Une autre entreprise est possible ! – 2ème partie du texte du 25-10

Voici la suite de mon texte sur le pouvoir dans l’entreprise. Si la théorie des parties prenantes et la différence entre droit des sociétés et droit de l’entreprise, évoqués dans la 1ère partie, sont des sujets déjà débattus, cette deuxième partie s’éloigne des chemins balisés. J’espère des réactions !!

Dans la théorie des parties prenantes, tous ceux qui contribuent au bon fonctionnement des entreprises sont représentés … sauf les entrepreneurs ! Un paradoxe ! Les parties constituantes au cœur du projet entrepreneurial et du partage de la valeur ajoutée sont en théorie les actionnaires et les apporteurs de travail. L’entrepreneur n’a aucune place en tant que tel. Il est soit dans une des deux catégorie, apporteur de capital ou dirigeant salarié, soit en arbitre entre les deux catégories.

On a vu que les actionnaires n’étaient la plupart du temps rien d’autres que des financiers sans lien avec le projet entrepreneurial. Un fonds de pension n’est pas réellement partie prenante puisque son seul projet est la maximisation des revenus de son capital. Une illustration par l’absurde en est donnée par le passage de Sébastien Bazin d’actionnaire d’Accor à PDG : il a fait l’inverse de ce qu’il exigeait en tant qu’actionnaire une fois devenu patron ! Et il se révèle un plutôt bon patron d’Accor alors qu’en tant qu’actionnaire, il exigeait un démantèlement de l’entreprise qui n’aurait plus été qu’un opérateur de tourisme sans la propriété (et la responsabilité) de ses investissements hôteliers. Le fait d’être propriétaire d’une part du capital de l’entreprise ne conduit donc pas automatiquement à faire que l’on soit un acteur pertinent des choix que doit faire l’entreprise.

Les salariés sont-ils plus à même de faire ces choix ? Leur intérêt à la pérennité de l’entreprise est évidemment supérieur de même que leur connaissance concrète du fonctionnement de l’entreprise. Mais dès que l’entreprise dépasse une certaine taille, qu’en connaissent réellement les salariés lorsqu’ils sont simples opérateurs sans désir particulier de s’investir dans la marche de leur entreprise qu’ils voient avant tout comme un gagne-pain ? Qu’on soit clair : ce n’est pas une question de niveau social ou de compétence. De nombreuses coopératives ont réussi à fonctionner avec des salariés de base aux commandes. Nécessité fait loi et des personnalités se révèlent en situation. En revanche, nous n’avons pas tous le même désir d’être partie prenante du fonctionnement de l’entreprise qui nous emploie. Et c’est légitime ! Même dans les coopératives, on peut trouver une cohabitation de coopérateurs et de simples salariés. Continuer la lecture de « Une autre entreprise est possible ! – 2ème partie du texte du 25-10 »

Libéraux, soyez cohérents : luttez contre l’absolutisme d’aujourd’hui ! – 1ère partie

Il y a longtemps que j’ai envie d’écrire sur ce qui reste un impensé dans nos démocraties : l’entreprise en tant qu’institution. Voilà la première partie d’un texte long qui, je l’espère, suscitera des commentaires. D’où le titre provocateur !

Face à l’urgence du Vivant, quel est le bon combat ? Je me faisais cette réflexion en écoutant une juriste participer à la séance d’ouverture du Festival Vivant. Elle présentait le droit de l’environnement comme une avancée majeure (avec l’écocide comme but à atteindre) alors que pour moi, même avec l’écocide, on en reste à un droit défensif qui n’anticipe pas le système juridique de l’avenir. Il est certes utile de défendre les droits des fleuves et des forêts mais on admet ce faisant que l’enjeu est de réduire l’impact du système économique actuel, pas de le changer.

Qu’est-ce qui est à reconstruire en priorité ? Qu’est-ce qui nous bloque dans un présent qui n’est plus viable ? C’est en écoutant cette juriste évoquer le droit de l’environnement que la chose m’est apparue encore plus nettement qu’avant : le cadre juridique de l’entrepreneuriat est central. C’est ce cadre juridique qui a accompagné la révolution industrielle et, hélas, le passage à l’anthropocène et à l’hubris dans lequel nous nous enfermons. On n’entrera pas dans le monde d’après sans un cadre juridique entièrement transformé. J’ai déjà écrit sur la nécessité de revoir le droit de propriété mais c’est plus spécifiquement le droit de l’entreprise qu’il faut envisager sur des bases radicalement nouvelles.

Alors que le libéralisme a historiquement lutté contre l’absolutisme royal, il a laissé s’installer un absolutisme entrepreneurial qu’il devrait aujourd’hui combattre comme il a combattu autrefois la monarchie absolue.

Tout le monde reconnait que les grandes entreprises transnationales sont aujourd’hui beaucoup plus puissantes que les Etats incapables (et peu désireux) de leur contester leur suprématie. Si au début du XXème siècle, on n’a pas trop hésité à défaire les monopoles du pétrole et de l’acier, qu’on a encore réussi à séparer les activités d’AT&T au début de ce siècle, aujourd’hui le simple fait de faire payer des impôts à Google relève de l’exploit. Que font les libéraux contre l’absolutisme économique ? Il est frappant de voir que les lois de l’économie sont devenues les « lois naturelles » et que, comme les lois divines au XVIIIème siècle, elles ne peuvent être discutées (sauf par des impies). Pourquoi ce qui a été considéré comme insupportable aux libéraux au temps des Lumières ne l’est-il pas aujourd’hui ? Pourquoi les libéraux contemporains restent-ils focalisés sur le pouvoir d’Etat qui est désormais résiduel alors qu’ils restent muets sur le pouvoir économique démesuré et hyper-concentré ? Avons-nous à ce point été domestiqués que la liberté ne nous est plus vitale ? Sommes-nous tous devenus semblables au chien de la fable qui n’envie même plus la liberté du loup ?

Voici ce que je propose à tout libéral conséquent d’envisager sérieusement. C’est radical j’en conviens mais c’est à mon sens réellement libéral !

Une approche radicalement libérale doit naturellement s’appuyer sur le droit. C’est bien par le droit que le libéralisme s’est manifesté à la fin du XVIIIème siècle avec la Déclaration des Droits de l’Homme, le droit constitutionnel et le code civil. Continuer la lecture de « Libéraux, soyez cohérents : luttez contre l’absolutisme d’aujourd’hui ! – 1ère partie »

Avec Jean-Pierre Worms

Quelques mots sur un compagnonnage… qui s’interrompt un peu trop brutalement

Jean-Pierre Worms est mort hier et j’ai de la peine à le croire. J’ai aussi de la peine, tout court. La dernière fois que je l’ai eu au téléphone, j’avais bien senti que la maladie progressait incroyablement vite ; Jean-Pierre pour la première fois laissait transparaître sa fatigue. En raccrochant, alors qu’il venait de me dire qu’il ne remarcherait sans doute pas, je comprenais qu’en fait sa vie allait s’interrompre. Lors de notre dernier déjeuner en avril, juste avant qu’il découvre sa maladie (il n’avait alors qu’un problème de hanche qu’il espérait résoudre par une « simple » intervention chirurgicale), il était comme je le connaissais depuis près de 20 ans : enthousiaste et projeté vers l’avenir. Depuis déjà quelques années, tout ce qu’il entreprenait était placé sous le signe de l’urgence. Les transformations en cours n’allaient pas assez vite et les logiques mortifères de l’hubris risquaient de compromettre l’avenir. Il recherchait toutes les initiatives qui pouvaient accélérer les transformations. Jean-Pierre a été fauché en plein élan, c’est sans doute ce qui est le plus dur. Bien sûr, il allait avoir 85 ans mais il n’était pas en fin de vie, tourné vers un passé qu’il aurait pu regarder avec la satisfaction du devoir accompli, Il était encore et toujours de tous les combats, nous poussant à agir, saluant les avancées, alertant sur les risques. Récemment, il me confiait avoir 10 ans devant lui pour agir, heureux de ne pas avoir trop de soucis de santé et encore assez d’énergie pour accompagner les initiatives qui lui paraissaient aller dans le bon sens.

Ce blog, c’était un peu celui de Jean-Pierre. J’ai découvert en préparant ce billet que je l’ai mentionné 12 fois, que nous avons co-écrit au moins deux textes et que j’ai publié un papier de lui, justement consacré à l’urgence d’agir. Il me disait souvent que j’étais un peu sa plume, lui qui (prétendait-il) avait du mal avec l’écrit. J’avoue en avoir toujours été très fier et j’étais toujours heureux comme un gamin quand il faisait un commentaire élogieux (il n’en était pas avare et bien sûr pas qu’avec moi !). J’y étais d’autant plus sensible que vers la fin des années 90, j’avais lu un article de lui sans le connaître encore dont je m’étais dit que j’aurais pu l’écrire, mot pour mot. Cette sensation, je ne l’ai eue qu’une fois à ce point. Ma première rencontre avec Jean-Pierre a donc été écrite… et puissante. J’ai aussi un souvenir très vif de la manière dont nous nous sommes rencontrés. Didier Livio avec qui je travaille, me hèle à au moins trois ou quatre cases de marelle du bureau où je suis installé (les bureaux de Synergence sont à l’époque installés dans un ancien atelier tout en longueur du passage du cheval blanc à la Bastille ; sur toute la longueur un tapis s’étend devant les verrières et une immense marelle y a été dessinée). « Au fait, il faut que je te parle d’un projet qui devrait t’intéresser, le Laboratoire du futur, c’est Jean-Pierre Worms qui s’en occupe. Tu le connais ? » J’ai évidemment sauté sur l’occasion de voir en vrai ce sociologue dont je me sentais si proche sans le connaître ! Et je l’ai rencontré à une réunion du Labo et les choses se sont enchaînées naturellement. Jean-Pierre a tout de suite cru au projet des Ateliers de la Citoyenneté et l’a accompagné. Nous ne nous sommes plus quittés même quand nous passions plusieurs mois sans nous voir.

Je vous invite à relire ce texte de lui. Son urgence est toujours actuelle et il n’est plus là pour nous pousser à l’action. Nous devons donc prendre le relais.

https://www.persopolitique.fr/993/urgence-de-la-transition-necessite-de-sa-mise-en-oeuvre/

 

 

Canicule, un autre rapport AUX temps

Et si le temps qu’il fait (weather) et le temps qu’il est (time) étaient en train de muter, peut-être même de permuter dans notre manière d’appréhender le monde ? Et si la canicule nous conduisait à prendre davantage en compte les degrés Celsius que les minutes ?

Habitant à Lyon, comme beaucoup de Lyonnais sans clim chez eux et au travail, sans jardin ou piscine, j’ai vraiment été affecté par la canicule et même si cette semaine nous n’étions plus officiellement en canicule, la réalité d’appartements surchauffés et l’absence de rafraîchissement nocturne nous a maintenus dans un état physique et mental… atténué ! Nous fonctionnons au ralenti. Des nuits courtes et qui pourtant n’en finissent pas, ponctuées d’aller-retour pour boire, ouvrir les fenêtres vers 2 ou 3 heures du matin, se passer de l’eau sur la figure… Des journées où l’on cherche avant tout à s’économiser en réduisant la lumière (à quelle heure fermer les fenêtres côté est et côté ouest), les déplacements (quel chemin prendre entre la maison et le café pour rester à l’ombre le plus longtemps), le temps passé devant l’ordinateur (quelle note est vraiment urgente, quelle activité faire sans taper sur ce clavier…).

Il existe des exercices où l’on peut, grâce à des lunettes spéciales, découvrir comment on voit le monde en ayant trop bu. J’ai eu l’impression d’avoir fait un exercice du même genre : j’ai découvert le rythme que j’aurai sans doute avec 10 ou 15 ans de plus. Mais désormais ce ralentissement du rythme de vie n’est plus une affaire d’années qui passent mais de températures qui montent.

Et bien sûr je sais que je ne suis pas à plaindre, j’ai pu faire des « pauses » en allant chercher deux nuits de fraîcheur dans un hôtel lyonnais doté de la clim et de grandes piscines extérieure et intérieure, touriste dans ma propre ville. Mais quelle peut être la vie d’un habitant du Rajasthan confronté à des températures de 50° privé d’eau et dans l’attente désespérée de la mousson ? Des milliards d’êtres humains vont désormais vivre sur une Terre à peine habitable.

Nous occidentaux qui mesurons le temps humain à la minute voire à la seconde et sommes si souvent exaspérés quand, dans les pays du Sud, le rapport au temps se fait plus élastique, nous sommes peut-être en train de découvrir que nous allons nous aussi devoir composer entre le temps qui passe et le temps qu’il fait. Il va nous falloir abandonner notre focalisation folle sur les minutes à gagner, le « juste à temps » quelles que soient les circonstances, pour partir à la découverte d’autres critères d’efficacité dans le travail et de satisfaction dans nos vies quotidiennes. L’urgence climatique vient mettre à mal notre vie placée sous le signe de l’urgence temporelle. Oui, nous allons devoir trouver le moyen de sortir de l’accélération. Et nous comprendrons sans doute comme nous l’a fait entrevoir Hartmut Rosa, que le contraire de l’accélération n’est pas le ralentissement mais ce qu’il appelle la résonance, la connexion aux autres, au monde et à soi. Ralentir, ce serait encore garder la vitesse comme critère d’appréciation. Se relier, résonner avec le monde conduit bien sûr à un ralentissement mais un ralentissement qui n’est pas une fin mais une conséquence de l’attention portée à nouveau à ce/ceux qui nous entoure.

Sur la passerelle qui relie la gare de Perrache au métro, un écran affichait la température absolument étouffante qu’il faisait à mon retour de Paris : 51° ! Des gens s’arrêtaient pour prendre l’écran en photo tant ça paraissait incroyable. Si la mesure du temps va devoir être moins prégnante et prescriptive, la mesure des degrés va devoir de plus en plus guider nos vies. Déjà l’urbanisme tente de réduire les îlots de chaleur urbains (cette passerelle est aujourd’hui une aberration avec sa couverture en plexi à peine teinté). Mais ce sont nos vies quotidiennes qui vont être rythmées par le temps qu’il fait. Le droit du travail a intégré la question de la canicule, sans doute faudra-t-il imaginer des modes de vie différenciés entre saison chaude et saison fraîche. L’attention à nos manières d’habiter va être cruciale puisque le recours généralisé à la climatisation serait le type même du faux remède qui aggrave le mal global en apportant un mieux local. On va découvrir les tours éoliennes et les patios des civilisations du Sud qui savaient composer avec la chaleur !

Mais bien sûr cette attention au temps qu’il fait ne sera efficace que si elle s’articule à une moindre préoccupation du temps qui passe. Nous devrons peut-être mettre davantage de thermomètres dans l’espace public que d’horloges !

La canicule, qui tire son nom de l’étoile Sirius, autrefois appelée Canicula (petite chienne), correspondait, à l’époque romaine, à la période des chaleurs les plus intenses de la fin juillet à la fin août – période où Sirius/Canicula, se lève et se couche en même temps que le Soleil. La canicule était donc un repère temporel, inscrit dans la course des astres. Une canicule en juin est donc au sens premier une aberration calendaire. Le dérèglement actuel du climat nous oblige à sortir de l’ordre immémorial des choses pour inventer en une décennie des modes de vie radicalement en rupture avec notre rapport au temps. Plus que jamais il faut croire à la puissance de nos imaginaires[1] pour éviter de sombrer dans la folie ou le fatalisme.

 

 

[1] La première rencontre de l’Imaginarium-s, organisée avec une vingtaine de participants pour tracer les contours de nos premières expéditions a tourné pour une part autour de ces questions du temps. Un signe encourageant de nos alignements en cours. A suivre bientôt sur www.imaginarium-s.fr

La vie avec des cartes d’alimentation biodiverse

Le Vivant dans son ensemble est menacé et non telle ou telle espèce. Les réactions au rapport de l’IPBES sont trop générales pour avoir le moindre impact. Et si on cherchait un moyen d’action opérant ? Voici une tentative.

Longtemps je suis resté insensible aux questions de biodiversité qui me semblaient réduites à la « protection de la nature ». La protection des rhinocéros blancs ou des tritons palmés me laissaient, je l’avoue, assez indifférent. Je ne m’y suis intéressé que lorsque j’ai réellement compris de quoi on parlait : du Vivant et de l’habitabilité de la Terre. La notion de Vivant aide à voir que toutes les formes de vie sont liées et que l’équilibre de leurs relations permet un monde habitable. L’antispécisme qui finit par sacraliser la nature est aussi dangereux que l’extractivisme qui n’y voit qu’un réservoir qu’on peut vider sans dommage. Depuis plusieurs mois, je travaille avec Dorothée Browaeys à la mise en place d’un festival sur l’urgence de pactiser avec le Vivant ce qui me rend toujours plus attentif à cette question. Alors évidemment, le rapport de l’IPBES sur l’état de la vie sur Terre, et surtout les réactions qu’il suscite, m’amènent à prendre la parole sur ce sujet qui m’est moins familier que la question démocratique. Il ne s’agit bien sûr pas de l’aborder sur le registre scientifique mais sur le registre politique et sociétal.

Avant d’entrer dans le cœur de ce que je veux évoquer ici, j’aimerais recommander la lecture de la dernière BD de l’anthropologue-dessinateur, Alessandro Pignocchi, La recomposition des mondes parce qu’elle aide à bien comprendre ce qu’est le Vivant. L’auteur, après deux BD d’anticipation poursuit son exploration d’un monde où la séparation Nature-Culture, sur laquelle s’est construit l’Occident, ne serait plus opérante. Il le fait cette fois à propos de la ZAD de Notre-Dame des Landes avec humour et profondeur.

Le Vivant devient un véritable sujet politique et on ne peut pas dire que le rapport de l’IPBES soit sorti dans l’indifférence générale. Il était à la Une de tous les médias, le président de la République est sorti sur le perron de l’Elysée pour dire toute l’importance qu’il accordait au sujet. Des pétitions, des tribunes ont suivi. Jusqu’ici le climat focalisait l’attention, désormais nous avons deux sujets de préoccupation traités presque avec le même sens de l’urgence. Pourtant, plus encore que pour le climat, on ne peut s’empêcher de ressentir un malaise profond. Avec des indicateurs de mesure clairs pour les GES, des engagements chiffrés depuis la COP 21 et des feuilles de routes nationales, nous n’avons pas avancé d’un iota sur la question énergie-climat ; pour la biodiversité la situation est pire car nous n’avons rien de tout ça… Il n’est évidement ni possible ni souhaitable de définir un indicateur global de « perte de biodiversité » puisque c’est son incommensurabilité qui fait sa richesse. Plus encore que pour les GES, on n’est pris de vertige par la diversité des questions à prendre en compte, bien au-delà de la « protection » d’espèce menacées. Déforestation, surpêche, artificialisation des sols, pollutions, dérèglement climatique, le nombre de révisions radicales à entreprendre est considérable. Enfin même si on n’y prêtait pas encore beaucoup d’attention, la communauté internationale s’était déjà fixé des objectifs sur la diversité biologique à Aichi, au Japon… en 2010. Aucun ou presque n’a eu le début d’une mise en œuvre. Aujourd’hui les exhortations à agir tombent à plat, tant elles sont générales (Voir celle des artistes, sportifs et intellectuels). Continuer la lecture de « La vie avec des cartes d’alimentation biodiverse »

Démocratie, une réforme discrète ?

Les propositions d’Emmanuel Macron sur la démocratie s’intéressent aux pratiques réelles pas seulement aux dispositifs institutionnels. C’est moins spectaculaire mais plus prometteur.

Le constitutionnaliste Dominique Rousseau rappelait, dans un très bon article publié par AOC, qu’en 1974, on s’était moqué de la réforme constitutionnelle qui ouvrait la saisine du Conseil constitutionnel aux parlementaires. Ce qui semblait anecdotique à l’époque a été en réalité le point de départ d’un contrôle de constitutionnalité toujours plus étendu. La modernisation de la démocratie passe souvent par des voies discrètes. A contrario, le battage médiatique du passage au quinquennat qui devait a priori nous rapprocher des pratiques des grandes démocraties anglaises ou américaines nous a hélas enfermés dans un présidentialisme sans contrepouvoirs affirmés et à l’horizon trop courtement électoral. Les grandes réformes ne sont pas toujours celles qui occupent le devant de la scène.

Que va-t-il en être des annonces du Président concernant la démocratie en conclusion du grand débat ? Peut-on prendre paradoxalement comme une bonne nouvelle le fait qu’elles n’aient pas suscité beaucoup de réactions ? Je ne suis pas loin de le croire. Continuer la lecture de « Démocratie, une réforme discrète ? »

Après le Grand débat ?

Deux mois de Grand débat, un mois pour tirer les conclusions : la presse trouve le temps long ! Que l’on sorte pour une fois de la précipitation m’a à l’inverse plutôt réjoui ! Saurons-nous en faire un AVANT et pas seulement un APRES ?

Laisser opérer une forme de décantation est sage. On le sait bien, avec des conclusions tirées trop vite, il n’y avait aucune chance de créer une rupture avec les pratiques politiques habituelles. Ce n’est pas la synthèse algorithmique des dizaines de milliers de documents et de contributions diverses qui peut permettre de faire émerger des propositions fortes de ce remue-méninges collectif. Si l’on se précipite sur « les dix mesures plébiscitées par les Français », on restera dans le ressassé et on laissera de côté les milliers d’autres pistes qui avaient tout autant, ou presque, suscité de contributions. Plus fondamentalement, l’idée que des « mesures » puissent changer la donne est une illusion. On a d’ailleurs bien vu que les mesures prises en décembre ont été très vite considérées comme des miettes et presque aussitôt oubliées dans l’attente d’autres mesures, plus spectaculaires, plus radicales. Plus, toujours plus. L’approche par les mesures est une impasse.

L’idéal serait bien sûr l’annonce d’un changement de cap, d’une conversion à l’urgence écologique, d’une prise en compte, autrement qu’en paroles, des désagrégations sociales qui minent notre pays. Mais si nous l’avons espéré avec la remise du rapport Borloo ou à la suite de la démission de Nicolas Hulot, le changement de cap n’est certainement pas à l’ordre du jour.

Faut-il dès lors ne plus rien attendre et s’habituer à vivre la coexistence d’une contestation sociale récurrente, sporadiquement violente, et d’une technocratie continuant vaille que vaille sa « modernisation »… jusqu’à ce qu’un régime populiste les remplace ?

Et s’il restait une voie étroite que nous puissions utilement explorer ? Une voie qui n’obligerait pas le Président à se renier, une voie qui permettrait aux personnes de se sentir prises en compte, qu’elles aient été Gilets jaunes ou Marcheuses pour le climat. Utopique ? Sans doute mais j’avoue préférer chercher inlassablement cette voie étroite qui peut-être pourrait contribuer à éviter la propagation de la violence et de son double, la répression. Continuer la lecture de « Après le Grand débat ? »

Des colères aux initiatives, Lyon Gerland, 2 mars à 14h

Et si nous passions, au moins cette fois-ci, de l’échange numérique à la rencontre physique ? Possible le 2 mars, à Lyon… dans le cadre du Grand Débat !

Souvent sur ce blog, je lance des ballons d’essai. J’essaie d’exposer des propositions concrètes mais je laisse à chacun l’opportunité de s’en saisir sans moi-même m’engager plus avant. J’ai toujours pensé que cette posture du « et si… » avait du sens et pouvait donner envie d’agir…

Cette fois je me suis moi-même poussé à l’action ! dans mon avant-dernier papier « du grand débat aux petits échanges » j’incitais à organiser un débat un peu différent de la simple remontée de revendications ou de suggestions adressée au « pouvoir ».

Nous avons réussi à quelques-uns, engagés dans plusieurs mouvements citoyens, à mettre au point une rencontre qui aura lieu le 2 mars à Lyon (à la Gourguillonnaise, 4 r. du Cdt Ayasse à Gerland de 14h à 17h30). L’idée est de partir des sujets de questionnement des gens eux-mêmes, de nous réunir en petits groupes pour en débattre et voir concrètement ce que nous pouvons faire et, quand nous constaterons des blocages à l’initiative citoyenne, de remonter ces blocages avec les solutions que nous aurons imaginées pour y remédier.

Ce que j’espère, c’est qu’au cours de ces échanges les participants puissent découvrir des ressources déjà à notre disposition pour agir, ressources que bien souvent nous ne connaissons pas ou mal. La rencontre du 2 mars sera à la fois un vaste Forum Ouvert et une Bourse d’échanges pour faciliter la prise d’initiatives,… sans oublier de faire remonter dans le cadre du Grand débat les pistes imaginées pour faciliter l’initiative citoyenne.

Vous êtes à Lyon ou dans les environs ? Inscrivez-vous vite ! C’est ici.

 

Du Grand Débat aux « petits échanges »

Dix jours qui m’ont donné envie d’y croire à nouveau ! d’ailleurs les hélicoptères se sont faits plus discrets samedi dernier…

Trois SMS en quelques minutes pour me dire d’écouter Bruno Latour sur France Inter vendredi ! Record battu ! J’ai l’habitude d’en recevoir de temps en temps (et c’est super d’être ainsi incité à lire ou écouter tel ou tel) mais jamais en rafale comme vendredi. Que disait Latour de si intéressant ?

Avant d’y venir, quelques mots de météo personnelle en reprenant le fil des 10 derniers jours. Mon dernier papier, écrit pendant « l’acte IX » avec le bruit des hélicos en fond sonore, trahissait une forme de désenchantement ou, pire, d’exaspération face à l’incapacité de part et d’autre à passer à une phase constructive de la crise. J’écris dimanche et mercredi et il s’est passé beaucoup de choses qui m’ont remis dans le mouvement. Continuer la lecture de « Du Grand Débat aux « petits échanges » »

les gilets jaunes ne doivent pas devenir des tuniques de Nessus

Encore les Gilets jaunes ?! J’espère sincèrement que c’est la dernière fois, cela voudrait dire que la spirale infernale ne s’est pas enclenchée. C’est encore possible si nous sortons des postures et des caricatures.

Les Gilets jaunes sont-ils casseurs ou bon enfant ? autonomes ou manipulés ? individualistes ou solidaires ? de gauche ou de droite ? de la campagne ou du péri-urbain ? incultes ou inventifs ? gentils ou méchants ? Cette liste d’oppositions binaires pour tenter de définir qui « sont » les Gilets jaunes est évidemment absurde puisque dans le même temps chacun reconnait que le mouvement est immensément divers. Pour autant, depuis 3 semaines, à un moment ou à un autre, chacun a tenté de faire rentrer le mouvement dans une de ces cases !

Ah ! ce goût pour l’ontologie, l’essence des choses, la définition, la taxinomie ! Et si cette manière de voir était tout bonnement incompatible avec la réalité observée ? Une réalité éminemment mouvante, indécidable. Continuer la lecture de « les gilets jaunes ne doivent pas devenir des tuniques de Nessus »