Comment remettre l’Écologie à l’agenda ?

Comment remettre l’Écologie à l’agenda ?
applaudissements de 20h

Déplorer la disparition de l’écologie du débat public ne suffit pas. Que pouvons-nous faire ?

      • Changer nos manières d’en parler ?
      • Mieux se raconter pour mieux compter ?
      • Quelles sont vos solutions, vos initiatives ?
      • … Ou pensez-vous que le combat est ailleurs ?

Pour cette première tentative de «conversation écrite», les abonné·es  à l’infolettre ont proposé une dizaine de contributions de toutes sortes : simples réactions par mail ou textes élaborés. Partage d’expérience, présentation de la pensée d’un auteur (de Montaigne à F. Jullien), pistes d’action ou réflexion philosophique, la moisson est riche jusqu’au « bip-bip » final ! Un GRAND merci aux contributeurs.

Comme je m’y étais engagé j’ai repris les propos reçus en les agençant pour qu’ils se répondent, se complètent et offrent ainsi un premier tour de la question. Vous trouverez après cette synthèse les textes intégraux quand je n’ai repris que des fragments. N’hésitez pas à poursuivre la conversation en réagissant en commentaire … ou par de nouvelles contributions via conversation@persopolitique.fr

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Apathie

L’apathie est sans doute une des dérives les plus problématiques de notre époque tout en étant si peu remarquable. Son « a » privatif dit tout : nous sommes privés de réaction face au mal, le laissant à ses dérives. Un court texte pour aller au-delà du sens courant d’apathie, cette mollesse apparemment sans conséquence.

Apathie
don-kaveen-unsplash

Deux critiques du livre du psychanalyste Dany Robert Dufour, intitulé Sadique époque[1], me donnent envie de revenir sur un mot qui caractérise de plus en plus notre époque, selon l’auteur : l’apathie. Il faut entendre ce mot au sens propre donné par son étymologie, l’indifférence à la souffrance de l’autre.

Alain Caillé écrit : Là où beaucoup pointent la montée du « brutalisme », [Dufour] montre qu’il conviendrait plutôt de parler d’une explosion de sadisme. Corrélativement, ce qui monte c’est la perte revendiquée de l’empathie, et l’indifférence, l’apathie (revendiquée par Sade) face aux crimes.

Daniel Bougnoux : Pour devenir un bon sadique, « encore un effort », il convient de bannir toute compassion ou empathie envers ses victimes, de se montrer indifférent ou apathique devant les tourments qu’on inflige, et de ne ressentir évidemment aucune culpabilité, mais au contraire le frisson ou la libération de dopamine qui accompagne le sentiment d’avoir une fois encore bien baisé son prochain. 

Ce qui est effrayant en effet dans l’époque, c’est moins la banale horreur des crimes humains que l’annihilation du sentiment de culpabilité chez certains de ceux qui les commettent. Le paroxysme pour moi étant ces enfants qui peuvent se livrer à des exactions comme à de simples jeux.

On a pointé depuis des mois l’absence d’empathie de Trump ou de Poutine, monstres froids mais il faut aussi voir à quel point nos sociétés et donc nous-mêmes, sommes devenus a-pathiques face aux malheurs du monde (qui existent « depuis que le monde est monde », dit-on pour se donner bonne conscience). Nous avons intégré, dit Dufour, la morale de la Fable des abeilles de Mandeville selon laquelle les biens publics naissent des vices privés. Notre égoïsme a de la valeur puisqu’il fait tourner la machine économique ! En ayant construit nos vies sur cette égoïsme bénéfique, nous avons réduit le bonheur au pouvoir d’achat ! Satisfaits et indifférents, voilà ce que nous sommes devenus avec juste ce qu’il faut de sensiblerie pour nous considérer encore humains. Ainsi on s’apitoie, un temps, devant l’image d’un enfant mort sur une plage de Méditerranée mais combien sont morts depuis dans notre totale indifférence ?

Et l’on perçoit alors que l’apathie-indifférence et l’apathie-inaction, celle qui domine dans le langage courant quand on parle d’apathie, sont liées. Notre mollesse n’est pas une paresse mais une insensibilité.

L’approche morale de la sortie de cette crise apathique est souvent la seule imaginée par les politiques. Jusqu’aux « cours d’empathie » préconisés un temps par Gabriel Attal pour lutter contre le harcèlement scolaire ! Mais l’empathie n’est pas en soi une réponse à l’apathie si elle n’est qu’une émotion sans conséquence, construite par notre environnement culturel et médiatique. C’est notamment ce que dénonçait la docteure en neurosciences Samah Karaki[2].

Alors il n’y a rien à faire ? Le monde court à sa perte et nous ne pouvons que le déplorer, comme cet historien qui, se voulant lucide, ne cesse de nous affirmer la défaite à venir de l’Ukraine et l’imminence d’une guerre entre la Russie et l’Europe ?[3]

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Pensif

Si, comme moi, vous êtes plus pensif que penseur, plus pensive que penseuse, alors le texte que m’a inspiré le dernier livre de François Jullien, helléniste et sinologue, pourrait vous intéresser. J’extrapole librement les propos de l’auteur en les déplaçant vers le domaine a priori éloigné de la conversation (mais pas tant que ça si l’on ne confond pas conversation et polémique).

Pensif
Le penseur de Rodin

Rester pensif est souvent vu comme une propension au rêve et à l’inaction. Cette « pensivité » n’a pas de valeur dans notre monde en recherche d’efficacité.  François Jullien propose pourtant de s’intéresser à la puissance du pensif. Il distingue le penseur et le pensif. Le penseur conceptualise, définit, fixe ; le pensif discerne, nuance, laisse ouvert. Le penseur construit un universalisme abstrait, le pensif est sensible à une autre façon d’universaliser, par l’intime et le sensible.

Comme toujours François Jullien nous pousse à réfléchir hors des voies toutes tracées. Ici, inspiré par la littérature et notamment la dernière phrase d’un roman de Balzac, « Et la Marquise resta pensive »,  il montre la puissance de cette pensée qui chemine, qui se rumine dans le temps, sans projet défini. La littérature « donne à penser », elle ne pense pas à notre place, elle ne cherche pas à nous convaincre, ni à rien démontrer.

« Dans la pensée philosophique, la pensée se fait impérieuse. Son “je pense” signifie je veux – je dois – penser : je m’arrache à moi-même, à ma quiétude et à mon indolence, à ma rêverie pour penser », nous dit Jullien.

La pensée dans le monde occidental se conçoit toujours à la première personne du singulier, celle du cogito cartésien. Le pensif semble enfermé en lui-même quand le penseur entre en communication avec l’autre par la clarté de son propos. Mais est-ce si sûr que « l’on s’arrache à soi-même » dans cette forme de pensée et de discours ? Il me semble que la parole prend le pas sur l’écoute et que l’autre est vu au mieux comme un auditeur, au pire comme un adversaire, voir un ennemi.

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