Beltrame, héros ou saint ?

J’espère que mon papier sera compris. Il me semble important par la distinction qu’il opère et par l’appel qui le conclut.

Comme chacun sans doute, l’hommage rendu au lieutenant-colonel Beltrame m’a ému. Je garderai en tête cette image du cortège semblant flotter sur l’eau, corbillard et motos se reflétant dans le miroir parfait de la chaussée détrempée par une pluie tenace.

Pourtant le malaise qui m’accompagne depuis le début de l’héroïsation du geste de ce gendarme ne m’a pas quitté. Oui cet homme est admirable. Son geste comme le disait Comte-Sponville dans Le Monde est plus encore que courageux, il est la générosité même puisque c’est une vie donnée pour sauver une vie. Ni le geste, ni l’homme qui l’a accompli ne sont en cause dans mon malaise. Mon admiration est totale. Alors quoi ? Pourquoi je ne vibre pas à l’unisson de tous ceux qui célèbrent un « héros français » ? Je ne suis pas antimilitariste comme cet homme qui s’est réjoui de la mort du gendarme. Je ne suis pas gêné que cet homme ait pu agir au nom de sa foi puisque je la partage. Je suis heureux qu’un Français montre des qualités humaines dont on puisse être fier. Mais je ne pense pas pour autant qu’il faille en faire un héros national. C’est pour moi plus un saint qu’un héros. Un saint, c’est celui qui suit l’exemple donné par le Christ en aimant jusqu’au don de sa vie. Pour moi Beltrame n’a pas fait un acte nécessaire à l’ordre public, il a fait preuve d’un exceptionnel altruisme ; il a agi moins en gendarme (tout le monde a reconnu que son acte n’était pas nécessité par sa fonction) qu’en homme et en chrétien solidaire d’une personne qu’il a voulu sauver. Un héros, c’est autre chose pour moi, c’est quelqu’un qui s’inscrit dans la construction d’un projet collectif, national ou non, quelqu’un qui participe d’une œuvre commune.

Je crains que cette héroïsation soit dictée par deux mauvaises raisons et qu’elle risque de renforcer nos fractures en ne solidarisant qu’une partie de la population de notre pays. Pour moi, on a trop appuyé sur le fait qu’il était soldat, français et chrétien comme si on retrouvait enfin le socle national alliant Eglise et Armée dans la même défense d’une identité française menacée. Cette vision obsidionale de la France m’attriste. La France, je l’aime, ouverte, diverse et impertinente. Cette insistance à dire qu’il est bien Français laisse entendre en contrepoint (mais bien sûr sans le dire ouvertement) qu’être blanc, catholique et défenseur de l’ordre public, c’est la France de référence, celle dont on doit être fier (exclusivement ?). 

L’autre élément de cette héroïsation c’est cette « guerre au terrorisme » dont j’ai déjà eu ici l’occasion de me distancier. J’ai relu 3 malaises face à la guerre, je le signe encore aujourd’hui. Faire du lieutenant-colonel Beltrame un héros renforce encore cette idée que nous sommes en guerre et que son geste est un fait d’arme dans un combat guerrier. Qui peut croire sérieusement que ce jeune délinquant abruti était un combattant ? Encore une fois nous créons nous-mêmes nos ennemis en leur donnant autant d’importance. Ils n’existent que par l’écho médiatique qu’ils suscitent. La réalité de leur action concrète relève du fait divers sordide. Ce sont des criminels plus que des terroristes. Il faut évidemment protéger au mieux la population, repérer en amont ceux qui risquent de passer à l’acte mais pas au prix de notre liberté, de notre dignité.

Si donc je pense que Beltrame est plus un saint qu’un héros, qui peuvent être aujourd’hui nos héros ? … car je crois aussi que nous avons besoin de figures qui orientent notre projet national et donnent envie d’y participer. Beltrame, en tant que « saint », nous aide à discerner quelle valeur nous donnons à la vie, et c’est essentiel ; mais qui peut nous aider, par son exemple, à construire une Nation dont nous soyons fiers et surtout que nous aurions envie de contribuer à construire ? (Car une Nation, ce n’est pas seulement un passé qu’on admire et qu’on protège, c’est un futur qu’on prépare par ses propres engagements).

J’aimerais que nous prenions tous la plume pour dire nos « héros d’aujourd’hui », ceux qui nous inspirent et nous font avancer. Allez, je me lance ! Je sais qu’il va trouver le qualificatif lourd à porter mais tant pis, pour moi, Jean-Pierre Worms est un « héros d’aujourd’hui ». Par son combat au service de la justice à l’égard des plus pauvres, des oubliés, par sa capacité à prendre des initiatives qui marquent (France Initiative pour le développement local, le collectif Pouvoir d’agir pour la reconnaissance de l’empowerment,…), par sa capacité à mener ensemble 3 vies, celle de chercheur, d’homme politique et de responsable associatif, par ses qualités humaines de disponibilité, d’enthousiasme, d’entraînement et de modestie. Je pourrais continuer mais je ne fais pas un éloge funèbre ; Jean-Pierre est heureusement bien vivant, étonnant jeune homme qui a dépassé 80 ans !

Et si nous faisions collectivement cet exercice d’admiration ? Une page Facebook des « héros d’aujourd’hui » ? Si vous êtes prêts à l’alimenter, chers lecteurs, je suis prêt à la créer. Chiche ? Christine tu te lances ? 

Anticipation

Le passage d’une année à l’autre nous amène naturellement à regarder vers le futur… Au-delà des échanges de vœux traditionnels, si nous changions notre manière d’envisager l’à-venir ?

Nous ne manquons pas de détecteurs de tendances, d’explorateurs de signaux faibles. Nous sommes nourris de scénarios de tendances avec les indispensables variantes selon qu’on sera plus individualistes ou plus sociaux, que l’on fera le pari des territoires en réseaux ou de l’entreprise étendue… Et pourtant le futur ne nous a jamais paru plus incertain, plus indéchiffrable, et plus menaçant !

Pourquoi ce paradoxe ? Pourquoi cet impossible élan vers demain ?

En réalité nous sommes en panne d’imaginaire ! plus encore nous sommes en panne d’un imaginaire positif qui donne du sens à nos vies. Le futur souhaitable de la prospective est bien souvent un futur sous contrainte du présent. Pas un avenir qui attire. Le futur est un à-venir sans promesse. La fin des idéologies et des religions ne nous a pas laïcisés, il nous a « désenthousiasmé ». On attend le futur avec angoisse alors qu’on pourrait désirer l’avenir avec passion. Le futur nous inquiète, l’avenir pourrait nous émouvoir.

Le futur est un compromis, l’avenir ne peut être qu’un pari. Pour parier il faut avoir entrevu un lendemain que l’on désire vivre.

Peut-on s’enthousiasmer sans retomber dans les errements de la croyance dans des lendemains qui chantent ou des paradis hypothétiques ?

En fait nous n’avons pas renoncé à nous enthousiasmer car nous pouvons difficilement vivre sans projection dans l’avenir mais faute de grands récits politiques ou religieux nous bricolons des succédanés : les uns ont les jeux de hasard et leur rêve de devenir millionnaire, d’autres des proximités fantasmées avec leurs idoles (on l’a bien vu avec le décès de Johnny Halliday). On se crée des communions éphémères mais intenses autour d’événements sportifs (ah la France black, blanc, beur). Ces « vies rêvées » sont les soupapes d’un monde qui ne fait pas rêver mais elles enferment dans l’illusion et ne conduisent à aucune action sur le réel puisque l’enjeu principal est d’y échapper.

Notre question se complique donc encore : peut-on s’enthousiasmer pour l’avenir en gardant les pieds dans le réel ? Comment s’enthousiasmer pour l’avenir sans tomber dans l’illusion ou les visions totalitaires/totalisantes mais en puisant dans l’avenir désiré des ressources pour transformer le présent ?

Deux voies me semblent prometteuses et convergentes même si elles partent d’un point de vue différent. Schématiquement il y a d’un côté la voie « personnelle » qui détecte chez l’individu contemporain autre chose que l’homo economicus, individualiste et épris de compétition qu’on nous décrit à longueur de temps. Cette voie amène à considérer l’humain comme un être doué d’empathie, à même de se lier aux autres, développant son pouvoir d’agir dans la coopération ; d’un autre côté il y a la voie « politique » qui tente de décrire ce que pourrait être une société convivialiste comme s’y emploient Alain Caillé et le groupe d’intellectuels qu’il tente d’unir dans un projet commun dépassant l’œuvre éditoriale de chacun.

Ces deux voies ne sont pas exemptes de limites : la voie personnelle peut conduire aux impasses du « développement personnel » qui amène à se créer une bulle de confort dans un océan de mal-être ; la voie politique ou convivialiste peut se perdre dans les sables de la recherche de solutions programmatiques sans réel écho dans une société très encline à se méfier du politique dans son ensemble. Autrement dit la première voie peut s’enfermer dans une vision riche mais égocentrée de l’avenir désirable, la seconde peut se perdre dans l’aridité et l’abstraction des approches programmatiques.

La manière pour moi de concilier les deux approches est de penser en termes de modes de vie comme y invite par exemple Marc Hunyadi. Qu’est-ce que ça change ? En fait ça permet de personnaliser la vision politique, de la traduire en histoires de vie en montrant comment les personnes vont se saisir des nouveaux contextes créés par les transformations convivialistes… en les imaginant DEJA réalisées.

Nous avons besoin de récits d’anticipation ! D’anticipations qui donnent à voir des modes de vie désirables. Nous sommes saturés d’anticipations négatives, fondées sur l’exploration des catastrophes, qu’elles soient écologiques ou politiques. Elles ont bien sûr leur utilité, au-delà de la fascination morbide qui nous pousse à nous y plonger, en nous amenant à réfléchir à ce qui conduit à de telles apocalypses. Il est néanmoins temps de faire émerger des « anticipations positives ». Nous avons réellement besoin de structurer l’imaginaire d’un monde désirable si nous voulons que ce monde ait une chance de voir le jour. J’ai plus que jamais envie/besoin de participer à l’invention de ces récits.

 

PS 1 – Je reprends deux jours par semaine pour y travailler en dehors de mon activité de consultant. Merci à Didier Livio de me laisser du temps pour cette nouvelle aventure personnelle !

PS 2 – Ce texte fait écho à un papier précédent sur la nécessité de structurer un imaginaire politique renouvelé. Le texte est là.

 

 

 

 

 

la vérité de Fillon, une fiction ?

 

Incroyable moment politique ! c’est comme si nous regardions une fiction à la télé dont on connait le dénouement mais que les protagonistes évidemment ignorent. On se trouve en position de surplomb, attendant la chute inéluctable. Toutes les paroles dites semblent des répliques. Elles sont d’ailleurs répliquées d’un acteur à l’autre. Et tous récitent le même texte avec si peu de variantes (et de conviction) que l’artifice est encore plus patent. « Nous n’avons qu’un candidat dont l’honnêteté ne saurait être mise en cause ». « Nous irons jusqu’au bout ». « il n’y a pas de plan B »…
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La démocratie c’est aussi délibérer et entreprendre !

Exceptionnellement, je me permets de vous solliciter, vous qui me lisez régulièrement ou occasionnellement. J’aimerais avec votre aide donner plus de retentissement au texte ci-dessous co-écrit avec JP Worms et A Le Coz. Il résume en effet ce que je propose dans mon livre. Malheureusement je n’ai pas réussi à le publier dans la presse. SOYONS ENSEMBLE LA PRESSE en le faisant circuler ! Ce serait l’illustration parfaite du contenu de l’article ! merci à vous.

Nous ne pensons généralement la démocratie qu’en termes d’expression d’opinion et de surveillance des gouvernants. Dire et voir. Il est temps d’ajouter à notre imaginaire démocratique deux autres verbes : délibérer et entreprendre ! Le premier est bien pris en compte comme une pratique démocratique mais sans qu’on en tire toutes les conséquences ; quant au second, on l’associe plutôt à la vie économique alors que c’est un mot formidable pour parler de manière forte de l’initiative citoyenne souvent reléguée à l’animation d’un « vivre ensemble » sans effet réel sur les situations.

D’abord la délibération. On la voit trop souvent comme une simple modalité de prise de décision, plus collective. On gagnerait à la considérer comme un moyen pour construire des solutions neuves aux questions insolubles. Un exemple : les retraites. On pose toujours le problème sous l’angle du financement, une délibération citoyenne amènerait sans doute à regarder d’abord la question par la vie que l’on souhaite vivre dans cette période de vie nouvelle qui s’est progressivement installée entre l’âge adulte et la vieillesse, ce temps des seniors entre 55 et 75 ans (et parfois beaucoup plus !) où l’on reste actif mais autrement. Ce temps aujourd’hui peine à exister pleinement coincé entre le statut d’actif et celui de retraité.

La délibération permet de voir les questions d’un œil neuf et d’imaginer des solutions en rupture avec les modes de pensée dominants alors que notre réformisme ne sert qu’à faire durer un modèle dépassé. Les jurys de citoyens ou des formes mixtes associant citoyens et experts sont de formidables moyens de penser les questions complexes. Les expériences se sont multipliées ces dernières années, avec succès, mais qui le sait ? Il est temps d’aller plus loin. Jusqu’à tirer au sort une partie de nos représentants ? Oui, y compris à l’Assemblée Nationale !

Entreprendre en citoyens. Les politiques et les médias s’intéressent aux entrepreneurs, et c’est bien. Mais ils peinent à voir qu’il y a un entrepreneuriat civique. Pas seulement pour créer des entreprises solidaires ou développer des associations. L’entrepreneuriat dont nous parlons c’est la somme des initiatives que nous prenons tous les jours pour améliorer nos fonctionnements collectifs : des seniors qui proposent de raconter leur itinéraire professionnel à des jeunes pour dédramatiser l’orientation, des locataires d’un immeuble qui se concertent pour mettre en place un bac de compost collectif, des habitants du périurbain qui inventent un système d’autostop pour faciliter le rabattement vers une ligne de tram-train,… Toutes ces initiatives si elles restent isolées ne changent que la vie des personnes concernées. Si en revanche elles se relient et disposent de la bienveillance des collectivités, si elles sont médiatisées et essaiment largement, elles changent notre organisation collective.

Les responsables estiment généralement que la société est figée et qu’il faut la forcer à bouger ; la réalité est inverse : c’est la société qui est créative et vivante et c’est la politique qui devient hélas stérile.

L’Etat aujourd’hui peut très peu ! Un exemple : actuellement quand on veut faire des expériences demandant une puissance de calcul énorme, on ne se tourne plus vers l’Etat pour disposer du plus gigantesque ordinateur : il serait trop petit. On mobilise la puissance de calcul de millions d’ordinateurs personnels en réseau à travers le monde entier. Aujourd’hui acquérir de la puissance passe par la mobilisation d’un très grand nombre de toutes petites ressources coordonnées autour d’un projet qui fait sens. Ce n’est pas seulement possible dans le domaine des communautés numériques, c’est toute la société qu’il faut apprendre à solliciter autour de projets pour lesquels chacun pourra contribuer à sa mesure. Il faut passer de la « puissance publique » à la puissance du public » !

L’énergie citoyenne est considérable mais elle n’est pleinement active que dans des minorités multiples qui se saisissent des questions qui les concernent : la santé, l’école, l’économie collaborative, la transition énergétique, l’accueil des réfugiés,… Dans tous ces domaines et tant d’autres les initiatives se multiplient mais si elles commencent à mieux interagir entre elles, c’est encore thématique par thématique, elles ne font pas système et n’essaiment donc pas à la vitesse qui serait nécessaire pour faire face à l’urgence. C’est là que la démocratie sociétale entre en jeu !

Pour que cette « démocratie sociétale », inventive et active, devienne une réalité tangible nous devons répondre à deux questions : 1/ Avons-nous encore des « capacités citoyennes » ? Beaucoup doutent de la possibilité de l’implication de nos contemporains dans des démarches au service du bien commun tant les logiques individualistes et consuméristes sont puissantes. Les recherches contemporaines répondent pourtant clairement oui. Les scientifiques découvrent que l’empathie est pour l’homme un moteur aussi important que la compétition. Les études sur les « créatifs culturels » montrent que 38 % de la population met en avant l’écologie et le développement durable, la féminisation de notre société, la simplicité, l’implication personnelle dans la société et l’ouverture culturelle.

2/ Si les capacités sont bien là, comment passe-t-on de la potentialité à la réalité ? Comment active-t-on cette « source d’énergie citoyenne » ? Ce n’est pas le « pouvoir central » seulement qu’il faut convaincre d’agir. Ce sont tous les pouvoirs qu’il faut mobiliser : les villes bien sûr, mais aussi les entreprises et les médias : multiplier les lieux de rencontre dans nos villes où l’on puisse concrètement se découvrir citoyen en échangeant avec d’autres ; impliquer les entreprises dans l’incubation de l’initiative citoyenne bien au-delà des démarches de mécénat actuelles qui ne touchent que quelques grands groupes alors que c’est le tissu économique local que l’on doit mobiliser ; faire alliance avec les médias pour qu’ils inventent des formats (et pourquoi pas une forme renouvelée de téléréalité !) donnant à voir ce que permet la créativité citoyenne. La « démocratie sociétale » ne réussira qu’en amenant les pouvoirs à composer.

texte écrit en collaboration avec Jean-Pierre Worms, ancien député, initiateur du collectif Pouvoir d’agir et avec Armel Le Coz, cofondateur de Démocratie Ouverte, qui ont écrit la préface et la postface du livre que je viens de publier : Citoyen pour quoi faire ? construire une démocratie sociétale (éd. Chronique sociale)

 

Convergence

Un texte, sur le chemin (aérien) des vacances… avant de laisser Nuit debout de côté pour profiter pleinement de la Sicile où je passe la semaine !

J’étais hier midi avec mes amis du collectif ArchipelS. Nous ne nous étions pas tous réunis depuis longtemps. Naturellement le premier sujet que nous avons abordé a été Nuit debout. Après un premier décorticage de ce qui se passe par celles et ceux qui sont allés sur place, on voit vite qu’un éclaircissement de nos positions est nécessaire. « Tu veux dire que le mouvement devrait se structurer ? moi, je pense que c’est bien qu’il reste dans l’incertitude. Vouloir un débouché rapide est le plus sûr moyen que ce soit un échec », « Non, je ne veux pas une structuration, plutôt une clarification pour éviter la déception si ça se prolonge sans résultat « classique » du type retrait de la loi ou naissance d’un mouvement politique ». Nous sommes en fait largement d’accord pour dire que l’apport essentiel de Nuit debout est sa dimension « éducation populaire ». Chacun reconnaît la qualité de l’organisation des prises de parole qui oblige à s’exprimer brièvement et donc à entendre une multiplicité de points de vue. On réinvente parfois l’eau tiède ? Oui, mais ça permet à des personnes peu averties des sujets (les biens communs, le revenu d’existence, les débats constitutionnels…) de se les approprier plutôt que de les découvrir tout-pensés… par d’autres ! L’idéal serait que l’on ne fasse que passer par les places de la République et d’ailleurs puis qu’on aille rejoindre tel ou tel projet ou combat avec d’autres déjà investis sur ces sujets.
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Après les Nuits debout, les Jours debout ?

Les Nuits debout ont créé leur calendrier dès le lancement du mouvement. Quel sens donner à ce temps suspendu ?

CALENDRIERJ’écris ce papier le 48 mars selon le calendrier « deboutien ». Vous le savez sans doute les Nuits debout ont commencé le 31 mars et, tout de suite, la poursuite de l’occupation a été placée sous le signe de ce nouveau calendrier. Après le 31 mars venait logiquement le jour de blagues et des poissons d’avril, les deboutiens ont préféré prolonger le mois de mars avec un 32 mars. Au soir du 37 mars, après discussions et vote, il a été décidé de faire durer ce mois de mars 2016 aussi longtemps que nécessaire. Le calendrier de la place de la République était né.

J’ai trouvé un papier amusant sur Médiapart qui tente de donner un sens à ce nouveau calendrier révolutionnaire

Dans ce calendrier debout, l’année débute le 31 mars, elle se termine le 395 mars.

Comme le dit cet article la question n’est pas aussi anecdotique qu’elle le semble

Car le calendrier détermine tout, c’est la gestion du temps, de nos espaces d’expression, de discussion, de liberté, d’exercice de la démocratie. Il y a 223 ans de cela, le calendrier républicain, épousseté de toute référence religieuse et monarchique, et adopté le 15 vendérimaire de l’an II (22 septembre 1792 du grégorien), avait été appliqué précisément pour cette raison. Ne sommes-nous pas en train de faire la même chose ?

La comparaison avec le calendrier révolutionnaire s’impose mais à condition de bien voir les différences !

Le calendrier de la Révolution est clairement un choix idéologique : il faut faire pour le temps ce qu’on a fait pour le territoire : dès 1790 le redécoupage de la France a supprimé toute référence aux provinces de l’ancien régime avec des départements aux noms géographiques (ainsi le Rouergue, sans pratiquement changer de limites, devient l’Aveyron du nom d’un petit affluent du Tarn) ; pour le temps l’opération est identique : on garde la structure calendaire mais on rebaptise les mois en fonction des saisons avec des noms assez explicites et dont on garde tous au moins quelques souvenirs (brumaire, ventôse, germinal ou thermidor)

A l’inverse, pas franchement d’idéologie dans les choix du calendrier deboutien, plutôt un sens aigu de l’événementiel, drôle et disruptif. Il fait clairement passer un double message : « nous voulons faire durer le mouvement sans limite de temps » et « nous voulons casser les codes qui nous enferment ». En raison même de son caractère impromptu, de son côté pied de nez, ce calendrier n’en est pas un. Il n’a pas le caractère réfléchi et pratique du calendrier révolutionnaire, à terme il est même inutilisable s’il se prolonge indéfiniment : imagine-t-on que dans trois ans nous pourrions être le 1143 mars ?!

Nous sommes dans le temps suspendu plus que dans les temps nouveaux. Plus dans l’interpellation et l’expression de soi que dans la construction collective de lendemains qui chantent. L’instant présent se prolonge de manière indéterminée, indéfiniment.

Alors un calendrier sans futur pour un mouvement sans avenir ? Oui sans doute si l’on en reste aux catégories habituelles de l’action politique. Un mouvement sans revendications, sans programme, sans leader, ne peut pas exister longtemps dans le paysage actuel. Mais ce que ne comprennent pas les pouvoirs de toutes sortes (politique, médiatique, économique ou même associatif), c’est que leurs modes d’exercice du pouvoir ne fait plus rêver les jeunes qui se réunissent nuit après nuit. J’ai le sentiment que les Nuit debout ne cherchent pas à prendre le pouvoir tel qu’il est mais à le subvertir en y introduisant l’infinie diversité des pouvoirs personnels. Ce « pouvoir DE » plutôt que les habituels « pouvoirs SUR ». Une puissance qui nait des interactions personnelles, une énergie civique d’autant plus forte qu’elle a longtemps été oubliée ou niée. Je vois les Nuits debout comme une possible réappropriation par les individus contemporains de leur capacité d’agir en citoyens. Une « éducation populaire » festive, à ciel ouvert et sans éducateurs sachants. Avec beaucoup de naïvetés sans doute mais aussi beaucoup de justesse dans la manière de réapprendre à parler de ce qui nous fait vivre ensemble.

Je rêve que les Nuits debout se transforment en « Jours debout ». Que l’on revienne dans le temps commun, le calendrier commun, mais avec des personnes debout, dans un temps moins subi que réapproprié. Nous avons moins besoin d’un nouveau calendrier, que d’un nouvel « agenda », ces choses que nous devons faire comme le dit le latin avant l’anglais. « Mettre à l’agenda »…, s’il y a un anglicisme (en fait un latinisme) que je trouve pertinent c’est bien celui-là. Il est temps en effet que les citoyens prennent la maîtrise de l’agenda politique, non pas en remplaçant les pouvoirs (c’est illusoire) mais en les amenant à composer avec leurs attentes.

Cette suspension du calendrier, n’est-ce pas ça finalement : un temps pour se (re)mettre debout, pour prendre la mesure des passations de pouvoir qui sont en train de s’opérer comme je l’évoquais déjà il y a deux ans.

NB/ Ce n’est bien sûr qu’une lecture, orientée par mes propres attentes de démocratie sociétale, de ce que sont /pourraient être les Nuits debout. Il y a bien sûr d’autres aspects des Nuits qui me dérangent, comme les huées qui ont rejeté Finkielkraut hors de la place. Je persiste à penser qu’au-delà des réussites ou des échecs circonstanciels du mouvement, ce sont les transformations du rapport aux pouvoirs qui resteront

 

 

Symbolique !

Quand la symbolique perd son sens, la politique perd son âme. Deux exemples récents.

Il serait peut-être bienvenu de rédiger un guide du bon usage du symbolique en politique ! Deux exemples récents montrent à quel point cet usage s’est perverti : la déchéance de nationalité et le Brexit.

Dans les deux cas, il y a évidemment place pour du symbolique. Être ou ne pas être dans l’Europe, ce projet absolument unique au monde ; déterminer les cas exceptionnels où se rompt irrémédiablement le pacte qui unit un citoyen français à son pays. Voilà bien deux questions graves qui engagent notre conception de ce qui nous est commun. Rappelons une nouvelle fois l’étymologie du mot symbole, syn bolein, littéralement « jetés ensemble ». Le symbolique est ce qui nous relie mais en nous détachant à ce que nous sommes dans le quotidien de la vie. Ce n’est donc pas seulement quelque chose qui nous est commun, c’est quelque chose qui nous dépasse, qui nous sort de notre individualité. ce n’est pas rien ! Et pourtant …

Aujourd’hui quand on parle d’une « mesure symbolique », on évoque un projet sans réelle portée pratique. « C’est juste pour le symbole », nous dit-on. Autrement dit, ça ne compte pas. De fait la confusion est totale puisque le symbole est considéré à la fois comme essentiel en ce qu’il nous unit à quelque chose qui dépasse nos existences propres et comme dérisoire parce qu’il ne se traduit par rien de concret. La déchéance de nationalité mesure radicale en apparence ne s’appliquera jamais ou à contretemps comme l’a très bien montré Robert Badinter. Les concessions pour retenir le Royaume-Uni dans l’Union n’ont selon les observateurs pas de réelle portée mais donnent une victoire symbolique à Cameron. On joue en permanence à qui perd gagne. Le symbolique semble ne plus être utilisé que pour pallier l’absence d’effectivité des politiques menées. On ne peut pas lutter contre le terrorisme infiltré dans nos villes et nos vies sans lancer une guerre civile vis-à-vis de citoyens de notre pays ? L’arme de la déchéance fera l’affaire… à condition qu’elle ne soit que symbolique ! Il ne serait pas correct de dire « merde aux Anglais », alors on fait des concessions qui n’en sont pas mais dont on espère que le seul fait symbolique d’avoir plié dupera les britanniques sur l’absence de portée réelle des non-avantages obtenus ! La politique ainsi comprise devient un jeu de dupes et d’illusions.

Le symbolique devrait être manipulé avec précaution et parcimonie. Vouloir en faire un succédané de l’action est la pire des choses. Chacun comprend bien que ce recours au symbolique est une tentative dérisoire de masquer l’impuissance de l’action politique. Personne n’est réellement dupe. Les responsables politiques ne camouflent en rien leur incapacité à traiter au fond les problèmes et ils font perdre toute valeur au symbolique en en pervertissant l’usage.

L’utilité de la symbolique n’est pas là où elle est attendue, que ce soit dans la vie politique ou dans les médias. Ce n’est ni du registre de l’action publique ni de celui de l’ostentation. C’est à la fois une mise à distance et une mise en mouvement.

Pierre Legendre[1] a écrit sur le premier aspect –la mise à distance – des textes importants. Il rappelle ainsi la fonction sociale de l’autorité qui a « pour visée un désenlacement, d’infliger au sujet qu’il renonce au totalitarisme, à sa représentation d’être tout, c’est-à-dire en définitive de le limiter ». Dans un entretien paru dans Le Monde[2] il y a près de 20 ans (mais son propos pourrait s’appliquer plus encore aujourd’hui), il pointait :

Maintenant, le pouvoir revendique sa propre disparition. On voit un ancien président de la République [Valéry Giscard d’Estaing] écrire qu’il a souffert d’être séparé de ses concitoyens. C’est-à-dire qu’il ne supportait pas sa fonction. Ce même président avait pris la manie de s’adresser, à la télévision, à ceux qu’il gouvernait au singulier… « Madame, Mademoiselle, Monsieur « , pour moi, c’est le comble. […] Il laisse entendre qu’il est mon président, à moi qui l’écoute. Il n’est pas mon président, il n’est le président de personne en particulier, il est le président de la République française, de la nation française. En détruisant la mise à distance symbolique du pouvoir, il commettait une faute grave contre le véritable fondement de la démocratie, qui repose sur la représentation, sur une mise en scène.

Il poursuivait :

La mise en scène est une mise à distance, et une mise en miroir qui permet la respiration, qui permet aux individus et aux groupes de se trouver, de se constituer en se séparant de leur propre image. Alors que la prétendue convivialité, déthéâtralisée, déritualisée, casse l’humain, détruit les individus en les laissant seuls face au néant. Démerde-toi, drogue-toi, suicide-toi, c’est ton affaire, il y aura des garagistes qui répareront si c’est réparable, et des flics si besoin est.

Dans Citoyen pour quoi faire (à paraître dans les jours prochains) j’essaie de montrer que la symbolique n’est pas pour autant statique.

On voit souvent le caractère symbolique de la République comme un élément statique. On voit des édifices qui en imposent, des hymnes et des drapeaux là depuis des générations. Tout cela est vrai, il y a bien une forme de préexistence dans la symbolique mais la considérer comme empêchant le mouvement, comme une pesanteur est une erreur. Le terme « jeté ensemble » n’est pas neutre, il montre que la symbolique en créant du lien oblige aussi à un déplacement, à la fois attraction et arrachement. La symbolique nous sort de nous-mêmes, du confort de nos certitudes individuelles pour aller vers des élans partagés.

Si je devais écrire le « guide du bon usage de la symbolique en politique » que j’évoquais en commençant ce papier, j’insisterais sur ce point qui me parait crucial pour redonner goût à la chose publique, au bien commun. Il nous faut trouver une symbolique des élans partagés. Pas l’émotion collective qui nous saisit les soirs de victoire tricolore (on s’est beaucoup illusionné sur la France Black Blanc Beur en 1998) mais un élan qui dure. Cet élan qui dure ne peut évidemment pas se vivre dans une exaltation de tous les instants. A l’émotion (ce qui nous meut) il faut ajouter un but désirable. Sans vision pas d’élan. La symbolique est aujourd’hui tournée vers le passé, il nous faut une symbolique de l’avenir, sans pour autant réinventer le mythe du progrès de l’époque positiviste. C’est pour cette raison que j’ai proposé il y a quelques mois (sans avoir eu le temps jusqu’ici de m’y atteler) de lancer un travail collectif sur les mots nouveaux de la démocratie. Plusieurs collectifs y travaillent à leur manière. Citons-en deux : les Convivialistes, le mouvement qui réunit un large groupe d’intellectuels réunis par Alain Caillé   autour du thème du « convivialisme » ; le réseau du « Temps des communs » autour de la notion de « commun » qu’Elinor Ostrom a contribué à faire réemerger.

Toutes mes excuses aux personnes qui avaient manifesté leur intérêt pour ce travail sur les mots de la démocratie. Je le crois décidément bien nécessaire ! Avec quelques encouragements et quelques soutiens supplémentaires, nous arriverons à le mener dans le cadre de Démocratie Ouverte (je l’avais évoqué en octobre dernier à l’AG et plusieurs membres de DO s’étaient montrés intéressés) !

 

Je parle depuis des mois de la question de l’imaginaire démocratique. Vous trouverez dans les cahiers de la Transition démocratique ci-contre des articles écrits par des contributeurs nombreux et variés qui ont été mobilisés dans le projet du Laboratoire. Ces cahiers en multipliant les angles de vue sur la question démocratique peuvent nous aider à nous approprier cette question : « et pour moi, la démocratie c’est quoi ? » N’hésitez pas à le découvrir et à le commenter aussi !

 

[1] Pierre Legendre, Leçons VII, Éd. Fayard, 1998. De la Société comme Texte. Linéaments d’une anthropologie dogmatique, Éd. Fayard, 2001

[2] in « L’humanité a besoin de l’ombre pour échapper à la folie », Le Monde, 22 avril 1997

Les mots de la démocratie

Après l’arrêt du Laboratoire de la Transition Démocratique, je souhaite continuer sous d’autres formes la réflexion engagée sur l’imaginaire démocratique. Je propose ici une piste. Merci de me dire si ça vous intéresse de vous y associer !

Quelques mots d’abord pour expliquer pourquoi j’ai proposé d’arrêter le projet de Laboratoire de la Transition Démocratique, dont j’ai parlé ici à plusieurs reprises.

Le projet, après deux ans d’amorçage, n’a pas trouvé vraiment sa place : trop ambitieux, trop abstrait, pas assez de liens avec les acteurs de cette transition en cours, mais aussi pas assez de convergence entre les attentes des différents initiateurs et en conséquence pas assez de temps disponible pour aborder au fond le sujet. Nous nous sommes un peu enfermés dans notre propre organisation…

Le projet DE Laboratoire n’est donc pas poursuivi, en revanche le projet DU Laboratoire perdure, au-delà de l’échec de la forme que nous lui avions donné. Sur le fond en effet chacun reconnait la nécessité de travailler sur ce qu’est cette démocratie émergente, au-delà des initiatives de chacun dans son réseau, son collectif, son association. Notre intuition de travailler d’abord sur le nouvel imaginaire démocratique est toujours plus d’actualité.

Il y a quinze jours, j’étais à une rencontre à l’école d’archi de Lyon organisée dans le cadre du Temps des communs. Un participant dans la salle affirmait clairement sa crainte que les initiatives en cours autour de l’économie collaborative ne soient pas plus concluantes que celles du socialisme utopique de Proudhon à la fin du XIXème siècle. Il en appelait à un « nouvel imaginaire » qui puisse donner de la force aux initiatives existantes sans pour cela en appeler à la fédération de tous dans un projet commun. Christian Laval, l’un des  auteurs de Commun partageait ce propos en rappelant que le XIXème avait su faire émerger deux imaginaires puissants qui ont façonné le XXème siècle : la bourgeoisie a su sacraliser la propriété et le monde ouvrier a misé sur le fait associatif. Pour lui le « commun » est peut-être l’amorce d’un imaginaire propre au siècle actuel.

Même si le Labo ne perdure pas, des initiatives multiples autour de l’imaginaire vont se poursuivre :

  • Colette Desbois et moi continuons à rassembler des textes pour donner une première expression à cette recherche sous la forme d’une  revue.
  • Julie Maurel, Elisabeth Martini, Pascal Dreyer, Lise Sauvée réunissent des contributions sur un thème qui nous a beaucoup mobilisé : la place du religieux dans la démocratie
  • Philippe Cazeneuve, Jean-Pierre Reinmann, Pascale Puechavy et Christine Zanetto proposent des ateliers d’écriture pour dire la démocratie sous forme de fictions.
  • Armel Le Coz poursuit l’élaboration d’une fiction à auteurs multiples qui entend raconter l’émergence d’une nouvelle démocratie.
  • Les contacts noués à l’occasion des différentes rencontres que nous avons organisées continuent à vivre leur vie propre, comme la collaboration d’Hugues Bazin au projet de la Chimère citoyenne porté par Elisabeth Senegas à Grenoble.
  • Même s’il n’a pas vu le jour cette fois-ci, un dispositif de Democracy Remix a été envisagé par Emile Hooge en prolongement au City Remix lancé à la gare Saint-Paul de Lyon au printemps dernier et aux réflexions menées dans la cadre du Labo.

Après discussions avec Armel Le Coz, au moment où Démocratie Ouverte, l’association qu’il préside, revoit sa gouvernance en proposant de créer des cercles par projet, j’ai envie de proposer un cercle qui puisse être un des prolongements du Labo. Pas pour « reprendre » en l’état le projet du Labo, mais plutôt pour mener un chantier de recherche participative sur les mots de la démocratie.

Voici en quelques mots l’idée que je soumets à discussion afin de voir si des membres de Démocratie Ouverte et/ou des lecteurs de persopolitique.fr ont envie de s’en saisir avec moi.

Nouvel imaginaire démocratique, les mots pour le  dire

Même dévalués, les mots pour décrire la démocratie parlent (encore !) à tous : Suffrage universel, droits de l’Homme, vote, Parlement, République,… L’imaginaire perdure même quand les pratiques réelles laissent de plus en plus à désirer. Même les abstentionnistes, les déçus de la démocratie représentative ne peuvent tout simplement pas concevoir sa disparition.

Il n’y a en effet pas d’imaginaire sans mots communs. Des mots émotionnellement chargés pour chacun, qui racontent notre histoire, qui nous saisissent et nous dépassent. Des mots qui en amènent d’autres à l’esprit, spontanément, et qui, de la partie, font le tout : le simple mot de « vote » permet d’évoquer la République tout entière, ses différentes élections, son mode de décision où chaque voix compte,…

L’enjeu est donc majeur : comment faire en sorte que des mots nouveaux remplacent/complètent les mots anciens pour constituer un nouvel imaginaire ?

Certains diront à quoi bon ? Les imaginaires se construisent d’eux-mêmes par lente sélection et sédimentation. Personne ne peut prétendre « construire » un imaginaire. Evidemment ! Néanmoins on peut travailler à accélérer la cristallisation, face à la dégradation rapide du modèle précédent.

Ces mots nouveaux existent déjà mais ils n’ont pas la puissance d’évocation des mots de l’imaginaire ancien. On voit bien que certains mots sortent de l’oubli et de la confidentialité. Je le disais récemment pour COMMUN.

Voici une première tentative de lister ces mots, anciens et nouveaux, dans un joyeux désordre de concepts, de pratiques, de symboles… Pour moi l’idée n’est pas de classer rationnellement mais d’assembler sensiblement !

Voici donc ce que je propose de faire (ce n’est qu’une base de discussion) :

  1. On met ces listes de mot sur internet et on invite chacun à valider, enrichir ou modifier cette liste
  2. Ceux qui le souhaitent se saisissent d’un mot et proposent une fiction anticipant une pratique démocratique concernant ce mot (je l’avais fait par exemple sur le tirage au sort)
  3. Ces fictions sont mises en ligne en illustration des mots de la liste (il peut y avoir plusieurs fictions sur le même mot)
  4. L’idéal serait qu’on trouve ensuite un moyen de visualiser les liens que les fictions permettent de faire entre les mots et d’aboutir ainsi à une cartographie de l’imaginaire démocratique, où l’on verrait les mots intensément soutenus et/ou racontés en fiction, les mots bien reliés et les mots isolés,…

Que ceux qui sont intéressés n’hésitent pas à laisser un commentaire, si possible avant l’AG de Démocratie Ouverte du 30 octobre prochain.

Démocratie, sous le soleil…

Les vacances sont là, ou bientôt là ! Plus de temps pour lire, pour échanger, … pour écrire peut-être ! Je vous le souhaite. je serais en tous cas heureux de poursuivre nos conversations à distance. je commence,…

Premier jour de vacances. Soleil. Chaleur. Cigales. Odeur des pins. Bruit du vent, haut dans les branches… Je suis bien. Je suis dans  mon élément. Ce matin à 7h, j’étais dans la mer, seul. Pas une ride sur l’eau. Une lumière si douce lie mer et ciel dans une continuité de bleus et de jaunes très pales, le soleil à peine émergé des pins, sur les rochers. De minuscules bateaux de pêche rentrent un à un dans le port de Carro jouxtant la crique où je me baigne. Oui, mon élément. La Méditerranée est, plus encore que ma Charente natale, le lieu où je suis immédiatement  bien. Sans  doute les longues vacances d’été au sud de l’Espagne, enfant et adolescent, m’ont acclimaté à cette chaleur immobile. La magie des odeurs et des réminiscences, portée par  un souffle  d’air sous le chêne vert où je suis allongé, m’a amené loin de ce réfugié d’Afghanistan, l’enfant héros de ma première lecture estivale. Et puis, sans doute parce que cette présence, plus  forte que ma lecture, de l’Espagne de  mon enfance, du midi où je suis pour la journée, m’amènent à penser à la Grèce dont je me  sens si proche pour tant de raisons, personnelles et philosophiques, je reviens à ma préoccupation de tous les jours depuis des semaines : le moment très particulier  de notre histoire que nous sommes  en train de vivre avec la  tentative désespérée de Tsipras pour changer  la donne  européenne.

L’image de Tsipras épuisé, à la Une du Monde économie, me hante. Tsipras à la Une du Monde économieQuoi qu’on pense des positions politiques de Syriza, ce combat du gouvernement grec pour chercher une alternative à l’austérité bornée qui leur est imposée me touche. Il me touche d’autant plus qu’il semble se heurter à un mur. L’Europe devient chaque jour davantage une citadelle refermée sur ses certitudes et ses peurs. Refus de donner des  perspectives aux  Grecs, refus de prendre en compte les migrants des rives sud de la Méditerranée,… tout participe de ce complexe obsidional.

Nous évoquions avec l’éditeur et scénariste de bande dessinée Olivier Jouvray cette peur qui saisit aujourd’hui les élites, qui les  tétanise et les rend agressives. On n’est plus dans la  rationalité froide de ceux qui comptent mais dans la défense identitaire d’une croyance tellement ancrée que la réalité est déniée. Celui qui n’est pas d’accord n’est plus seulement un adversaire, c’est un fou dangereux. Regardez comment on a  parlé de Tsipras ! J’ai ainsi entendu le politologue Dominique Reynié, habituellement mesuré, se  déchaîner littéralement contre le choix de Tsipras de recourir  au référendum puis au vote du Parlement. J’avais  lu dans les années 80 un livre qui m’avait beaucoup frappé : la falsification du bien d’Alain Besançon. L’auteur y dénonçait la fermeture  du discours soviétique capable de retourner le moindre argument contraire, de le « falsifier »….. J’ai de plus en plus le sentiment que l’Europe en est arrivée à cette incapacité à se remettre en cause. Le débat continuera, mais ce sera de plus en plus illusoire. Ce qui est  terrible, c’est qu’on pourra justifier longtemps ce théâtre  d’ombre. La démocratie est prise au piège de ce qui a  fait sa puissance de transformation : le « faire  comme si » est en train de devenir un « faire semblant », mais c’est très difficile à rendre évident aux yeux de tous. Je m’explique. Le  « faire comme si », Philippe Dujardin l’explique très justement sur le blog du Laboratoire de  la Transition Démocratique. La démocratie, nous dit-il, suppose de ne pas s’arrêter à la réalité des inégalités, c’est une fiction, une construction, un processus dont on dit qu’il est advenu pour qu’il advienne.

 

L’assemblage des égaux, opère par escamotage, dénégation ou mise en oubli des écarts et distinctions de la condition de ses membres. […] Les égaux sont pensables comme des êtres de « fiction ». Encore faut-il redonner à fiction le sens premier qui est le sien, soit « façonnage », « fabrication ». Le façonnage de la cité, au sens grec et athénien, qui est toujours le nôtre, a pour condition de possibilité, non l’égalité  mais l’égalisation ; l’égalisation ne peut s’accomplir sans le truchement de l’opérateur du « comme si ». C’est sous effet du « comme si » que la voix d’un inexpert de 18 ans vaudra celle du président français du conseil constitutionnel ; c’est sous effet du comme si que, lors d’une assemblée générale de l’ONU, la voix d’Antigua (70 000 hbts), vaudra celle de l’Inde (1 210 193 000 hbts). Il ne faut cesser de nous en étonner !

 

Le problème est qu’aujourd’hui la logique fictionnelle de la démocratie tourne au « faire semblant ». On prend prétexte de l’égalité (la Grèce ne vaut pas plus que chacun des 18 autres membres de l’eurogroupe) pour éviter tout surgissement d’une parole dérangeante. Il ne faut pas oublier l’équation de « Douze hommes en colère ». Par le jeu de l’argumentation celui qui est seul au début à défendre un point de vue peut, par la seule force de l’argumentation, changer le destin qui semblait écrit d’avance. Et si la démocratie était tout entière dans le fait que rien ne soit écrit d’avance ? Que l’histoire s’écrit au fur et à mesure dans le surgissement des paroles contraires et pour tant complémentaires, s’acceptant comme  telles ? C’est ce mouvement qui semble aujourd’hui s’enrayer. La démocratie est vue désormais par trop d’Européens « raisonnables » comme un capital qu’il ne faut pas dilapider dans de folles  gesticulations, alors que la  démocratie véritable accepte de n’être rien qu’un processus toujours en cours et toujours incertain. Logique de flux contre logique de stock !

Deux visions  diamétralement opposées et pourtant née  l’une et l’autre sur le principe que la démocratie est un idéal et non une réalité. Mais  un idéal à préserver dans des symboles intangibles pour les uns, un idéal à construire dans l’acceptation de l’impromptu pour les autres.

 

Je termine ce texte, non plus sous les pins et les chênes verts du midi mais dans la douceur d’un matin charentais. Entretemps je suis passé par Toulouse où nous avons rencontré les parents d’une amie de Claire. La soirée passée avec eux a été riche d’échanges… sur la question démocratique (mais aussi d’un excellent cake à la menthe et à la ricotta et de  pâtes fraiches aux crevettes). Une fois encore, j’ai été frappé de la convergence  de vues possible entre personnes au parcours si différents. L’un et l’autre,enfants d’immigrés italiens, grandis dans la  sidérurgie finissante et sortis du milieu ouvrier par les études (lui chercheur en philosophie, elle enseignante et militante à l’extrême gauche).Moi, issu de cinq générations d’industriels, fondamentalement libéral (au sens politique), même si la plupart de mes interlocuteurs me considèrent de gauche ! Notre discussion sur le tirage au sort des députés a montré  une fois encore  que ce sujet est désormais mûr.

 

Pourquoi mêler ainsi considérations personnelles sur les vacances, les rencontres, et réflexion sur la Grèce et la démocratie ? La présence des cigales ou de la mer n’apportent rien, apparemment, à mon raisonnement sur la démocratie. N’y a-t-il pas, même, une forme d’indécence à lier ainsi plaisir du farniente et drame grec ? Pour moi, c’est et ça a  toujours été une même trame. J’ai toujours écrit ainsi, d’abord dans un cahier vert dès 1982, ensuite dans la lettre des Ateliers, maintenant sur ce blog. Ma réflexion est intimement liée aux émotions de la vie et il me semble naturel d’en tracer la généalogie, au fur et à mesure.

J’en reviens à ce point à ma conversation avec Olivier Jouvray, le scénariste de BD. Il pousse les étudiants d’Emile  Cohl à se mettre en scène dans les récits qu’ils inventent. Partir de leur réel plutôt que faire de la fiction à partir de la fiction des autres, dans une redite des récits qu’ils ont dévoré adolescents. Nous étions donc d’accord sur la nécessité d’un récit de la démocratie qui vient. Pas un simple témoignage sur les initiatives existantes, pas une fiction sur une utopie abstraite. Sans doute un aller et retour entre anticipation et reportage, entre  réflexion et expérience vécue.

Sur ce blog ou avec la Lettre des Ateliers, je n’ai jamais reçu autant de commentaires que lorsque l’émotion rejoignait le questionnement. Le questionnement, pas les affirmations rationnelles et péremptoires. Les  questions sont plus intéressantes que les réponses, souvent !

 

14 juillet, fête démocratique ?

Vous n’avez pas regardé le défilé militaire sur les Champs Elysées ? Moi non plus ! Le 14 juillet pourrait pourtant redevenir un moment-clé de notre imaginaire démocratique… Projetons-nous dans la politique-fiction !

Je rêve depuis des  années de saisir l’opportunité du 14 juillet pour en faire  un événement  démocratique qui vienne  interroger le cérémonial républicain auquel nous sommes tellement habitués… que nous n’en voyons plus la désuétude. Je ne  fais pas partie des antimilitaristes allergiques aux défilés militaires mais malgré tout ne pourrait-on pas repenser  notre fête nationale ? J’ai vu sur le  site de l’Elysée que le 14 juillet a été retenu en 1880 comme date de célébration de la République renaissante  mais encore fragile à l’époque. Il est intéressant de voir que parmi les dates possibles pour une fête nationale, on a retenu le 14 juillet parce que c’était l’intervention directe du peuple face à un symbole  de l’Ancien Régime (ni le Serment du jeu de Paume, ni la nuit du 4 août, ni Valmy, pourtant des événements porteurs d’avancées plus tangibles, n’étaient d’origine populaire). Si le choix de la date garde donc tout son sens, les éléments du cérémonial gagneraient à être revus.

Réfléchissant au tirage au sort des députés, j’avais naturellement imaginé qu’il aurait lieu le 14 juillet ! Voici ce que j’écrivais dans la politique-fiction que j’ai consacré au sujet. Je trouve que c’est une piste utile, même sans tirage au sort, pour redonner de la force à notre imaginaire démocratique ! Pour ceux qui veulent revenir sur cette idée du tirage  au sort des députés, j’avais résumé mon approche dans  une lettre-fiction.

Quel que soit l’intérêt technique du tirage au sort, pour avoir une chance de réussir, il doit s’inscrire dans notre imaginaire politique. Même si les campagnes et les soirées électorales ont perdu de leur attrait, elles demeurent un temps fort de notre vie démocratique. Quel cérémonial républicain inventer pour le tirage au sort des députés ? Le vote s’est appuyé sur des pratiques de l’ancien régime pour entrer dans nos mœurs. Sur quels éléments existant dans notre culture s’appuyer ?

Tirage au sort et télévision

Notre culture contemporaine est largement dominée par les médias, principalement par la télévision. Il y a longtemps que la politique l’a compris et qu’elle a remplacé les préaux des écoles par les plateaux télévisés. On ne peut imaginer d’installer le tirage au sort comme mode de désignation des députés sans chercher à voir comment impliquer les télés dans le processus.

Il ne faut pas voir cette alliance comme une abdication du politique face au médiatique mais comme une reconnaissance de la réalité de l’époque, qui peut être temporaire. Les membres de la Constituante de 1790 ont su construire le vote à partir de l’existant ; ils n’imaginaient pas que leur système électoral transiterait largement, deux siècles plus tard, par des médias tout puissants. 

La même aventure peut se reproduire et le tirage au sort vivra peut-être un jour avec des médias qui n’auront plus rien à voir avec nos mass médias, tout comme le suffrage universel a survécu au passage des régimes d’assemblées d’autrefois à la démocratie d’opinion d’aujourd’hui.

Alors quel type d’alliance imaginer entre le tirage au sort et la télévision ?

J’en propose une ici, simplement pour illustrer le propos. Bien d’autres configurations sont certainement imaginables.

 

14 juillet et téléthon

Qu’on puisse inventer une « fête républicaine » qui soit un mélange réussi de 14 juillet et de Téléthon serait sans doute un grand service à rendre à la chose publique !

Imaginons donc. On est dimanche matin, la fête commence. Le président de la république nouvellement élu ouvre officiellement la journée en direct de l’Elysée, devant les caméras de toutes les chaînes de télé. Chaque chaîne à sa manière fait ensuite le tour des régions pour connaître les programmes des festivités. On en profite pour donner à voir à cette occasion les grandes ou les petites avancées de la vie collective. A Lyon, le cours de Verdun est noir de monde, chacun voulant découvrir pour la première fois l’espace libéré par l’autoroute qui ne passe plus sous Fourvière. A Angoulême, une gigantesque exposition est consacrée aux héros de la BD politique. A Paris est organisé un concours de rhétorique ouvert à tous… en prévision des futures joutes à la tribune de l’Assemblée auxquelles bon nombre d’habitants espèrent bien demain participer.

Toute la journée les animations se succèdent à travers toute la France, relayées par les antennes de télévision.

Les inscriptions comme volontaire pour le tirage au sort se multiplient. Le nombre des inscrits est décuplé en quelques heures, alors que le registre informatique était ouvert depuis un mois. A la clôture, 6,8 millions de volontaires sont recensés, soit 2 millions de plus que l’an dernier, deuxième année de la mise en œuvre du tirage au sort. A 18 heures, les tirages au sort par « pays » et agglomérations commencent, relayés par les antennes régionales de France 3.

Dès que les premiers noms apparaissent sur les écrans, les reporters filent vers les domiciles des nouveaux députés pour recueillir leurs premières réactions. L’émotion et la dignité des propos font les plus belles images de télé-réalité qu’on puisse imaginer. Une règle déontologique concernant cette phase de notre nouvelle vie démocratique  a été mise en place pour l’ensemble des médias afin que cette première rencontre avec la vie publique ne se transforme pas en piège. Chacun doit avoir le temps de s’approprier cette fonction dans la dignité. Pourquoi les médias ne sont-ils pas tentés de chercher à révéler les opinions extrêmes ou revendicatives ? Tout simplement parce qu’on sait qu’elles sont forcément représentées par le jeu des grands nombres, il n’y a donc pas de révélation à faire.

Depuis les débuts du tirage au sort, on a appris à mieux comprendre la dynamique induite par ce nouveau mode de représentation. Lors des premiers tirages, on s’était inquiété des raisons qui poussaient à s’inscrire sur les listes des volontaires. L’un de ceux dont les médias s’étaient méfiés était soupçonné d’avoir voulu devenir député parce qu’il était militant d’une cause jusqu’à en devenir monomaniaque, connu au plan local pour être un procédurier redoutable, bloquant tous les grands projets de sa ville par des recours incessants devant les tribunaux. On l’imaginait déjà en imprécateur à la tribune de l’assemblée ; en fait, hors de ses combats locaux, il s’était vite révélé comme un juriste fort utile pour développer de nouvelles règles de concertation¹. Progressivement on s’est aperçu que sur des dossiers nationaux, peu de députés avaient des intérêts directs à défendre contrairement à ce qui se passait habituellement dans les conseils de quartier ou même dans les conseils de développement des grandes agglomérations. Plus généralement les députés, par l’effet du nombre et de l’importance de leur mission apprenaient vite à dépasser leurs a priori initiaux. Le travail délibératif, contrairement aux sondages qui fixent les opinions, aidait à nuancer les opinions les plus tranchées. Ainsi donc, forts de ce constat issu de l’expérience, les médias avaient mis au point cette « trêve de l’inquisition » pour laisser aux tirés au sort le temps de prendre la mesure de leur fonction.

A 20 heures, les télés nationales prennent le relais des télés régionales et présentent la composition de la nouvelle assemblée. Pour la première année, 25 jeunes de moins de 30 ans seront à l’Assemblée dont 15 issus de l’immigration. La parité ne sera pas encore atteinte cette année mais 40 % de femmes seront sur les travées du Palais Bourbon dès mardi, pour la séance inaugurale. Elles n’étaient que 10 % en 2002 et 18% en 2007.

Les membres du gouvernement invités sur les plateaux rappellent les priorités du président et les grands débats qui devront avoir lieu dans les prochaines semaines. Les politologues supputent les chances du président de faire passer ses projets compte tenu de la composition sociologique de l’Assemblée. Le renforcement de la présence des femmes devrait aussi faciliter le projet des « bureaux des temps », mais en ira-t-il de même pour la réforme de l’enseignement ? Les clubs politiques, qui se sont naturellement renforcés, nourrissent les débats en faisant état des dernières innovations citoyennes avec lesquelles les nouveaux acteurs politiques devront compter.

Le feu d’artifice et le bal populaire concluent la soirée, les traditions ont du bon, naturellement !!

 

Voir aussi sur le site du Laboratoire  de la Transition Démocratique la fiction en cours d’écriture où l’on reparle de tirage au sort. Trois chapitres vous attendent, le premier est

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¹ : Jacques Ion dit quelque chose de tout à fait similaire lorsqu’il parle  du NIMBY (not in my back yard) comme une des formes  d’engagement qui peut être « source de politisation ».