La politique à l’heure du ET

Gauche et droite, politique et société civile, présidentialisme et parlementarisme, libéralisme et écologie… Le grand retour du ET en politique ?

Pour nombre de nos contemporains, l’obscure clarté, le fameux oxymore, ne veut rien dire ! Au mieux diront-ils avec indulgence ou mépris « c’est de la poésie ». Je les entends : Dans la vraie vie, la clarté ne peut pas être obscure ni l’obscurité claire. Dans la vraie vie, il faut choisir et particulièrement en politique. Etre de gauche ou de droite. Etre pour l’horizontalité du dialogue ou par la verticalité de l’autorité. Choisissez : vous êtes pour ou contre la croissance ? pour ou contre l’Europe ? pour ou contre l’Etat providence ? ah vous ne savez pas répondre à ces questions, vous êtes donc indécis, inapte au pouvoir qui doit trancher sans hésiter. Combien de fois dans le débat public avons-nous entendu ces réquisitions comminatoires ? Tout ça au nom d’une prétendue clarté nécessaire au le citoyen ! Et si c’était cette recherche obtuse de la netteté qui rendait le monde opaque ? Le simplisme de beaucoup de discours « tranchés » confine à la cécité face à un réel en relief qui échappe toujours à ceux qui ne voient que d’un œil.

Ceux qui me lisent depuis longtemps savent ma préférence pour les oxymores et pour le ET. Ils comprendront donc ma satisfaction de citoyen à voir un gouvernement tenter l’exercice délicat de la conjonction plutôt que la pratique habituelle de la confrontation. Poussons le principe à son terme : l’utilité que je vois à la « conjonction » ne me pousse pas à dénigrer la « confrontation ». Trop de consensus renverrait toute opposition à l’extrémisme. J’ai essayé de dire récemment l’importance du conflit. Ce n’est donc pas ET ou OU mais bien ET et OU ! Je sais, ça complique encore un peu plus le jeu mais acceptons cette montée en complexité !

Nous avons élu un président qui refuse heureusement de renoncer au « en même temps » qu’on lui a reproché de mettre dans tous ses propos. « En même temps » serait le signe de son inaptitude à gouverner, son tropisme « hollandais » à la recherche de synthèses sans contenu. Je pense qu’il faut au contraire le louer de sortir de la pensée binaire. Continuer la lecture de « La politique à l’heure du ET »

Heureusement la carte n’est pas le territoire (et encore moins les Français) !

La carte n’est pas le territoire… mais certains ont tendance à l’oublier, du moins si l’on considère la fascination que suscite les cartes électorales chez les éditorialistes et les fractures qu’elles sont supposées révéler ! Il est urgent de se sortir de la tête que la France est coupée en 2 si l’on veut trouver les moyens de la gouverner.

Les cartes électorales ont parlé et semblent sans appel : depuis le 23 avril, on aurait deux France que tout oppose ! La France ouverte des métropoles et la France repliée sur elle-même du périurbain et des bourgs ruraux. A force de vouloir clarifier les enjeux, les journalistes et les commentateurs finissent par dessiner un monde très éloigné des réalités vécues. Ils ne se rendent même pas compte qu’ils disent l’inverse de ce qu’ils disaient juste avant l’élection ! Il n’était alors question que de la fluidité de l’électorat qui pouvait passer d’un vote à un autre en fonction des circonstances ; on nous décrivait une France « coupée en 4 » (pas en 2). Et ce 4 était lui même très contestable, la gauche de gouvernement ne disparait pas définitivement avec l’éclipse du PS… En réalité, nous avons, en France, 5 forces équivalentes et non 2 ou 4 : droite populiste, droite républicaine, centrisme et écologisme, gauche de gouvernement et gauche protestataire. Les scores fluctuent évidemment mais elles ne disparaissent jamais totalement. Comme le dit Hervé Le Bras, « à ceux qui parlent de dissolution des partis, on peut opposer la recomposition ordonnée des électorats ». Il insiste : « l’électorat change moins vite que les états-majors ».

Par le miracle du scrutin majoritaire à deux tours, on oublie toute complexité et on croit retrouver enfin un clivage net, le vieux clivage gauche /droite étant subtilement remplacé par le clivage pro ou anti-mondialisation. Simple. Simplissime. Simpliste. Faux en fait. Et nuisible de surcroit, car on ne comprend plus rien à la diversité des opinions et à leur possible composition pour créer des majorités d’idées. On ne voit plus non plus les capacités de la société à agir ensemble, à prendre des initiatives sur des enjeux communs par-delà les différences d’opinions réelles mais jamais aussi exacerbées que la lecture actuelle de la cartographie électorale le laisse entendre.

Il est bon de rappeler quelques faits : Continuer la lecture de « Heureusement la carte n’est pas le territoire (et encore moins les Français) ! »

Bénéfices paradoxaux d’une campagne inédite

Ce n’est pas pour le plaisir de prendre le contrepied de ce qui se répète à l’envi (un peu tout de même) mais je trouve qu’on ne voit pas assez tout le bénéfice que nous allons pouvoir tirer collectivement de cette campagne présidentielle.
PS- Vous découvrez avec ce billet la nouvelle mise en page de Persopolitique, N’hésitez pas à me faire des retours, la forme compte !

Je vous livre 7 raisons de se réjouir d’une campagne qu’on ne cesse de dénigrer, souvent à juste titre. Toutes ou presque sont paradoxales… comme l’est la situation où nous sommes ! Je ne développe pas, nous pourrons le faire dans nos échanges pendant les quelques heures qui nous séparent encore de ce 23 avril tellement incertain que l’élection ressemble de plus en plus au tirage au sort.

  1. Le débordement des partis traditionnels, trop focalisés sur les jeux d’appareils. Ils viennent de perdre leur dernière justification, la capacité à structurer le débat et à sélectionner des majorités de gouvernement.  PS et LR vont devoir enfin se questionner sur leur fonction, sans s’abriter derrière de fausses innovations comme les Primaires.
  2. La volonté d’en finir avec l’exceptionnalité du statut des hommes politiques. Au-delà des questions judiciaires, c’est l’attitude même des hommes politiques qui va devoir changer. Nous ne supportons plus cette position en surplomb, cette assurance que l’onction électorale est un sauf-conduit évitant d’avoir des comptes à rendre.
  3. La montée en puissance des questions écologiques dans les programmes et la réduction de la question identitaire dans les débats. Bien sûr on a trop peu parlé des sujets de fond dans cette campagne mais malgré tout on a pu comprendre que les questions écologiques n’étaient plus l’affaire d’un parti dédié et délaissées par tous les autres. Même imparfait le débat a abordé des thèmes bien plus divers qu’en 2012 ou même 2007 quand la question de l’identité saturait l’espace public.
  4. La tentative de formes nouvelles de candidatures via les primaires et les Civic techs. Les Primaires ont eu un succès majeur mais paradoxal puisqu’elles ont abouti à désigner des candidats ayant moins de chance que d’autres candidats d’emporter l’élection… réelle. Les Primaires citoyennes imaginées sur Internet n’ont en revanche pas connu de succès populaire mais ont montré une autre voie, techniquement possible. Plus fondamentalement ces Civic tech, même incapables aujourd’hui de structurer le débat national, montrent, par leur foisonnement, qu’elles sont définitivement installées dans nos manières de faire de la politique.
  5. La réaffirmation du rôle du Parlement et des majorités à géométrie variable. Trop focalisés sur la Présidentielle, nous n’avons pas suffisamment perçu que ce qui se jouait avec l’effacement des partis majoritaires c’est le retour du Parlement au premier plan. C’est dans le dialogue avec un Parlement plus composite que le Président devra engager ses réformes. On a vu les limites du 49-3 pour gouverner. La politique, on va le redécouvrir est moins l’art de décider que de composer.
  6. La désacralisation de la présidentielle et la prise de conscience que « faire de la politique » ne passe pas nécessairement par l’élection. Cette année, les médias ont multiplié les occasions d’entendre directement la parole de « français ordinaires » et ce qui m’a frappé c’est la lucidité de beaucoup d’entre eux. Même si j’ai sans doute une oreille sélective, j’ai souvent entendu des femmes et des hommes exprimer leur envie d’engagement, au-delà de la seule élection, dans des actions concrètes qu’ils considéraient comme étant politiques. En tous cas, ils ne voyaient pas le futur Président comme un sauveur.
  7. Le doute et la nécessité de réfléchir par soi-même à l’opposé du vote d’adhésion. Jusqu’au dernier moment nous avons tous été obligés de réfléchir à notre vote tant les repères gauche/droite habituels et quasi-automatiques ne fonctionnent plus. Le « dis-moi qui tu es, je te dirais pour qui tu votes » ne marche plus. Quel bonheur !

 

 

 

 

 

Faut-il des ennemis pour que la démocratie vive ?

Voici un texte qui n’était pas simple à écrire. J’avance sur un terrain miné et m’expose à bien des critiques. Pour autant je suis heureux de mettre enfin ces questions en débat. Je crois qu’elles sont clés et qu’on les esquive trop souvent. A vous lire !

C’est un papier que je veux écrire depuis longtemps et que je remets toujours au lendemain. Ecrire sur le sujet du conflit radical ne m’est pas naturel et pourtant j’en sens la nécessité pour éviter la bien-pensance qui toujours me guette. Je tourne d’ailleurs autour régulièrement quand j’évoque l’hubris et la rupture du monde commun qui menacent la démocratie. Mais mon goût pour la concorde, ma crainte du conflit qui tourne à l’aigre me font privilégier les logiques d’accommodements raisonnables. Continuer la lecture de « Faut-il des ennemis pour que la démocratie vive ? »

Sortir du malaise Trump

Vous allez regarder la cérémonie d’investiture de Donald Trump ? Un billet pour mieux comprendre d’où vient notre malaise face à cet homme (au-delà de la critique de son populisme)… et une piste pour tenter d’en sortir !

Pourquoi est-on si mal face à l’arrivée de Trump à la Maison Blanche ? Parce qu’un populiste arrive au pouvoir ? parce qu’un milliardaire inculte et imprévisible cumule la puissance de l’argent et celle de la politique ? Oui, bien sûr ! Mais, même si on ne sait pas bien combattre cet adversaire-là (cf. notre impossibilité de lutter contre Le Pen père et fille, ni par la diabolisation ni par la dédiabolisation), ça reste un adversaire. On est dans les codes classiques du combat allié-adversaire, ami-ennemi, bien-mal. Si la victoire de Trump n’était que cela, on serait finalement assez à l’aise dans une opposition sans concession. Mais pour s’opposer efficacement, il faut être sûr d’être dans le camp du bien et savoir ce qu’on veut défendre. Sommes-nous sûrs de vouloir défendre le stade démocratique où nous sommes arrivés ? Sommes-nous tellement satisfaits de ce que nous avons fait de la démocratie pour combattre ceux qui se veulent anti-système ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes anti-système ? (Thomas Legrand disait plaisamment cette semaine que tous les candidats à l’élection présidentielle se disaient plus ou moins anti-système).

Et ce type parvenu, parvenu au sommet du pouvoir, est-il, lui, si anti-système que ça ? Avec ses milliards, ses amis financiers, sa volonté de relancer l’activité comme avant, son conservatisme moral (sans morale, en tous cas pour lui), son isolationnisme belliqueux. Rien là-dedans pour inquiéter réellement le système ! Et en même temps il a continué, en tant que président élu, à twitter sur le même registre imprécateur, sans montrer le moindre signe qu’il y renoncera une fois en fonction. Libération publiait ce matin une excellente tribune de Didier Fassin qui comparait Trump à Ubu. Trump, c’est le grotesque en politique, à la fois tragique et comique et sur lequel rien n’a prise. Parce qu’il se veut à la fois le pouvoir et la critique du pouvoir. Le pouvoir totalitaire empêchait toute critique, Trump au pouvoir l’annihile.
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Nightmare

Il y a des moments où on ne peut pas ne pas réagir à chaud… Juste quelques mots pour ne pas rester dans la sidération.

J’espérais me recoucher rassuré quand j’ai allumé la télé à 5h00. Hier soir je croyais encore les analyses que j’avais lues « démontrant », au-delà des sondages qu’en fonction du vote par Etat, Hillary Clinton serait élue de manière quasi-certaine. Hier soir encore en discutant avec Didier Livio qui craignait l’issue qui semble se dessiner ce matin, je me rassurai en distinguant le Brexit et l’élection américaine. Pour moi il était beaucoup plus « facile » de faire le choix du Brexit parce qu’il restait abstrait pour beaucoup d’électeurs avec des conséquences concrètes peu perceptibles. En revanche voter Trump, on sait qu’on le verra pendant 4 ans dans le Bureau ovale ! On en a une représentation claire et ça me semblait de ce fait plus invraisemblable encore que le Brexit.

Tous ces raisonnements, toutes ces subtilités n’ont plus lieu d’être. Le mouvement de fond qui submerge la planète semble ne devoir épargner personne. Poutine en Russie, Xi Jinping en Chine qui vient de se faire consacré « noyau dur », la Grande-Bretagne brexiteuse, tout l’Est de l’Europe… Le raidissement nationaliste est partout à l’œuvre.

Et en France ? On est bien sûr frappé par les similarités entre Etats-Unis et France et l’on ne peut s’empêcher de craindre qu’Alain Juppé ne soit notre Hillary Clinton. Même profil de solution par défaut sans adhésion profonde, même envie de renverser la table chez beaucoup d’électeurs. J’ai toujours pensé que le Front National ne serait jamais au pouvoir. Comment ne pas douter ce matin ?

Nous ne pouvons nous résigner à la vague « trumpoutinienne » qui nous angoisse et nous suffoque (j’ai vraiment du mal à respirer normalement ce matin tant je suis oppressé). Nous ne devons pas nous laisser sidérer ! Nous avons les ingrédients pour un antidote au poison « antipolitique »… et sa mise au point s’accélère.

Depuis des années, je fais partie de ceux qui tentent d’inventer d’autres pratiques démocratiques pour que la démocratie soit toujours un régime désirable. Les Ateliers de la Citoyenneté sont nés il y a 15 ans déjà. On voit tous les jours des initiatives nouvelles qui vont dans le sens d’une réappropriation citoyenne de la politique. Deux initiatives récentes me semblent importantes parce qu’elles réussissent ce qu’aucune n’a jusqu’ici réussi à faire : l’alliance avec les médias. Axel Dauchez (l’ancien patron de Deezer) avec make.org veut permettre aux citoyens de mettre des propositions à l’agenda politique grâce à la puissance de sa plateforme relayée par plusieurs médias. Pascal Canfin, à la tête du WWF en France veut lancer un crowdacting en lien avec Plus belle la vie. De son côté Alexandre Jardin tente une alliance des porteurs d’initiative et des élus locaux… De manière moins spectaculaire les réseaux de réseaux intensifient leurs connexions avec Pouvoir citoyen en marche. De nombreux intellectuels se rassemblent autour de la bannière du Convivialisme…

Oui les choses s’accélèrent. Il est temps « d’accélérer l’accélération » pour contrer la vague, pour éviter la sidération, pour éviter l’empoisonnement « antipolitique », pour sortir du cauchemar…

Lettre ouverte à ceux qui ne croient plus au développement durable

Pour une fois, un texte directement inspiré de mon métier de consultant en développement durable… mais on y parle aussi d’empowerment ! J’essaie d’avoir un peu de cohérence entre les deux faces de mon activité !

Chère consœur,

Cher Dominique,

Chers amis sceptiques ou déçus,

J’étais il y a quelques semaines au débat du Monde Festival consacré à l’écologie et à la mobilisation citoyenne. Autour des trois intervenants, Dominique Bourg, vice-président de la Fondation Nicolas Hulot, Pascal Canfin, directeur général du WWF et Cyril Dion, réalisateur du film « Demain », on sentait pour une fois une salle à l’unisson pour partager un désir d’action. Quand Pascal Canfin annonçait la création d’une plateforme de crowdacting pur rassembler les initiatives de chacun… « après les élections », une personne dans la salle l’a apostrophé en disant « pourquoi attendre ? » et toute la salle a applaudi amenant Canfin à promettre qu’il allait essayer d’accélérer.

Devant cette envie d’agir largement exprimée et partagée, une dissonance m’incite à réagir car elle concerne les entreprises et leur place dans cet effort de transformation collectif. Une consultante en développement durable présente dans la salle a en effet pris la parole (sans que je parvienne à l’identifier dans la foule nombreuse qui se pressait dans le foyer du Palais Garnier) pour dire à quel point son métier avait perdu du sens au cours des dernières années. On n’était plus dans l’époque des pionniers qui inventaient des démarches innovantes mais dans une période où les entreprises poussées par la normalisation se mettaient à faire du reporting sans aucune créativité, gaspillant leur énergie dans des procédures qui ne changeaient rien sur le fond. Dominique Bourg, philosophe, très engagé sur les enjeux de démocratie écologique rebondissait sur son intervention pour dire que lui aussi bannissait ce terme de développement durable de ses propos tant les résultats étaient loin des promesses puisque le découplage attendu entre croissance et consommation des ressources ne s’était pas produit mais qu’au contraire chaque point de croissance était obtenu avec plus de consommation de ressources qu’avant.

Dominique Bourg n’est pas un idéologue, c’est un pragmatique qui cherche des solutions. Il est un des premiers à avoir promu le terme d’économie de la fonctionnalité. Nous avons travaillé ensemble au départ de l’expérimentation conduite avec Seb pour proposer une alternative à l’achat des appareils de cuisson via un service de location. Son propos ne me laisse donc pas indifférent, à la fois comme consultant et comme citoyen. Faut-il comme il le suggère renoncer au combat du développement durable ?

Oui, si le développement durable est le moyen de d’obtenir le droit de continuer à produire comme avant moyennant des gages donnés sur quelques sujets sociaux ou environnementaux soigneusement sélectionnés pour ne pas avoir d’incidence directe sur le métier même de l’entreprise (ou le projet du territoire).

Mais évidemment ces pratiques ne sont pas du développement durable ! Rappelons-le, le développement durable consiste, selon la définition de Brundtland, à répondre à nos besoins en préservant la possibilité des générations futures, y compris les plus pauvres, de pourvoir à leurs propres besoins. Cette prise en compte du temps long et des plus faibles rend nécessaire une plus grande créativité !

La transformation des modèles économiques (pour les entreprises) et des projets de territoire (pour les institutions), qu’exige le « vrai » développement durable, suppose d’agir à la fois par l’innovation, la gouvernance et la communication. Ensemble.

L’économiste Michèle Debonneuil a bien montré que les approches thématiques du DD conduisaient à chercher à faire la même chose en intégrant des contraintes alors qu’il est plus pertinent, plus désirable et donc au final plus simple de « chercher à répondre aux besoins tout autrement ». D’où les enjeux capitaux de l’économie circulaire, de l’économie de fonctionnalité, de l’économie collaborative,…

L’innovation est donc essentielle mais elle ne peut plus être pensée seule. Elle doit elle-même s’appuyer sur les ressources des salariés, des clients, des citoyens. Elle nécessite pour cela une gouvernance qui laisse de la place au bottom-up, au développement du pouvoir d’agir (empowerment). Elle suppose en conséquence une communication radicalement renouvelée qui mobilise chacun dans ce jeu collectif.

Le développement durable ainsi conçu est une aventure humaine extrêmement riche nécessitant vision et pragmatisme, stratégie et expérimentation. Les analyses de matérialité et le reporting prennent alors un sens très différent : ce ne sont plus des pratiques normatives et bureaucratiques mais des outils de pilotage. En amont de la stratégie pour bien percevoir les enjeux pour « agir tout autrement » et les partager avec les parties prenantes internes et externes ; en continu ensuite pour accompagner les acteurs de la transformation pour que celle-ci soit vécue comme un projet où chacun a sa part.

Lorsque le développement durable est vécu comme ça par les entreprises, c’est aussi motivant et enthousiasmant que le « crowdacting » proposé par Pascal Canfin ! Pourquoi alors cette impression de décalage entre ce qui se fait en entreprise et ce qui se fait dans l’univers associatif ? Sans doute parce que les entreprises les plus engagées dans des transformations profondes le font peu savoir tant qu’elles n’ont pas de résultats tangibles. Sans doute aussi parce que les premiers résultats sont encore peu repris dans les médias et les cercles dirigeants. Qui sait par exemple comme le rappelait Pascal Canfin (encore lui !) dans une tribune parue dans Le Monde économie le 2 septembre dernier que la part des énergies renouvelables a représenté, en 2015, 90% des nouvelles capacités de production d’électricité installées dans le monde contre 50% en 2014.

De ce fait, conclut-il, « les émissions globales de CO2 provenant du secteur de l’énergie ont stagné pour la seconde année consécutive en 2015 malgré une croissance économique mondiale de 3 %. Nous sommes donc sans doute en train de vivre les premiers éléments du découplage entre production de richesses économiques et émissions de CO2. Même si ce n’est que le tout début du chemin, nous sommes enfin sur la bonne voie. »

Chers amis sceptiques ou déçus, ce n’est pas au moment où l’urgence de la transition est enfin reconnue (y compris en Chine et aux Etats-Unis, car n’oublions qu’avec le fédéralisme américain, beaucoup d’engagements se prennent Etat par Etat), au moment où les premières actions commencent à avoir des résultats qu’il faut changer de cheval ! La notion de développement durable a bien sûr des ambiguïtés ; elle a parfois couvert des opérations de pure communication mais il est essentiel que nous soyons toujours plus nombreux à concevoir et mettre en pratique un développement durable ambitieux et créatif.

Cette approche du DD doit pouvoir réconcilier le consultant et le philosophe !

URGENCE DE LA TRANSITION ; NÉCESSITÉ DE SA MISE EN OEUVRE

Exceptionnellement un texte que je n’ai pas écrit mais dont je partage pleinement les interrogations : comment donner plus de force aux initiatives citoyennes ? les pistes proposées amènent à revoir profondément la relation élus-citoyens, tant dans la représentation que dans la manière de décider.

J’ai souhaité exceptionnellement publier un texte que je n’ai pas écrit. Il l’a été par Jean-Pierre Worms et diffusé à la fois dans les réseaux des intellectuels convivialistes et ceux du Pouvoir citoyen en marche. Certains d’entre vous connaissent bien Jean-Pierre Worms, il a accepté dès l’origine de participer à l’orientation des Ateliers de la Citoyenneté, il a récemment rédigé la préface de mon livre. Pour ceux qui ne le connaissent pas, sachez simplement que c’est un jeune homme de 80 ans qui a été tour à tour ou simultanément sociologue, élu local et national, acteur associatif innovant. Toujours actif, toujours prêt à s’enthousiasmer pour une nouvelle aventure. Je trouve important de partager ses alertes et surtout les moyens qu’il propose pour faire face à l’urgence. Avec son autorisation je n’ai repris que ses propositions finales, les lecteurs de ce blog sont en effet familiers des prémisses de son discours qui forment aussi la trame de mes écrits : la crise démocratique née « des logiques mortifères de la démesure à l’œuvre dans tous les domaines [qui] convergent et s’accélèrent » et aussi les ressources qui naissent de cette même crise, avec « la pertinence et la puissance des savoirs d’expérience et du pouvoir d’agir des citoyens ». Jean-Pierre Worms pointe les difficultés du passage entre le monde qui se meurt et celui qui émerge. C’est ici que je lui laisse la parole.

 

Deux difficultés, parmi bien d’autres sans doute, doivent être particulièrement soulignées car elles appellent de fortes mobilisations pour les surmonter.

La première tient à l’émiettement de cette diversité d’initiatives qui freine la construction d’une capacité commune de transformation sociale, d’un véritable pouvoir politique partagé.

Si, comme le veut notre tradition française, certaines initiatives novatrices se diffusent sur le territoire selon la rationalité décentralisatrice descendante d’une organisation de type fédéral, la grande majorité de ces «créatifs culturels», de ces «défricheurs» et «innovateurs sociaux», dont les initiatives «partent du bas» et sont liées aux spécificités de leurs territoires d’émergence, se méfient du risque d’aliéner leur liberté d’initiative dans la participation à toute forme d’organisation collective supérieure et du moins n’en voient pas l’utilité. Isolées les unes des autres et sans aptitude à intervenir ensemble dans l’espace public, leur visibilité médiatique et leur pouvoir transformateur ne correspond pas au poids réel des volontés, intelligences et compétences citoyennes mises en mouvement.

Un autre facteur encore plus grave freine la mise en synergie de ces initiatives : la reproduction au sein de la société civile de ce découpage de la société en «silos» verticaux déconnectés les uns des autres qu’opère le traitement administratif centralisé des problèmes sociaux. L’emploi, l’éducation, le logement, la santé etc. relèvent de champs de compétence particuliers, encadrés par des contraintes règlementaires, des corps administratifs et professionnels et des modes de financement spécifiques qui freinent, voire parfois interdisent les possibilités d’élaborer dans la concertation des politiques publiques cohérentes sur les territoires où elles sont mises en œuvre. Cela est souvent dénoncé concernant l’action publique de l’État central. Moins souvent, alors que cela mériterait de l’être, concernant celle des collectivités locales. Exceptionnellement seulement concernant l’action des associations, réseaux ou collectifs citoyens, ce qui est encore plus grave.

C’est pourtant un constat que chacun peut faire. Sur un même territoire local, il y a ceux qui travaillent à l’ouverture de l’école aux familles qui en sont les plus éloignées, ceux qui permettent l’accès à la création d’entreprise à des personnes dont le statut financier et social les en écarterait, ceux qui œuvrent à l’amélioration de la prise en compte de l’intelligence et de la volonté des malades dans l’organisation des soins…, mais tous ces citoyens qui agissent pour développer et valoriser le «pouvoir d’agir» des personnes concernées par une politique publique, tous ces membres d’une société civique active, bien que mus par les mêmes valeurs, les mêmes désirs, les mêmes idées de la société… ne se connaissent pas!!! et de ce fait ne constituent pas une force capable de peser ensemble sur l’organisation et la mise en œuvre cohérente des politiques publiques sur leur territoire commun. Construire des relations transversales, de l’inter-connaissance et de l’inter-action sur les territoires locaux, un pouvoir d’agir partagé, voilà ce que les convivialistes et tous les citoyens actifs devraient entreprendre partout et de toute urgence. C’est pourquoi il importe de profiter de cette journée d’occupation de l’espace public le 24 septembre prochain [demain !!], initiée par «Alternatiba» et le «collectif pour la transition», pour mettre en pleine lumière conjointement ce que les citoyens ont entrepris pour construire, chacun séparément, cet autre monde plus juste, plus libre, plus convivial… et plus durable auquel aspirent tant et tant de nos concitoyens. Et pourquoi ne pas interpeller à ce propos ceux qui, dans quelques mois, vont solliciter nos suffrages? La démocratie doit se reconstruire en inversant le rapport entre les citoyens et leurs élus: au lieu que ce soient des candidats qui demandent aux citoyens d’approuver leurs «programmes», que ce soient les citoyens qui demandent aux élus d’approuver et de mettre en œuvre leurs propositions et de faire une place à leurs initiatives dans l’espace public.

Encore faut-il que le «personnel politique» soit apte à entendre ce message et que l’action publique soit apte à s’enrichir de l’intelligence et de l’action des citoyens. Deux questions doivent être prises en compte :

  • celle du statut de la «représentation politique» pour l’ouvrir largement à la participation d’un nombre de citoyens beaucoup plus important qu’aujourd’hui (interdiction absolue de tout cumul de mandats et limitation dans le temps de leur exercice, transparence financière et sanction rigoureuse des conflits d’intérêt, tirage au sort de certaines instances de contrôle voire de délibération, référendums…),
  • celle de l’élaboration de la décision, de sa mise en œuvre et du statut et de l’organisation des fonctions et des institutions publiques pour faire une large place à une élaboration partagée et à une co-gestion de l’action publique, voire à une gestion publique déléguée à des organisations de citoyens.

Laisser ces questions en friche et croire qu’on peut les ignorer et se désintéresser de la politique instituée et notamment des prochaines échéances électorales, bref traiter des problèmes socio-économiques sans se préoccuper de leur inscription dans les cadres actuels de la démocratie conduit selon moi à une impasse. Nous devons élaborer les moyens juridiques et institutionnels qui permettront la mise en œuvre de notre volonté de transformation sociale et les porter dans les débats politiques à venir !

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A noter, Gérard Mermet, avec qui nous envisageons un texte commun, évoque de son côté la nécessité de la disruption et du collaboratif en politique. Une chose est sûre, nous ne pouvons pas nous contenter de la manière dont les candidats aux différentes primaires envisagent leur rôle. Il est plus qu’urgent qu’ils prennent au sérieux la richesse des propositions de la société civile !!

 

 

Attentat terroriste : Pavlov et l’uchronie

Attentat. Réactions à l’attentat. Tout semble se répéter, ad nauseam. Et si nous n’avions pas succombé à nos réflexes pavloviens ? Et si nous faisons en sorte que lors du quatrième attentat ce ne soit pas une uchronie ?

Attentat. Réactions à l’attentat. Tout semble se répéter, ad nauseam.

Je me suis pourtant dit l’espace d’un instant que les choses pourraient suivre un chemin différent cette fois-ci, mais non. Je ne savais encore rien de l’événement, simplement qu’il y avait eu des morts à Nice. J’allumai la radio. Sur France Culture, le commentaire en cours m’avait laissé entrevoir que les suites de l’attentat pourraient être différentes, cette fois-ci. Pas mieux, simplement différentes. Le commentateur disait en effet son malaise face à la répétition et au début d’accoutumance devant l’horreur. Un attentat de plus, un attentat perdant de sa singularité et donc de sa force. Je commençais à me dire que les terroristes allaient peut-être perdre de leur impact, même pour de mauvaises raisons, notre inavouable lassitude face à la répétition de l’horreur.

J’ai dû bien vite me rendre à l’évidence : ce n’était pas le mouvement général, médias et politiques avaient immédiatement réagi en suivant leurs réflexes pavloviens. Rien ne changerait cette fois-ci, les terroristes pouvaient se rassurer. Alors que Hollande annonçait la fin de l’état d’urgence à treize heures, il le rétablissait à trois heures du matin. Les médias déjà passés en mode vacances depuis quinze jours ressortaient prestement leurs éditions spéciales et leurs reportages en boucle sur les rescapés du carnage. Un élu comme Estrozy, qui disait il y a seulement 6 mois qu’il ne ferait plus de politique politicienne, demandait pourtant immédiatement des comptes et attendait que le gouvernement dise comment il allait garantir la sécurité des Français. Scénario et dialogues écrits à l’avance.

Il y avait pourtant une fenêtre d’opportunité pour que l’enchaînement des circonstances aboutisse à un autre traitement de cet attentat. Hollande aurait pu rester sur la même ligne… à 14 heures de distance. Il aurait pu réaffirmer que des lois avaient été votées qui donnaient les moyens de lutter contre le terrorisme et qu’il était inenvisageable de vivre en permanence en état d’urgence. Il a préféré aller dans le sens attendu de l’opinion. Pour ma part j’aurais trouvé fort qu’il dise que l’état d’urgence n’était pas la solution face au nouveau crime de masse commis à Nice.

Imaginons alors les suites. La présidence de la République appelle toutes les rédactions pour leur proposer un pacte républicain : traitement factuel et minimal de l’attentat, explications des raisons de ce choix par les directeurs de l’information, organisation de débats sur la manière de faire face à la répétition des attentats dans un régime démocratique. Cette attitude de la Présidence et des médias surprend l’opinion qui après un moment de doute reconnait le bien-fondé de ces orientations. Des voix s’élèvent dans le pays pour dire leur fierté retrouvée devant cette attitude qui rompt avec la veulerie quotidienne. Des voix de personnalités d’abord, puis des voix anonymes, toujours plus nombreuses. Plus qu’après les attentats de 2015, des initiatives se multiplient pour montrer que la société française est vivante, entreprenante et solidaire… Hélas ! ce n’est qu’une uchronie[1], un pas de côté décisif qui n’a pas eu lieu.

Attendrons-nous le quatrième ou le cinquième attentat pour sortir de nos réflexes pavloviens ? Saurons-nous enfin agir autrement que de la manière dont les terroristes attendent que nous agissions ?

Nous avons loupé la fenêtre d’opportunité du troisième attentat. Nous devons nous préparer pour être prêts lors du quatrième. Et si nous nous saisissions du temps de débat républicain que constitue une campagne électorale ?

[1] Une manière de revisiter l’histoire en imaginant qu’un fait historique s’est déroulé autrement (Louis XVVI n’a pas été arrêté à Varennes). Une manière de mettre la fiction au service d’une réflexion politique sur l’histoire comme l’ont bien montré deux historiens Florian Besson et Jan Synowiecki.

 

En finir avec le referendum !

Ces derniers temps en France, à droite mais aussi à gauche, beaucoup voulaient voir dans le référendum un moyen de retrouver le lien avec les électeurs. Pas sûr que les deux expériences des derniers jours en Grande-Bretagne et en France les aient totalement dessillés. Et pourtant !

Une réponse en apparence simple (Leave) et l’on se retrouve avec des centaines de questions sans réponses ! Des exemples.

Comment peut-on traiter depuis une semaine la majorité des Anglais de nationalistes aigris et insulaires alors que le Leave rassemble nécessairement des gens qui auraient eu des positions très différentes si on ne les avait pas forcé à un choix aussi binaire que IN or OUT ? Comment pouvait-on, par exemple, se dire européen mais avec une autre Europe quand on avait le choix entre un bulletin Remain et un bulletin Leave ?

Comment, plus largement, a-t-on pu demander de décider de manière définitive d’une option dont on ne connaît aucune conséquence ? Quelle entreprise, quelle famille, quelle organisation prend ses décisions de cette manière ? La démocratie a-t-elle le droit d’être inconséquente ? N’est-elle pas aussi un régime qui doit permettre que les minorités soient respectées ?

Comment désormais les parlementaires britanniques vont-ils pouvoir mettre en œuvre une mesure qu’ils n’auraient pas eux-mêmes voté si on le leur avait demandé ? On se trouve dans la situation la plus invraisemblable qui soit : des électeurs tranchent mais ne décident pas (ce sont les parlementaires qui doivent engager la procédure de sortie) ; des élus vont devoir traduire en décision un référendum dont ils ne partagent pas les conclusions et pour la mise en œuvre duquel il n’existe pas de majorité cohérente.

Les questions et les paradoxes sont si nombreux qu’on est pris de tournis face à cette incurie démocratique !!

Incurie, oui ! parce que ce referendum absurde, décidé pour des raison absurdes aura des enchainements d’effets pendant des années avant qu’un nouvel équilibre ne voit le jour. Une seconde de toute-puissance dans un isoloir pour des années de galère à régler des problèmes qu’on a soi-même créés : voilà le deal plus démoniaque que démocratique qui a été proposé aux britanniques.

Quand on perd la signification de l’engagement démocratique, on s’expose à des réponses qui relèvent plus du jeu de bonneteau que de la délibération. Un jeu vécu comme anodin puisqu’on vit dans une démocratie tellement désincarnée, où les votes ont si peu d’effets tangibles. Quand les gens ont le sentiment de n’avoir que le pouvoir de dire non, il n’est pas étonnant qu’ils en usent, d’autant que ça ne change habituellement pas grand-chose : des dirigeants sont changés mais les politiques restent largement les mêmes. Un vote habituellement sans conséquence se révèle cette fois avoir des retombées aussi lourdes qu’insoupçonnées la veille (insoupçonnées parce que négligées).

Même si l’ampleur de la catastrophe est moindre en France, le referendum de Loire-Atlantique est tout de même aussi terrible pour la démocratie. Là aussi on a brandi le recours ultime au peuple souverain ! Que le peuple tranche une bonne fois pour toutes ! Le peuple ? Quel peuple ? Celui de Loire-Atlantique vous dis-je ! Cécile Duflot sur France Inter a demandé à Patrick Cohen qui cherchait visiblement à montrer que les écolos n’étaient pas des démocrates, s’il savait le nom donné par ses promoteurs au futur aéroport de ND des Landes. Devant son ignorance, elle lui a dévoilé : « aéroport du Grand-Ouest », révélant l’absurdité d’interroger les électeurs d’un seul département quand le projet lui-même évoque l’idée d’une desserte pour les habitants d’au moins 2 ou 3 régions de l’Ouest de la France. Le referendum n’est plus ici qu’un jouet manipulable à loisir si l’on choisit sciemment de n’interroger qu’une toute petite partie des personnes concernées. Plus grave, dans une situation bloquée, le référendum n’est évidemment pas le moyen de trouver une solution. A l’inverse on cristallise les oppositions.

Le pire, encore une fois, est que l’on prétend que c’est la démocratie qui s’est manifestée au travers ces deux référendums. Le peuple s’exprime, la messe est dite (vox populi, vox dei). On est bien dans la croyance, mais de la pire espèce. Celle qui fait fi de la raison. La croyance qui, d’égalité en égalité, réduit la démocratie à un « oui ou non » aussi binaire que bête : démocratie = expression populaire = vote = choix entre oui et non. CQFD.

Réduire la démocratie au vote et au vote le plus limité qui soit (oui/non) c’est vraiment ne pas avoir beaucoup de considération pour nos capacités de citoyens ! Ce ne sont pas les Anglais ou les habitants de Loire-Atlantique qui prennent de « mauvaises décisions », ce sont les responsables politiques qui osent jouer avec la démocratie.

Je disais dans mon dernier papier qu’il fallait se doter de nouveaux mots pour renouveler la démocratie (délibérer et entreprendre), ne faudrait-il pas aussi en rayer quelques-uns de notre pratique : le mot référendum par exemple ? C’est en effet tout sauf un outil démocratique quand il est laissé à l’initiative des gouvernants. Préférons-lui le terme plus modeste de « votation » des Suisses et surtout leur pratique, bien différente de la nôtre !

J’organise le 7 juillet à 18h une rencontre[1] pour débattre de ce que peut être une démocratie radicalement différente, en m’appuyant sur les pistes que j’ouvre dans « Citoyen pour quoi faire ? construire une démocratie sociétale » publié chez Chronique Sociale. J’espère que les Lyonnais qui lisent ce blog seront présents nombreux !

[1] De 18h à 20h au théâtre de l’Elysée, 11 rue Basse Combalot métro et tram Guillotière. Une rencontre animée par Denis Bernadet.