Une autre entreprise est possible ! – 2ème partie du texte du 25-10

Voici la suite de mon texte sur le pouvoir dans l’entreprise. Si la théorie des parties prenantes et la différence entre droit des sociétés et droit de l’entreprise, évoqués dans la 1ère partie, sont des sujets déjà débattus, cette deuxième partie s’éloigne des chemins balisés. J’espère des réactions !!

Dans la théorie des parties prenantes, tous ceux qui contribuent au bon fonctionnement des entreprises sont représentés … sauf les entrepreneurs ! Un paradoxe ! Les parties constituantes au cœur du projet entrepreneurial et du partage de la valeur ajoutée sont en théorie les actionnaires et les apporteurs de travail. L’entrepreneur n’a aucune place en tant que tel. Il est soit dans une des deux catégorie, apporteur de capital ou dirigeant salarié, soit en arbitre entre les deux catégories.

On a vu que les actionnaires n’étaient la plupart du temps rien d’autres que des financiers sans lien avec le projet entrepreneurial. Un fonds de pension n’est pas réellement partie prenante puisque son seul projet est la maximisation des revenus de son capital. Une illustration par l’absurde en est donnée par le passage de Sébastien Bazin d’actionnaire d’Accor à PDG : il a fait l’inverse de ce qu’il exigeait en tant qu’actionnaire une fois devenu patron ! Et il se révèle un plutôt bon patron d’Accor alors qu’en tant qu’actionnaire, il exigeait un démantèlement de l’entreprise qui n’aurait plus été qu’un opérateur de tourisme sans la propriété (et la responsabilité) de ses investissements hôteliers. Le fait d’être propriétaire d’une part du capital de l’entreprise ne conduit donc pas automatiquement à faire que l’on soit un acteur pertinent des choix que doit faire l’entreprise.

Les salariés sont-ils plus à même de faire ces choix ? Leur intérêt à la pérennité de l’entreprise est évidemment supérieur de même que leur connaissance concrète du fonctionnement de l’entreprise. Mais dès que l’entreprise dépasse une certaine taille, qu’en connaissent réellement les salariés lorsqu’ils sont simples opérateurs sans désir particulier de s’investir dans la marche de leur entreprise qu’ils voient avant tout comme un gagne-pain ? Qu’on soit clair : ce n’est pas une question de niveau social ou de compétence. De nombreuses coopératives ont réussi à fonctionner avec des salariés de base aux commandes. Nécessité fait loi et des personnalités se révèlent en situation. En revanche, nous n’avons pas tous le même désir d’être partie prenante du fonctionnement de l’entreprise qui nous emploie. Et c’est légitime ! Même dans les coopératives, on peut trouver une cohabitation de coopérateurs et de simples salariés. Continuer la lecture de « Une autre entreprise est possible ! – 2ème partie du texte du 25-10 »

Libéraux, soyez cohérents : luttez contre l’absolutisme d’aujourd’hui ! – 1ère partie

Il y a longtemps que j’ai envie d’écrire sur ce qui reste un impensé dans nos démocraties : l’entreprise en tant qu’institution. Voilà la première partie d’un texte long qui, je l’espère, suscitera des commentaires. D’où le titre provocateur !

Face à l’urgence du Vivant, quel est le bon combat ? Je me faisais cette réflexion en écoutant une juriste participer à la séance d’ouverture du Festival Vivant. Elle présentait le droit de l’environnement comme une avancée majeure (avec l’écocide comme but à atteindre) alors que pour moi, même avec l’écocide, on en reste à un droit défensif qui n’anticipe pas le système juridique de l’avenir. Il est certes utile de défendre les droits des fleuves et des forêts mais on admet ce faisant que l’enjeu est de réduire l’impact du système économique actuel, pas de le changer.

Qu’est-ce qui est à reconstruire en priorité ? Qu’est-ce qui nous bloque dans un présent qui n’est plus viable ? C’est en écoutant cette juriste évoquer le droit de l’environnement que la chose m’est apparue encore plus nettement qu’avant : le cadre juridique de l’entrepreneuriat est central. C’est ce cadre juridique qui a accompagné la révolution industrielle et, hélas, le passage à l’anthropocène et à l’hubris dans lequel nous nous enfermons. On n’entrera pas dans le monde d’après sans un cadre juridique entièrement transformé. J’ai déjà écrit sur la nécessité de revoir le droit de propriété mais c’est plus spécifiquement le droit de l’entreprise qu’il faut envisager sur des bases radicalement nouvelles.

Alors que le libéralisme a historiquement lutté contre l’absolutisme royal, il a laissé s’installer un absolutisme entrepreneurial qu’il devrait aujourd’hui combattre comme il a combattu autrefois la monarchie absolue.

Tout le monde reconnait que les grandes entreprises transnationales sont aujourd’hui beaucoup plus puissantes que les Etats incapables (et peu désireux) de leur contester leur suprématie. Si au début du XXème siècle, on n’a pas trop hésité à défaire les monopoles du pétrole et de l’acier, qu’on a encore réussi à séparer les activités d’AT&T au début de ce siècle, aujourd’hui le simple fait de faire payer des impôts à Google relève de l’exploit. Que font les libéraux contre l’absolutisme économique ? Il est frappant de voir que les lois de l’économie sont devenues les « lois naturelles » et que, comme les lois divines au XVIIIème siècle, elles ne peuvent être discutées (sauf par des impies). Pourquoi ce qui a été considéré comme insupportable aux libéraux au temps des Lumières ne l’est-il pas aujourd’hui ? Pourquoi les libéraux contemporains restent-ils focalisés sur le pouvoir d’Etat qui est désormais résiduel alors qu’ils restent muets sur le pouvoir économique démesuré et hyper-concentré ? Avons-nous à ce point été domestiqués que la liberté ne nous est plus vitale ? Sommes-nous tous devenus semblables au chien de la fable qui n’envie même plus la liberté du loup ?

Voici ce que je propose à tout libéral conséquent d’envisager sérieusement. C’est radical j’en conviens mais c’est à mon sens réellement libéral !

Une approche radicalement libérale doit naturellement s’appuyer sur le droit. C’est bien par le droit que le libéralisme s’est manifesté à la fin du XVIIIème siècle avec la Déclaration des Droits de l’Homme, le droit constitutionnel et le code civil. Continuer la lecture de « Libéraux, soyez cohérents : luttez contre l’absolutisme d’aujourd’hui ! – 1ère partie »

Repenser le « gouvernement » local, urgence des municipales

Les élections de 2020 sont particulièrement importantes pour renouveler nos pratiques démocratiques. Espérons que les violences récentes à l’égard de quelques maires ne nous détournent pas de la question cruciale du « bon gouvernement ».

J’entendais il y a quelques jours, sur France Inter, la femme d’un maire qui craignait pour la vie de son mari. Cet élu venait encore d’être menacé, cette fois avec une tronçonneuse. « Je ne tolère pas la moindre incivilité » disait-il à son intervieweuse, « Dès qu’il se passe quelque chose, renchérissait son adjointe, il me téléphone : allo Coco, y a ça, j’y vais ». Cette agression est inadmissible mais doit-on la mettre au cœur de l’actualité ? Bien sûr une agression qui touche une personne dévouée au bien commun (ce maire ici, des pompiers ailleurs,…) nous parait de ce fait encore plus insupportable ; mais encore une fois, doit-on se focaliser sur cette question comme on semble commencer à le faire, pris dans le tourbillon médiatique ?

Même en hausse, cette violence reste en effet – et heureusement – assez faible, le reportage n’évoquait que 361 agressions ou incivilités à l’égard des maires l’an dernier sur 35 000 maires d’après une étude du Ministère de l’Intérieur. Avec la focalisation sur la violence, on risque de ne chercher que des réponses sécuritaires qui ne traitent jamais le fond des problèmes. Ce qui est pour moi le plus dérangeant dans cette manière de rendre compte de la réalité, c’est ce qui est dit en creux : le maire victime est héroïsé. Le maire apparait ainsi comme un bon maire parce qu’il incarne l’autorité et parce qu’il est prêt au sacrifice. Il ne compte pas son temps, il peut être appelé jour et nuit, il est toujours sur le coup,… Le Maire, même familier, même proche des gens est et reste « hors du commun », il s’écrit avec une majuscule.

C’est cette sacralisation de l’élu, cette mise à part, qui pose problème et contribue paradoxalement à aggraver le blues des élus dont on parle (un maire sur deux envisage de ne pas se représenter en 2020 selon le Cevipof). Continuer la lecture de « Repenser le « gouvernement » local, urgence des municipales »

Cet été, je suis allé en Arcanie !

Ne cherchez pas l’Arcanie dans un atlas où sur google map ! D’ailleurs le territoire est moins important que le régime politique qu’il a choisi : la misarchie. Un voyage stimulant et réjouissant !

Cet été j’ai voyagé comme j’en ai pris l’habitude, alternant séjours en famille et continuation de ma découverte du pays basque, de part et d’autre d’une frontière dont on comprend, ce faisant, la part d’arbitraire. Mais j’ai aussi voyagé en Arcanie, grâce au livre d’Emmanuel Dockès[1], à la découverte d’un système politique qui tend vers l’hyper-démocratie en limitant tous les pouvoirs : ceux de la finance, de l’Etat et aussi de la propriété. C’est d’ailleurs pour cela que l’auteur parle de misarchie. Non pas le « pouvoir de la haine » (si l’on reprenait la construction de mon-archie, le pouvoir d’un seul) mais plutôt « la haine du pouvoir » comme dans mis-anthropie ou miso-gynie. Un régime paradoxal puisque le pouvoir est organisé pour avoir le moins de pouvoir possible mais qui finalement prend simplement au sérieux les fondements de la démocratie libérale qui se méfiait elle aussi du pouvoir et qui a conduit aux « checks and balances » chers aux anglosaxons. En misarchie, le système des « contrôles et équilibres » (pour parler français) est nettement plus poussé. Sa logique est puissante et rend crédible ce « voyage en misarchie »… à défaut de le rendre probable !

L’Arcanie n’est donc pas un pays comme on les connait mais un territoire sur lequel s’organisent des associations volontaires et où la multi-appartenance ou les appartenances successives sont courantes. Quand le narrateur explique qu’il EST Français, ses interlocuteurs ne comprennent pas qu’il soit devenu Français automatiquement alors que le principe est chez eux de choisir et  de composer son identité, jusque dans son habillement.

Le narrateur découvre la misarchie sans y être préparé, à la suite d’un accident d’avion. Il s’installe spontanément dans la position du « civilisé » issu du Pays des Droits de l’Homme qui découvre des « primitifs » hors de la culture occidentale. Il commence donc par trouver le fonctionnement de cette contrée absurde, inconvenant ou dangereux mais sa résistance diminue au fil de ses rencontres et des échanges qu’elles permettent. On découvre avec lui comment fonctionne une entreprise où les apporteurs de capitaux n’ont pas le pouvoir mais où, par des droits « fondants » dans le temps, l’entrepreneur y trouve néanmoins son compte. On voit comment des services publics peuvent exister sans Etat central grâce à une multiplicité de « districts » qui doivent négocier entre eux des compromis. La propriété, l’école, le travail sont réinventés pour une vie plus intense et organisée selon ses choix propres. On peut devenir avocat en étant encore une gamine ou après avoir été marin-pêcheur !

Il ne s’agit pas d’une utopie où tout serait parfait mais plutôt d’un bricolage pragmatique toujours perfectible où subsistent des tensions (inénarrables Cravates bleues  et autres Applatisseurs !). La cohérence d’ensemble du propos tient beaucoup à la logique du droit qui est le cœur du propos mais sans l’aridité d’une démonstration juridique. On entre progressivement dans cet univers et les notions utilisées deviennent vite familières : AT (association de travailleurs), districts, golden share, rotations infantiles, DET (dette de l’entreprise à l’égard des travailleurs)…

Une lecture qui sera fort utile au projet de l’Imaginarium-s !

Entendre Dockès en parler : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/un-monde-sans-chef-lutopie-demmanuel-dockes

Lire une critique rapide mais bien vue : https://blogs.mediapart.fr/thomas-coutrot/blog/160417/la-misarchie-une-utopie-credible-et-jubilatoire

Approfondir dans un interview papier plus longue : https://www.nonfiction.fr/article-9314-entretien-avec-emmanuel-dockes-a-propos-de-son-voyage-en-misarchie.htm

 

[1] Emmanuel Dockès, Voyage en misarchie – Essai pour tout reconstruire, Editions du Détour – 2017

Démocratie, une réforme discrète ?

Les propositions d’Emmanuel Macron sur la démocratie s’intéressent aux pratiques réelles pas seulement aux dispositifs institutionnels. C’est moins spectaculaire mais plus prometteur.

Le constitutionnaliste Dominique Rousseau rappelait, dans un très bon article publié par AOC, qu’en 1974, on s’était moqué de la réforme constitutionnelle qui ouvrait la saisine du Conseil constitutionnel aux parlementaires. Ce qui semblait anecdotique à l’époque a été en réalité le point de départ d’un contrôle de constitutionnalité toujours plus étendu. La modernisation de la démocratie passe souvent par des voies discrètes. A contrario, le battage médiatique du passage au quinquennat qui devait a priori nous rapprocher des pratiques des grandes démocraties anglaises ou américaines nous a hélas enfermés dans un présidentialisme sans contrepouvoirs affirmés et à l’horizon trop courtement électoral. Les grandes réformes ne sont pas toujours celles qui occupent le devant de la scène.

Que va-t-il en être des annonces du Président concernant la démocratie en conclusion du grand débat ? Peut-on prendre paradoxalement comme une bonne nouvelle le fait qu’elles n’aient pas suscité beaucoup de réactions ? Je ne suis pas loin de le croire. Continuer la lecture de « Démocratie, une réforme discrète ? »

Des colères aux initiatives, Lyon Gerland, 2 mars à 14h

Et si nous passions, au moins cette fois-ci, de l’échange numérique à la rencontre physique ? Possible le 2 mars, à Lyon… dans le cadre du Grand Débat !

Souvent sur ce blog, je lance des ballons d’essai. J’essaie d’exposer des propositions concrètes mais je laisse à chacun l’opportunité de s’en saisir sans moi-même m’engager plus avant. J’ai toujours pensé que cette posture du « et si… » avait du sens et pouvait donner envie d’agir…

Cette fois je me suis moi-même poussé à l’action ! dans mon avant-dernier papier « du grand débat aux petits échanges » j’incitais à organiser un débat un peu différent de la simple remontée de revendications ou de suggestions adressée au « pouvoir ».

Nous avons réussi à quelques-uns, engagés dans plusieurs mouvements citoyens, à mettre au point une rencontre qui aura lieu le 2 mars à Lyon (à la Gourguillonnaise, 4 r. du Cdt Ayasse à Gerland de 14h à 17h30). L’idée est de partir des sujets de questionnement des gens eux-mêmes, de nous réunir en petits groupes pour en débattre et voir concrètement ce que nous pouvons faire et, quand nous constaterons des blocages à l’initiative citoyenne, de remonter ces blocages avec les solutions que nous aurons imaginées pour y remédier.

Ce que j’espère, c’est qu’au cours de ces échanges les participants puissent découvrir des ressources déjà à notre disposition pour agir, ressources que bien souvent nous ne connaissons pas ou mal. La rencontre du 2 mars sera à la fois un vaste Forum Ouvert et une Bourse d’échanges pour faciliter la prise d’initiatives,… sans oublier de faire remonter dans le cadre du Grand débat les pistes imaginées pour faciliter l’initiative citoyenne.

Vous êtes à Lyon ou dans les environs ? Inscrivez-vous vite ! C’est ici.

 

Du Grand Débat aux « petits échanges »

Dix jours qui m’ont donné envie d’y croire à nouveau ! d’ailleurs les hélicoptères se sont faits plus discrets samedi dernier…

Trois SMS en quelques minutes pour me dire d’écouter Bruno Latour sur France Inter vendredi ! Record battu ! J’ai l’habitude d’en recevoir de temps en temps (et c’est super d’être ainsi incité à lire ou écouter tel ou tel) mais jamais en rafale comme vendredi. Que disait Latour de si intéressant ?

Avant d’y venir, quelques mots de météo personnelle en reprenant le fil des 10 derniers jours. Mon dernier papier, écrit pendant « l’acte IX » avec le bruit des hélicos en fond sonore, trahissait une forme de désenchantement ou, pire, d’exaspération face à l’incapacité de part et d’autre à passer à une phase constructive de la crise. J’écris dimanche et mercredi et il s’est passé beaucoup de choses qui m’ont remis dans le mouvement. Continuer la lecture de « Du Grand Débat aux « petits échanges » »

Des hélicoptères dans la tête

Ce texte n’est pas destiné à être lu ! Il n’est pas dans l’esprit de ce blog. J’ai simplement eu besoin de mettre par écrit mon exaspération devant le cours des événements. A lire uniquement si vous êtes dans le même état et que vous voulez vous sentir moins seul-e !

J’écris ce texte samedi après-midi. Une fois encore, les hélicoptères font des rondes dans le ciel lyonnais et j’ai l’estomac noué. Les hélicoptères qui tournoient, dans nos imaginaires, sont le symbole d’une société sous le contrôle de la police ou de l’armée. Cette présence, samedi après samedi, du bourdonnement agressif des rotors, n’est pas une chose banale et pourtant elle semble se banaliser. Le maintien de l’ordre, la grande majorité d’entre nous y est bien sûr attaché. Mais ce qui s’impose à tous, indépendamment de sa situation, c’est une forme de participation à ce maintien de l’ordre. Le bruit nous englobe tous et nous entraîne hors de nous-mêmes. Je suis chez moi, en pantoufles devant mon ordinateur à relever des citations pour le projet d’Imaginarium et brusquement je suis emmené par la pensée sur la place Bellecour où j’imagine immédiatement des casseurs aux prises avec les forces de l’ordre. A moins de me visser des boules Quies jusqu’au fond des oreilles, je ne peux échapper aux hélicoptères en vol stationnaire au-dessus de la ville. Certains vont sans doute se dire : « Ce garçon est bien délicat, le bruit le dérange dans son petit confort d’intellectuel préservé des violences du monde » ; d’autres ou les mêmes penseront que je devrais être solidaire du maintien de l’ordre puisque je réprouve la violence et que ces hélicoptères sont là pour faciliter la prévention des attaques contre les biens et les personnes. Continuer la lecture de « Des hélicoptères dans la tête »

Serpent de mer…

Le texte en pièce jointe, jamais publié, est pour ceux qui connaissent ce blog un vrai serpent de mer. Je l’ai évoqué souvent. Aujourd’hui je trouve utile de le mettre en ligne dans sa version revue en début d’année.

J’ai relu cette nuit le texte que vous allez trouver en pièce jointe. Presqu’un livre… J’espère qu’il pourra être lu et partagé. C’est un texte que je prends et reprends depuis 15 ans. Oui, 15 ans ! Je ne l’ai jamais complètement assumé et encore moins promu car il peut apparaître à certains lecteurs comme relevant d’une démarche antidémocratique puisqu’il ose s’attaquer à l’élection comme seule source de légitimité démocratique en mettant en avant un possible tirage au sort des députés.

Il me semble portant aujourd’hui utile au débat qui s’ouvre sur nos pratiques démocratiques. Je ne voudrais pas, comme cela semble se dessiner, qu’il n’y ait que deux options réellement envisagées : celle du référendum d’initiative citoyenne et celle de la transformation du mouvement des Gilets jaunes en parti présent aux prochaines échéances électorales. Les deux options sont des illusions. Pourquoi les Gilets jaunes échapperaient à ce qui est arrivé à En marche en se transformant en parti ? La logique partidaire ferait instantanément perdre toute originalité à la proposition des Gilets jaunes, vite englués dans la compétition électorale. Les Gilets jaunes, ou beaucoup d’entre eux, semblent avoir compris le risque et refusent d’entrer dans cette logique représentative. L’option qu’ils retiennent est hélas aussi trompeuse : le RIC permet une démocratie plus directe mais elle continue à se limiter à un vote par oui ou par non. Même démultiplié comme en Suisse, même avec un réel débat public préalable, le vote reste le vote. On ne délibère pas, on ne construit pas des solutions adaptées à la complexité par oui ou par non. Ce qui importe le plus en démocratie, ce n’est pas la décision ultime c’est l’ensemble du processus d’intelligence collective, de délibération, en amont qui permet de construire une/des solution-s. C’est dans ce processus qu’il faut que les citoyens puissent s’impliquer. D’où l’utilité du tirage au sort pour désigner des Assemblées de citoyens. A toutes les échelles et sur tous les sujets, ce devrait être la règle. J’ai pour ma part commis le crime de lèse-majesté suprême en m’intéressant au « souverain national », l’Assemblée nationale.

Anticipant en début d’année que le président n’arriverait pas à renouveler l’exercice de la politique, j’ai apporté quelques ajustements à mon texte sur le tirage au sort des députés en tenant compte de ce contexte politique et je l’ai envoyé à plusieurs éditeurs. Ma tentative ayant été sans succès, j’ai remis ce texte dans le tiroir virtuel de mon ordinateur en me disant qu’il y dormirait sans doute encore 15 ans. Il faut reconnaître que mon texte n’est pas d’un genre très publiable. C’est à la fois un essai, un plaidoyer, et une fiction ! Difficile de le ranger dans une catégorie éditoriale. Amené par un inconnu, un « marginal séquent » comme dit amicalement Jean-Pierre Worms, je n’avais pas beaucoup de chances d’être publié, quelle que soit la qualité intrinsèque du texte, bonne ou mauvaise.

L’audience de ce blog n’est pas considérable et les chances que beaucoup de mes « fidèles lecteurs » prennent le temps de lire et de partager cette trentaine de pages est faible, je n’imagine donc pas bouleverser le cours des choses avec ce texte mais je trouverais dommage de ne pas faire une nouvelle tentative de donner à voir ce qui me semble être un vrai germe de changement, 16 ans après m’être fait huer dans une salle parisienne sur ce sujet (je le raconte dans le texte).

J’ai vu plusieurs textes d’intellectuels ces derniers jours qui tentaient de prouver qu’il fallait comprendre le mouvement des Gilets jaunes à partir du point de vue qu’ils travaillent depuis des années. Je n’échappe pas à ce tropisme, j’en ai conscience. Je sais bien ce que disait Maslow : Tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau » ! J’apporte simplement mon clou pensant toujours qu’il est utile, avec cette obstination à éclipse qui me caractérise…

Plus sérieusement, le tirage au sort n’a jamais été pour moi un militantisme, une cause à laquelle je me serais dévoué, parce que ce n’est qu’un clou justement, un outil. Ce qui m’intéresse vraiment, pleinement, c’est plus largement l’idée que la société est en mesure de contribuer à nos fonctionnements démocratiques autrement que par le seul vote. C’est pour ça que je parle de démocratie sociétale depuis tant d’années. Le tirage au sort n’est qu’un moyen, mais compte tenu du contexte actuel, un moyen qui pourrait être utile.

Alors ce texte, le lirez-vous ? Le partagerez-vous ? En tous cas, le voici en pdf ci-dessous.

Tirage au Sort v5-janv2018 (pdf 458kb)

Deux initiatives pour une sortie de crise à la hauteur de l’enjeu

Deux initiatives dans les réseaux auxquels je participe me semblent importantes et porteuses de solutions plus élaborées et plus justes que celles que le Premier ministre puis le Président de la République ont proposées.

Pourquoi chercher des alternatives aux propositions de l’exécutif ? Celles-ci pourront peut-être éviter l’embrasement mais elles ne donnent pas de réelles perspectives de solidarité dans la durée et de démocratie « permanente » (selon l’expression employée un temps par … Alain Juppé !). J’espère qu’elles seront suffisantes pour éviter les violences mais il serait illusoire de penser qu’elles peuvent, à elles seules, résoudre la crise de notre système social et politique dont le Président n’a, semble-t-il, pas encore compris la nature. L’incapacité qu’il a manifesté à lier dans les solutions qu’il proposait justice sociale et transition écologique est frappante. Exit le dérèglement climatique, renvoyé à des jours meilleurs !

Les deux textes ci-dessous ont l’intérêt de mettre en avant une solidarité entre les plus riches et les plus pauvres plutôt qu’une simple aide temporaire à quelques catégories ciblées de la population (salariés au SMIC et retraités) et surtout de proposer des pratiques démocratiques nouvelles permettant une participation des citoyens allant au-delà du simple vote aux élections, quand nos dirigeants ne proposent qu’un « grand débat » sur une multitude de sujets sans lien entre eux (on doit y parler aussi des questions d’identité nationale !) et sans méthode qui rende possible un débouché concret. Continuer la lecture de « Deux initiatives pour une sortie de crise à la hauteur de l’enjeu »