Des pistes pour une pratique imaginative de la participation

Les élections municipales ont placé à la tête des communes des élus souvent favorables à la participation des citoyens. Le passage à l’action est un art périlleux ! quelques pistes pour ne pas choisir entre URGENCE et IMPORTANCE !

Les élus nouvellement installés sont confrontés au dilemme classique entre urgence et importance. On le sait d’avance, c’est l’urgence qui gagne à chaque fois ! Or l’urgence conduit à faire avec les moyens du bord sans rien changer aux pratiques, même lorsqu’elles ne sont pas jugées satisfaisantes. On tombe alors dans le cycle bien connu de la défiance réciproque : les démarches mises en œuvre souffrent des mêmes défauts qu’avant et sont donc déceptives ; les citoyens qui espéraient des changements contestent ou se rétractent, les agents et les élus face à ces réactions vont vite perdre leur enthousiasme. Beaucoup d’énergie aura été déployée en pure perte ou presque.

Comment sortir de ce cercle vicieux ? En transformant l’importance en urgences ! Urgence-s au pluriel parce que l’importance est toujours trop énorme trop protéiforme pour s’insérer telle quelle dans les logiques de l’urgence.

Pour cela il faut démontrer que ces « urgences de l’importance » sont autant de raccourcis créatifs pour aller plus vite dans l’établissement d’un nouveau contrat démocratique, d’une nouvelle relation entre élus, services, citoyens, acteurs sociaux… La définition du contrat démocratique ne doit pas être vue comme un préalable en raison de son importance mais comme une succession de rendez-vous qui vont à chaque fois rendre plus fluide la mise en œuvre de tous les chantiers urgents grâce à une montée en puissance de la qualité de la relation (vision partagée, confiance dans l’organisation mise en place…).

Les quatre URGENCES de l’IMPORTANCE

Même si la priorisation, la planification et la programmation sont indispensables à l’action, elles ne sont jamais suffisantes pour créer la fluidité recherchée et développer de la confiance et l’envie d’agir. Nous proposons d’introduire quatre « ingrédients imaginatifs » qui peuvent faire la différence pour dynamiser la grosse machinerie de la participation. Nous avons retenu volontairement 4 dénominations inhabituelles pour faire image et montrer qu’il s’agit d’intervenir sur un autre plan que le seul fonctionnement rationnel de la participation canonique ! Ce sont des bases pour un contrat démocratique renouvelé (très loin des Chartes de participation pleines de bonnes intentions, et qui parfois figent la participation dans un formalisme démobilisant pour les plus jeunes et les actifs).

Le passage par les FAILLES TEMPORELLES : nous sommes en manque d’imaginaires positifs, de rêves qui poussent à l’action. Nous ne nous projetons pas dans des modes de vie radicalement différents et potentiellement plus riches que nos modes de vie actuels. Le passage par l’anticipation de modes de vie projetés (2054 de préférence) est indispensable pour concevoir une action publique en phase avec les aspirations. Imaginarium-s aide à créer des « failles temporelles » pour mettre en récits l’avenir, « toucher le futur du doigt » et se mettre en mouvement. Ses méthodes simples et ludiques permettent de retrouver de l’ambition, du rêve, de l’énergie.

Les rencontres de CANDIDE : nous voulons tout faire tout de suite et avec des réussites immédiates, résultat : embouteillages, insatisfactions et épuisement s’invitent au programme. Quand nous sommes pris dans l’urgence, il faut des temps de « retour sur terre » créatifs et distanciés. Impossible de résoudre les problèmes créés par une organisation sans introduire un regard neuf, un décalage qui permet de trouver les solutions que l’urgence nous empêchaient de voir : regrouper des chantiers de concertation en faisant des liens entre des questions traitées séparément, pratiquer la subsidiarité active (cf. Pierre Calame), introduire des résultats intermédiaires et des quick wins,… Un point de vue latéral, non impliqué dans les chantiers, extérieur aux questions hiérarchiques peut être d’une grande aide.

Le recrutement de POLLINISATEURS : les citoyens ne sont vus la plupart du temps que comme des « clients » difficiles à satisfaire, des « absents » impossibles à mobiliser mais rarement comme des partenaires pouvant s’impliquer dans la mise en place de réseaux d’acteurs qui seront, au-delà des temps de concertation, les interlocuteurs permanents d’une action publique plus horizontale. La concertation a besoin de citoyens pollinisateurs qui aident à construire des réseaux, qui font des liens entre des thématiques différentes, des échelles différentes. Il faut les repérer et animer leur communauté sans les enfermer dans des cadres trop étroits, les papillons et les abeilles n’aiment pas les filets !

L’invention des ET AU FAIT… : Réunions de coordination, comités techniques, comités de pilotage, les collectivités multiplient les instances formelles, lourdes à préparer, difficiles à réunir et ne produisant que des validations sans plus-value. L’évaluation et les retours d’expérience restent rares et très formels. Le nouveau contrat démocratique doit laisser de la place à l’impromptu, à la sérendipité et à la convivialité qui font avancer incroyablement plus vite que les coordinations formelles. Les points ET AU FAIT doivent être imaginés comme des « after work » de la participation. Des rendez-vous réguliers où chacun est en permanence convié sans être pour autant invité de façon formelle. Elus, services, citoyens, acteurs sociaux savent que tous les lundis de 18 h à 20h on peut venir parler « participation » sans ordre du jour, sans compte-rendu. « Et au fait, vous savez que… vous avez entendu parler de … vous avez lu … » On partage ce qu’on a vu , fait, on rebondit sur le propos d’un autre, on tisse des liens, on engrange des idées… on gagne du temps pour la suite, on rencontre la bonne personne, on découvre une opportunité… Organisation minimale selon le principe du « double tour de parole » [chacun s’exprime à tour de rôle sur un point et un seul ; le deuxième tour permet des rebonds sur les propos des autres (et au fait…) et on termine en prenant les contacts pour aller plus loin avec celles et ceux avec qui on veut aller plus loin.]

Ces quatre « urgences imaginatives » ne sont évidemment pas une recette miracle pour établir un nouveau contrat démocratique. Sans prétendre refonder le système de la participation, sans s’enfermer dans le conseil méthodologique ou l’organisation, l’introduction de ces quatre urgences imaginatives feront évoluer les jeux d’acteurs hors des postures attendues. De cette souplesse retrouvée peut émerger un contrat démocratique plus vivant.

 

Une réflexion sur « Des pistes pour une pratique imaginative de la participation »

  1. Merci Hervé pour ton imagination,
    Juste pour éclairer, voici une invitation à écouter le podcast des chemins de la philosophie concernant les débats qui apportent quelques éléments clés… Des polémiques aux poèmes, des conversations aux salons, des querelles aux pamphlets, a-t-on gagné ou perdu en art du débat, deux siècles plus tard ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/salons-polemique-espace-public-est-ce-quon-debattait-mieux-au-18eme-siecle
    Bonne écoute

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