> découvertes ces derniers jours,  et qui vont dans le bon sens :</p>
<p>-	le conseil général du Nord organise la deuxième édition de ses <a title="ateliers citoyens du Nord" href="http://http://jeparticipe.lenord.fr ">ateliers citoyens</a> pour concevoir sa politique de mobilité en y impliquant les citoyens. Il l’a fait déjà une première fois sur la question éducative avec plusieurs milliers de participants<em> &gt;&gt; de telles initiatives se multiplient mais celle-ci est à une échelle intéressante et directement autour d’une politique publique majeure.</em></p>
<p>le projet <a title="Parlement et Citoyens" href="http://parlement-et-citoyens.fr/communaute">Parlement &amp; Citoyens</a> pour donner aux citoyens une connexion directe avec des parlementaires afin d’élaborer des projets de loi ensemble <em>&gt;&gt; il y a tout ce que j’aime dans ce projet : une idée forte – la possibilité des citoyens de participer à l’élaboration de la loi – , l’organisation d’une communauté en jouant à la fois sur le virtuel et sur la rencontre, un bon niveau de professionnalisme – c’est clair et bien construit &#8211; , ça ne se prend pas au sérieux (voir par exemple l’appel aux dons auprès des héritiers qui auraient de l’argent au-delà du nécessaire ou même du superflu !). Bref je m’inscris et vous invite à faire de même !</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Concluons :<strong> Il devient urgent que les responsables politiques de note pays intègrent cette maturité politique nouvelle de la société</strong> dans toutes ses composantes. Sans méfiance a priori à l’égard des nouveaux venus, au contraire ! Je trouve pour ma part réjouissant que McDonald’s France ouvre un espace de débat nouveau sur le développement durable à la fois sans tabou et constructif, que le groupe Fives prenne le temps de comprendre ce que les citoyens attendent de l’industrie. Travaillant dans le cadre de Synergence avec de grands groupes internationaux, dont McDonald’s, je suis frappé de voir comment certains sont désormais capables de dépasser les « figures imposées » de la RSE pour se lancer dans des « figures libres » (pour reprendre la distinction éclairante de Franck Aggeri, lui aussi de Mines ParisTech !) qui supposent toujours une « entrée en politique » au sens où les préoccupations économiques croisent des enjeux de société.</p>
<p><strong>OUI, la politique sort de ses frontières,</strong> les nouveaux venus sont imaginatifs, des citoyens créent des communautés toujours plus actives, des entreprises s’emparent de sujets politiques. Un peu d’espoir pour ce début d’année que tous les médias nous prédisent sombre. Peut-être parce qu’ils ne voient pas que ce qui éclaire l’avenir a changé : il n’y a plus de grand phare pour baliser la nuit, mais des milliers de leds à faible intensité (ou des nuées de lucioles pour les plus poètes et les plus japonisants) !</p>
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		<title>Agir Café à Lyon, un café des envies d&#8217;agir</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Dec 2012 06:40:28 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[initiative citoyenne]]></category>

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		<description><![CDATA[Une grande table au fond du café, et déjà, quand j’arrive, une quinzaine de personnes autour. On se tasse déjà un peu. L’objet de la rencontre : les envies d’agir que l’on souhaite partager... Pourquoi raconter cette initiative ? parce que c’est à la fois un aboutissement et un démarrage. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une grande table au fond du café, et déjà, quand j’arrive, une quinzaine de personnes autour. On se tasse déjà un peu. Finalement nous serons 23 réunis au Café de la Cloche, café bien connu à Lyon pour accueillir des cafés philo et toutes les déclinaisons possibles. L’objet de la rencontre : les envies d’agir que l’on souhaite partager, pour les tester ou pour avoir un appui. C’est la première ! et tout de suite ça fonctionne. Trois envies sont partagées : celle d’étudiants à l’ENTPE qui veulent intéresser les jeunes à une concertation sur le bouclage du périphérique de Lyon ; celle d’une infirmière retraitée qui aimerait relancer son projet de maison d’accueil pour malades en soins palliatifs ; celle d’un vieux baroudeur des instances de concertation qui voit là une occasion de remettre sur le métier un projet qui lui tient à cœur mais qui peine à voir le jour : l’ouverture dans l’espace public de lieux de dialogue ouverts à tous.</p>
<p>Pas de méthodologie d’accompagnement de projet, pas de formalisme : juste des rencontres et l’envie de s’entraider. On commence par former des  petits groupes avec ceux qui se sentent concernés par l’un des sujets. D’abord plein de questions sur l’idée présentée, et bientôt des avis sur la manière d’avancer, et des rendez-vous pour aller plus loin. Un « référent » est désigné parmi les initiateurs du café pour assurer le suivi. Deux heures ont passé. Prochain Agir Café dans un mois.</p>
<p><strong>Pourquoi raconter cette initiative ? parce que c’est à la fois un aboutissement et un démarrage.</strong> Un moment heureux où malgré la nuit et le froid de novembre, je me sens bien. Je retrouve des personnes qui se sont perdues de vue depuis la fin des Ateliers de la Citoyenneté mais qui manifestement ont toujours envie de retrouver des occasions de rencontres du même genre. Je découvre des visages nouveaux, des personnes mues par la même énergie que celle  qui nous a amenés il y a dix ans déjà à créer les Ateliers.</p>
<p>Si je parle d’aboutissement c’est que le projet des Agir Cafés est le fruit du groupe de travail que nous avons animé avec Philippe Bernoux l’an dernier sur l’empowerment. Un groupe de réflexion qui se concrétise, c’est toujours une forme de succès ! Plus encore quand l’initiative vient des participants eux-mêmes, Philippe et moi ayant annoncé que nous ne serions pas moteurs pour les suites éventuelles. Pour moi, c’est ça le plus intéressant : quand on crée les conditions d’éclosion d’une initiative mais que d’autres s’en saisissent et en font leur projet.</p>
<p>Mais bien sûr, c’est avant tout un démarrage, avec l’enthousiasme et la fragilité des débuts ! Bon vent aux Agir Café ! Vous pourrez en suivre les développements sur le blog créé sur le site de Rue 89 Lyon : <a title="empowerment Lyon sur Rue89 Lyon" href="http://www.rue89lyon.fr/category/blogs/empowerment-lyon/">empowerment Lyon</a>. Je viens de poster <a title="Des réformes qui misent sur ... nous !" href="http://www.rue89lyon.fr/2012/11/16/des-reformes-qui-misent-sur-nous/">un texte</a> sur ce blog sur la manière dont on devrait/pourrait conduire les réformes&#8230; en s&#8217;appuyant sur l&#8217;empowerment, bien sûr !</p>
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		<title>Vite, des idées neuves !!</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Aug 2012 14:17:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce matin, coup de déprime en entendant l’annonce de la relance des « emplois-jeunes » ! Bien sûr c’était dans le programme de François Hollande, mais qu’on puisse, 15 ans après le gouvernement Jospin, utiliser exactement le même remède inefficace pour répondre au chômage des jeunes, c’est quand même déprimant. Innocemment je m’étais dit que c’était une promesse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce matin, coup de déprime en entendant l’annonce de la relance des « emplois-jeunes » ! Bien sûr c’était dans le programme de François Hollande, mais qu’on puisse, 15 ans après le gouvernement Jospin, utiliser exactement le même remède inefficace pour répondre au chômage des jeunes, c’est quand même déprimant. Innocemment je m’étais dit que c’était une promesse de campagne et qu’après la conférence sociale de juillet des pistes d’action plus créatives émergeraient. Au minimum, j’espérais qu’on aménagerait la formule. Eh bien non, si les Echos ont raison, ce sera la même chose : des jeunes dans des emplois publics sans avenir et des activités peu professionnalisantes. J’avais ainsi imaginé qu’on pourrait fusionner deux propositions de Hollande, ces emplois-jeunes et le contrat de génération, la grande idée du programme en mettant en place des « emplois-vieux »(sic) ! je m’explique : le défaut des emplois-jeunes de Martine Aubry était de mettre des jeunes sans expériences dans des fonctions émergentes, des métiers nouveaux demandant souvent beaucoup d’expertise de médiation qu’on acquière assez peu dans le cursus scolaire. C’étaient typiquement de possibles emplois de transition entre vie professionnelle et activité sociale bénévole pouvant valoriser des compétences liées à la maturité pas toujours reconnues dans l’entreprise. Bref, plutôt que des emplois-jeunes, on aurait dû en faire des « emplois-vieux », libérant ainsi, dans la logique de solidarité intergénérationnelle chère à Hollande, des postes « classiques » en entreprise pour des jeunes. Ça demandait sans doute un peu d’ingénierie financière pour permettre que les seniors laissant leur place y trouvent leur compte et un peu de souplesse pour que ce ne soient pas nécessairement directement les emplois libérés qui bénéficient aux jeunes mais qu’on combine embauche de jeunes et promotion interne pour reconstituer in fine les équipes de l’entreprise.  Avec les partenaires sociaux, nul doute qu’on pouvait inventer quelque chose. Mais non.</p>
<h3>inventons les &laquo;&nbsp;plans de soutien à l&#8217;initiative sociétale&nbsp;&raquo;</h3>
<p>Il y a  déjà plusieurs mois que le gouvernement est au travail et j’ai beau chercher, je ne vois pas émerger une seule idée neuve. Il est vrai que le programme socialiste était d’un conformisme étonnant après 10 ans d’opposition ! Pourtant les idées existent. La société civile en regorge mais pour les prendre en compte, il faut changer la manière de concevoir l’action publique. Même les concertations lancées ne sont pas suffisantes pour enclencher le mouvement. Il faut donner plus de place à l’initiative citoyenne et à l’expérimentation.</p>
<p>Ne devrait-on pas, pour tout chantier d’envergure, distinguer deux modes d’action publique complémentaires : la loi, recentrée sur l’édiction de règles durables, claires et accessibles à chacun, et le « plan de soutien à l’initiative sociétale » donnant des moyens réels aux programmes associant les personnes directement concernées à la construction des solutions  ?</p>
<p>L&#8217;idée des &laquo;&nbsp;plans de soutien à l’initiative  sociétale&nbsp;&raquo; reposent sur une idée simple : nous n’activons pas assez les de nombreuses possibilités d’impliquer la société civile dans la résolution directe des problèmes auxquels elle est confrontée. Que ce soit la prise en compte du vieillissement, le renforcement de la sécurité ou l’insertion professionnelle des jeunes, nos politiques échouent parce qu’ils ne savent pas mobiliser les acteurs sociaux et moins encore les citoyens.</p>
<p>Il est symptomatique que ceux qui « voient » le mieux ce qui pourrait être entrepris ne sont souvent pas eux-mêmes directement impliqués dans la politique, l’administration ou même ce qu’on appelle la société civile organisée ou les corps intermédiaires. Ce sont des imaginatifs et des pragmatiques, des « entrepreneurs civiques » comme les appelle Alain de Vulpian : un ancien journaliste comme Marc Ullmann fondateur du club des Vigilants, un médecin urgentiste comme Philippe  Rodet à l’origine d’un club atypique « l’élan des citoyens », ou encore un écrivain populaire comme Alexandre Jardin qui a créé « lire et faire lire » ou mis en place dans les prisons l’opération « mille mots contre la violence ». Restons un instant sur ce dernier, même si les entrepreneurs civiques sont innombrables et œuvrent souvent dans l’ombre : après avoir recensé il y a quelques années de multiples initiatives porteuses de transformation dans son essai 1+1+1, Alexandre Jardin, avait recueilli pendant la campagne présidentielle de 2007 sur son site www.commentonfait.fr des milliers de suggestions concrètes sur la manière de faire les réformes attendues. Dans un billet sur la question cruciale de l’éducation il lançait un défi parfaitement en phase avec la démocratie sociétale que nous proposons. « Je ne rêve pas d’une « super éducation nationale » mais de vivre un jour dans une grande nation éducative où nos ressources les plus diverses – et les gens les plus divers &#8211; contribueraient à faire de ce pays l’endroit du monde où l’on formerait le mieux les gamins et les adultes. Jusqu’au bout de la vie. Si l’ensemble de notre société était capable de mobiliser sa créativité et ses potentiels les plus inattendus sur les questions éducatives, nous serions plus riches, sans doute moins cons et probablement plus gais ! […] Penser uniquement « éducation nationale » quand on s’inquiète d’« éducation », c’est limiter le champ de l’action. Toute la société doit basculer dans cette ambition : enseignants au premier rang (of course !), entreprises, flics inventifs, gardiens d’immeubles innovants, intermittents, énarques, associations d’éducation populaire, artisans, médecins, militaires futés, étudiants, ados en apprentissage, syndicats, etc. Tout le monde (sauf les casse-pieds dépressifs) ». Hélas il ne fut pas entendu par Sarkozy, je doute qu&#8217;il le soit plus aujourd&#8217;hui.</p>
<h3><strong>Des plans associant mobilisation médiatique, ingénierie sociale et financements atypiques</strong></h3>
<p>En première approche voici ce qu’on pourrait imaginer :</p>
<ul>
<li> le choix de quelques priorités pour lesquelles l’Etat et les collectivités peinent à agir au bon niveau : les sujets ne manquent pas, mais il faudrait se limiter à lancer un ou deux plans par an</li>
</ul>
<ul>
<li>une recherche systématique des initiatives pouvant donner lieu à des expérimentations évaluables avec l’appui des médias ; cette recherche sera d’autant plus fructueuse qu’on aura dans le même temps créé un terreau d’initiatives prêtes à éclore grâce aux « incubateurs d’initiatives » au plan local.</li>
</ul>
<ul>
<li>le soutien à l’essaimage (pas à la reproduction à l’identique) des démarches les plus prometteuses grâce à une puissante ingénierie de projet et à la mobilisation des réseaux sociaux pour faciliter les mises en commun.</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les plans que les pouvoirs publics mettent aujourd’hui en place ne laissent que très peu de place à cette mobilisation des acteurs de la société civile même lorsqu’ils sont censés le permettre. On a vu ces dernières années se multiplier ce type de démarche : plans de déplacement urbain, plans climat-énergie territoriaux, plan national santé-environnement lui-même décliné en plans locaux… Ils peinent à sortir des logiques administratives classiques même si selon les responsables locaux en charge de les animer on voit poindre des pratiques innovantes : pratiques de concertation, tentatives de mobilisation citoyenne comme par exemple pour la question énergétique les concours « Familles à énergie positive ». il est urgent d’aller beaucoup plus loin.</p>
<p>Avec quel argent ?, dira-ton à juste titre, puisque l’Etat est sans ressources. Là encore nos dirigeants manquent singulièrement de créativité ! Il faut sortir de la vision étriquée de « l’argent public » et mobiliser les modes de financements les plus variés : implication des fondations existantes, recours plus  systématique à l’épargne de proximité comme dans le cadre des Cigales ou de Terre de liens, cette initiative intéressante pour le foncier agricole  Le principe pour nous est clair : l’argent existant doit être activé, et lorsqu’il n’y a pas d’argent mobilisable, des systèmes d’échange locaux appuyés par les collectivités locales doivent prendre le relais.</p>
<p>Enfin plutôt que de lancer un impôt confiscatoire à 75%, pourquoi n’explore-t-on pas une voie de financement plus positive : celle d’un impôt sur la fortune affecté aux expérimentations sociales, un système hybride entre la culture américaine des fondations et la culture française de l’impôt<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<h3>Que &laquo;&nbsp;fortune oblige&nbsp;&raquo;</h3>
<p>Je suis toujours frappé de constater que les grands patrons français ont su se rapprocher des niveaux de rémunération des patrons anglo-saxons mais qu’ils n’ont pas dans le même temps adopté les mêmes principes éthiques qui « obligent » les Bill Gates, Warren Buffett  et consorts à consacrer une part significative de leur fortune à des œuvres d’intérêt social. En France, nos grands patrons se prennent plus volontiers pour des mécènes en constituant des collections d’art contemporain sans bénéfice manifeste pour la société française.</p>
<p>Ne pourrait-on pas imaginer un  « impôt » librement affecté à des fondations qui mèneraient les expérimentations sociales que l’Etat peine à financer sur son budget ? On ferait une triple opération positive :</p>
<ul>
<li>les expérimentations seraient conduites      avec l’appui de fondations à même de mobiliser des talents venant      d’univers différents capables d’insuffler aux projets soutenus leur      créativité et leur professionnalisme ;</li>
<li>les détenteurs de grandes fortunes      retrouveraient aux yeux des citoyens une légitimité sociale qu’ils ont      largement perdue, ils pourraient montrer par leur investissement personnel      dans les projets financés qu’ils vivent bien encore dans la même société      que leurs contemporains ;</li>
<li>l’Etat disposerait en permanence d’un      laboratoire sociétal dans lequel il pourrait puiser en articulant au mieux      le temps long de l’expérimentation qui ne serait pas à sa charge et le      temps court de l’action politique qui nécessite réactivité dans la prise      de décision et visibilité des mesures prises.</li>
</ul>
<p>Ne gagnerait-on pas à voir la rivalité entre M. Arnault et M. Pinault s’exprimer au travers de la promotion sur les plateaux de télévision des dernières avancées de leurs fondations d’expérimentation sociale plutôt que par les traces architecturales qu’ils cherchent à laisser ?</p>
<p>&nbsp;</p>
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<hr size="1" />
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<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> Martin Hirsch publiait un article dans Le Monde du 24 août 2011allant dans ce sens. Il appelait «  à un plus fort engagement de ceux qui ont bénéficié au cours des vingt dernières années de ces rémunérations astronomiques à l&#8217;égard des immenses problèmes sociaux. On a beaucoup parlé de la responsabilité sociale des entreprises. Il serait bon d&#8217;agir pour que s&#8217;exerce la responsabilité sociale des multimillionnaires ».</p>
</div>
</div>
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		<title>Sortie de campagne&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 22 Apr 2012 15:14:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
				<category><![CDATA[chemins]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
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		<description><![CDATA[On a fait beaucoup de reproches à cette campagne électorale : -    Sa longueur, avec les primaires et surtout la manie des médias de commencer la « course de petits chevaux à peine l’élection précédente finie. -    Son manque d’intérêt : on n’y a peu parlé des « vrais » sujets, l’Europe, l’école, les pauvres, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On a fait beaucoup de reproches à cette campagne électorale :<br />
-    <strong>Sa longueur,</strong> avec les primaires et surtout la manie des médias de commencer la « course de petits chevaux à peine l’élection précédente finie.<br />
-    <strong>Son manque d’intérêt</strong> : on n’y a peu parlé des « vrais » sujets, l’Europe, l’école, les pauvres, le logement, la santé, les banlieues… avec à chaque fois très peu d’idées neuves<br />
-    <strong>Son dévoiement</strong> vers des questions vainement polémiques ou indignes du débat national : le hallal, le changement de date de versement des retraites,…<br />
En revanche deux points qui inquiétaient les commentateurs me rassuraient plutôt<br />
-    Le relatif <strong>désinvestissement des citoyens à l’égard d’une élection</strong> pourtant tellement mise en avant dans le jeu politico-médiatique alors qu’elle n’est bien évidemment pas aussi décisive qu’on le dit<br />
-    Le <strong>manque de vision</strong> de candidats soi-disant « obligés au réalisme » par la crise car l’ambition telle qu’elle est habituellement définie ne correspond plus au besoin de notre pays : la grandeur, la place de la France sont des vieilles lunes et l’ambition industrielle, la recherche de la croissance à tout prix sont dangereuses (voir <a title="Arrêtons de faire les papillons !" href="http://www.persopolitique.fr/343/arretons-de-faire-les-papillons/">Arrêtons de faire les papillons</a>)</p>
<p>Pour moi <strong>le plus inquiétant</strong> était ailleurs<br />
-    Pas d’interrogation sur ce qui redonnerait de la <strong>crédibilité</strong> à la politique, sur ce qu’on attend des citoyens et de la société civile<br />
-    Pas de prise en compte de la <strong>réalité de la société et de ce qui la transforme</strong>. Michel Serres l’avait bien vu en parlant d’une « <a title="Michel Serres dans Le Monde" href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/12/michel-serres-cette-campagne-presidentielle-est-une-campagne-de-vieux-pepes_1684573_3232.html">campagne de vieux pépés</a> » !<br />
L’élection de 2007 avait été plutôt positive sur ces thèmes avec la recherche de nouvelles façons de faire de la politique (volontarisme pour Sarkozy, démocratie participative pour Royal) mais les enthousiasmes suscités alors ont fait long feu.</p>
<p>On avait pourtant une chance historique, bien que paradoxale, de réinventer la politique en 2012 : l’absence de marge budgétaire. Malheureusement, la  rigueur budgétaire qui s’est imposée à tous dès le début de la campagne a conduit, à l’exception notable de Mélenchon, à conclure qu’il n’y avait plus de marge d’action pour ré-enchanter la politique. Et si c’était l’inverse ? Et si l’absence d’argent nous obligeait à refaire de la politique ? De la vraie politique, avec les gens eux-mêmes, pas avec des subventions ou des réductions d’impôt ? Et si nous prenions au pied de la lettre l’idée que la politique c’est le « vivre ensemble » ? parce qu’on en parle souvent dans les discours du « vivre ensemble », mais  qu’en faisons-nous concrètement ?<br />
Regardons les objectifs politiques que nous nous fixons collectivement et sur lesquels nous sommes sans doute presque tous d’accord. Nous préférerions développer la prévention en matière de santé plutôt que de traiter, à grands frais, les maladies qui surviennent parce que nous ne prenons pas soin de nous. Nous voudrions renforcer la sécurité sans pour autant avoir des policiers en armes à chaque coin de rue. Nous souhaitons réduire notre empreinte environnementale sans renoncer au confort  mais les nouvelles pratiques en termes de déplacement, de consommation ou de logement nous semblent souvent hors de portée. Bref nous voyons bien ce qu’il y aurait à faire dans l’absolu… mais nous n’avons pas de temps à y consacrer et, quand bien même nous en aurions, nous ne nous sentons pas en mesure d’y faire face seuls.  Pour cela nous continuons d’attendre des responsables politiques qu’ils agissent en notre nom… puisque nous les élisons pour ça. Mais sur tous ces sujets et sur bien d’autres, nous sommes de plus en plus conscients que l’Etat peut nous inciter à faire mais qu’il ne peut pas se substituer à nous. Bien souvent, nous en restons à ces constats désabusés, sans imaginer que nous pourrions repenser radicalement nos modes de faire collectifs, notre fameux « vivre ensemble ».</p>
<p>Nous avons oublié <strong>la ressource majeure de la démocratie, le pouvoir d’agir des citoyens</strong>. C’est quoi le pouvoir d’agir ? c’est la capacité de chacun de trouver des solutions créatives aux questions qui le concernent s’il sort de l’isolement qui le rend incapable d’agir. Pour cela il faut plusieurs ingrédients indispensables :<br />
-    Des <strong>espaces de débat </strong>où on ne se contente pas de râler contre le système mais où l’on recherche collectivement des pistes de solution. Ces espaces de débat, pour être efficaces doivent être très locaux, non partisans, positifs, permettant de mêler des expériences et des points de vue divers.<br />
-    L’organisation d’un <strong>droit de tirage sur l’expertise publique </strong>pour donner corps aux solutions explorées dans les débats.<br />
-    La mobilisation de <strong>ressources extra-budgétaires</strong>, notamment via les fondations, pour mener à bien les expérimentations, faciliter leur déploiement,…<br />
-    La mise en place d’un <strong>volontariat tout au long de la vie</strong> pour dégager du temps et des compétences au service de cette nouvelle action collective</p>
<p>Il est paradoxal que les représentants officiels de la vie associative ne soient pas davantage sensibles à ces approches qui renforceraient naturellement le fait associatif sous toutes ses formes, du simple collectif d’habitant jusqu’à l’émergence de mouvement associatifs nouveaux à l’échelle du pays (comme a pu le devenir Lire et faire lire en quelques années par exemple). Très souvent ces militants de la vie associative craignent que ce soit le moyen pour l’Etat de se défausser de ses responsabilités. Ils confondent en cela le rôle de garant de l’égalité que doit toujours assumer l’Etat et la manière dont les services doivent être rendus. Sans doute une raison de leur frilosité est plus matérielle : la plupart des associations ne le sont plus, au sens premier du terme, elles sont bien davantage des entreprises de services collectifs employant des professionnels et financées par des fonds publics. Beaucoup ne sauraient pas animer un vaste mouvement  d’implication des citoyens. Les bénévoles d’aujourd’hui ne sont en effet pas dans leur très grande majorité des initiateurs de projets mais des ressources humaines employées à des tâches prescrites.</p>
<p><strong>Quelques signes sont encourageants</strong> malgré tout. J’en citerai quatre – rapidement – mais leur convergence est indéniable.<br />
-    Le plus récent est la parution du dernier rapport du think tank <a title="Remmettre les gens en mouvement" href="http://www.tnova.fr/content/contribution-n-27-banlieues-et-quartiers-populaires-remettre-les-gens-en-mouvement">Terra Nova</a> sur les banlieues qui prône (enfin !) les pratiques de développement communautaire, à l’instar de ce qui se pratique depuis des années dans les quartiers défavorisés de Chicago et d’ailleurs. C’est l’espoir d’une refonte de la politique de la Ville sur les bases de l’empowerment plutôt que sur la seule rénovation urbaine. Merci Jacques Donzelot de votre persévérance !<br />
-   <a title="Journée spéciale Elections" href="http://www.concerter.org/news/journee-speciale-elections-2012.-paris-14-mai-2012"> L’Institut de la concertation</a> propose une journée de réflexion très intéressante le 14 mai autour de la place de la participation dans les programmes politiques, il invite notamment les membres de son réseau, professionnels de la concertation et chercheurs, à co-élaborer ce que pourrait être une participation des citoyens aux grands choix nationaux au travers d’un exemple concret : un débat national sur l’énergie.<br />
-    Autour de l’empowerment et du pouvoir d’agir, les initiatives se multiplient : le <a title="conférence internationale sur le Cummunity Organizing" href="http://www.participation-et-democratie.fr/fr/node/754">colloque</a> organisé mi-mars à l’ENTPE à l’initiative d’une jeune doctorante, Hélène Balazard, a été un réel succès ; notre groupe de travail sur l’empowerment lancé avec Philippe Bernoux en septembre a fidélisé une trentaine de participants ; le <a title="collectif Pouvoir d'agir" href="http://pouvoirdagir.fr/">Collectif Pouvoir d’agir</a> créé à l’initiative de Jean-Pierre Worms devient un pôle de référence sur la question.<br />
-    Dernier signe, et sans doute le plus riche de perspectives, l’installation du volontariat dans notre culture de l’engagement grâce au <a title="agence nationale du service civique" href="http://www.service-civique.gouv.fr/">Service civique</a> qui touche maintenant près de 15 000 jeunes par an.<br />
Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il serait bon que le président nouvellement élu découvre ces signes encore ténus et le potentiel de renouveau de la politique qu’ils représentent.</p>
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		<title>Si, nous sommes responsables ! &#8230;et nous pouvons agir</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Mar 2012 09:32:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hcd</dc:creator>
				<category><![CDATA[chemins]]></category>
		<category><![CDATA[crise]]></category>
		<category><![CDATA[intégration]]></category>

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		<description><![CDATA[Voilà ce qu’a dit le Président de la République sur un ton qui n’admettait ni réplique ni contestation : « Ces crimes sont ceux &#171;&#160;d&#8217;un monstre&#160;&#187; et pas d&#8217;un fou qui serait irresponsable. Lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable. Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà ce qu’a dit le Président de la République sur un ton qui n’admettait ni réplique ni contestation : « Ces crimes sont ceux &laquo;&nbsp;d&#8217;un monstre&nbsp;&raquo; et pas d&#8217;un fou qui serait irresponsable. Lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable. <strong>Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions, c&#8217;est indigne</strong> ».  Je crains fort de tomber dans l’indignité selon Sarkozy mais, pour moi, le ton même du propos, sa violence, sa certitude aveugle à toute autre vision de la réalité sont indignes de la fonction qu’il occupe.<br />
Alors notre société n’aurait aucune part à la dérive de ses membres les plus fragiles ? Mohamed Mehra serait donc un tueur-né, génétiquement programmé ? Toute la faute est sur lui et la société est blanche comme neige ? Absurde évidemment, comme serait absurde également l’idée d’incriminer la société et de blanchir le tueur.</p>
<p>Peut-on accepter de regarder dans cet « entre deux », ni tout blanc ni tout noir, où la personne humaine est bien responsable de ses actes et où <strong>la société doit néanmoins se poser des questions sur la manière dont elle laisse dériver certains de ses membres</strong> ?<br />
Arrêtons de confondre culpabilité et responsabilité : il y a bien un coupable identifié mais aussi des responsabilités multiples quant au contexte qui permet l’émergence de tels faits.</p>
<p>Peut-on rappeler une vérité d’évidence mais trop occultée car dérangeante ? Comme pour toute relation, <strong>l’intégration suppose deux interlocuteurs, celui qui s’intègre et ceux qui l’accueillent</strong>. Depuis des années nous nous focalisons sur ceux qui doivent s’intégrer mais que faisons-nous pour nous rendre plus accueillants ? A quoi peut bien servir un parcours universitaire brillant si la suite est constituée de petits boulots mal payés, précaires et sans rapports avec la formation suivie ? Comment donner envie aux jeunes de suivre l’exemple de ceux qui font l’effort de se former malgré des conditions d’études difficiles s’ils voient les galères que les diplômes n’évitent pas ?</p>
<p>Lors de la crise des banlieues de 2005, nous avions déjà écrit en ce sens. Peut-être que les entreprises que nous interpellions aux Ateliers de la Citoyenneté sont aujourd’hui plus prêtes à s’engager sur ces sujets . Les efforts faits en matière de RSE ou de Développement Durable sont plutôt encourageants. Relançons la bouteille à la mer … !</p>
<p><strong>Des salariés d’entreprise dans les carnets d’adresse des jeunes des banlieues ?</strong><br />
On sait que ce qui permet de trouver un emploi, c’est bien sûr les compétences sanctionnées par des diplômes, mais c’est aussi le capital relationnel des personnes. Or chacun convient qu’un jeune habitant en banlieue dispose d’un capital relationnel très réduit. Ses interlocuteurs adultes sont essentiellement des professionnels du travail social qu’il ne rencontre que dans une posture d’aide ou d’assistance.</p>
<p>Ne pourrait-on pas envisager un vaste programme de volontariat ouvert à des salariés d’entreprises pour qu’ils puissent participer AVEC des jeunes habitant les banlieues à des programmes d’intérêt général de tous ordres ? Dans le cadre des activités proposées, des relations se noueraient avec des adultes socialement intégrés, qui pourraient faire bénéficier les jeunes de leur carnet d’adresse. On ne serait pas là dans une logique d’aide directe mais dans le registre de ce que les Québécois appellent le « mentorat », une relation choisie née d’une rencontre à l’occasion d’une activité faite ensemble. Puisque ces rencontres ne se font pas spontanément, il faut les susciter. On pourrait s’appuyer sur des initiatives réussies de brassage social comme la préparation du défilé de la Biennale de la Danse à Lyon. Ce qu’il faut, c’est rendre ce programme attractif, en y impliquant des personnalités charismatiques, en le médiatisant  mais aussi, tout simplement, en l’appuyant sur des activités créatives et valorisantes.<br />
Les entreprises qui participeraient à un tel programme en libérant leurs salariés quelques heures par mois en mécénat de compétence, seraient doublement gagnantes : elles permettraient à leurs salariés de s’investir dans une aventure humaine dont bien des enseignements pourraient être réinvestis dans l’entreprise, elles bénéficieraient de contacts préalables entre des jeunes et des salariés facilitant ensuite les recrutements et surtout l’intégration professionnelle.</p>
<p>Qu&#8217;on me comprenne bien : je ne prétends pas que l&#8217;on évitera des crimes comme celui de Mohamed Mehra par un programme de volontariat, même d&#8217;ampleur nationale&#8230; Pour autant il y a bien une chose dont je suis sûr : <strong>il ne faut pas laisser s&#8217;enfler la double vague </strong>de rejet d&#8217;un côté et de rage d&#8217;être rejeté de l&#8217;autre. Essayons chacun d&#8217;y contribuer, loin des dénonciations en indignité.</p>
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