Outrecuider

Outrecuidance, faits alternatifs et imaginaire : et s’il était temps d’outre-penser ?!

Un ami me fait remarquer la bizarrerie d’outrecuidance. Littéralement c’est aller au-delà de … la cuidance ! On peut aller outre-mer mais il est en effet étonnant de pouvoir aller au-delà de quelque chose dont on ne sait rien. Alors un passage par le désormais éternel Alain Rey (décédé le mois dernier mais toujours consultable dans ses indispensables dictionnaires) nous informe que la cuidance a bien existé, du verbe cuider, forme populaire de cogiter. La cuidance, c’est donc la pensée et l’outrecuidance nécessairement l’outre-pensée ! Penser au-delà des limites, au-delà de ce qui est jugé acceptable : tout à coup l’outrecuidance devient plus sympathique ! Elle n’est pas simple fatuité, insupportable prétention, vaine présomption. Elle est une pensée hors des cadres avec bien sûr le risque de verser dans l’excès ou l’insignifiance. Pourquoi cette outre-pensée a-t-elle si mauvaise réputation ? J’aimerais bien savoir comment on utilisait le mot quand on en avait encore la mémoire de la cuidance. Avait-il déjà cette connotation négative ? Je me dis que c’est en oubliant la signification de la cuidance qu’on a réduit l’outrecuidance à son versant négatif. Je ne vais pas avoir l’outrecuidance de chercher à réhabiliter ce mot mais j’avoue que cette pensée au-delà des convenances me séduit quand tant de propos parfaitement dans les clous manquent de saveur. Et si nous tentions d’ « outrecuider », de faire preuve d’imagination en quittant le confort de la pensée commune quitte à choquer ou à s’égarer ? Je sais qu’en disant cela, je risque d’être pris pour un promoteur des « faits alternatifs ». Mais en réalité ceux qui s’aventurent sur ces chemins de la post-vérité n’outre-pensent pas, ils infra-pensent au contraire. Ils s’enferment dans la croyance, dans les certitudes bornées. Outre-penser n’est pas se libérer de la raison ou de la vérité c’est réintroduire du potentiel, le « Et si… » des hypothèses, même les plus étonnantes, pour que de l’inédit, de l’inouï puisse advenir et non la seule répétition d’un jour sans fin !

Un mot encore, sur outremer. Le bleu marine existe, pourquoi avons-nous éprouvé le besoin d’explorer un bleu « au-delà du marine » ? il n’y a pas d’ultrarouge (plutôt un infrarouge). Comme – nous venons de l’évoquer – on peut tenter d’aller au-delà de la pensée, il est également possible de se perdre dans la profondeur liquide des bleus intenses. Le lapis lazuli qui a reçu le premier cette dénomination d’outremer est, rappelons-nous, la pierre qui, broyée, a donné les teintes de bleu les plus bouleversantes du Moyen-âge, des ciels des fresques de Giotto aux vitraux de Chartres. Un bleu qui nous entraîne à … outrecuider, au meilleur sens d’un terme oublié.

PS / deux propositions si vous voulez jouer avec les mots :

  • L’ami qui m’a incité à me saisir du mot « outrecuidance », Jean-Pierre Texier, propose un « commerce des pensées » avec un exercice original à découvrir ici.
  • Imaginarium-s vous invite à la production d’un « cadavre exquis » qui nous amène à imaginer la santé en 2054, quand le covid-53 ne nous fera même plus peur !

Déconfinons le débat !

Je ne parle pas ici du confinement face au Covid mais de la nécessité de sortir du confinement de notre débat à l’égard de l’islamisme que je trouve particulièrement étouffant alors que nous avons des enjeux autrement lourds, j’ose le dire même si ça heurte certains …

Si nos corps sont à nouveau confinés, nos esprits n’ont malheureusement pas attendu l’annonce présidentielle pour se confiner dans un débat stérile et obsessionnel. Depuis l’assassinat de cet enseignant dont on a bien vite fait un héros comme pour se rassurer, j’assiste, silencieux, à ces tempêtes véhémentes autour de principes tellement assénés qu’ils en perdent toute réalité concrète. Chacun cherche à enfermer l’autre dans des catégories définitives et vaines : islamogauchistes, islamophobes, laïcards, naïfs aveugles, idiots utiles de l’internationale djihadiste … Et ces qualificatifs ne sont pas échangés seulement sur les réseaux sociaux, je les ai retrouvés tels quels sur une liste de débat entre intellectuels a priori de bonne volonté.

La décapitation d’un enseignant d’histoire par un tchétchène fanatisé a ouvert un nouveau cycle de violences atroces, mais limitées. Le risque pour chacun d’être égorgé est infime et pourtant la psychose collective finit par nous faire croire que nous risquons personnellement notre vie… alors que statistiquement c’est évidemment infondé. Comme à chaque vague d’attentat, la rationalité est balayée. Comme à chaque fois, la rhétorique guerrière des chaînes d’info et des politiques me semble incroyablement disproportionnée en raison de l’effroyable caisse de résonnance qu’on offre systématiquement aux barbares. Ce qui donne automatiquement la victoire au « djihadisme d’atmosphère » selon la juste formule de Gilles Kepel.

Je ne peux ni ne veux me résoudre à réduire notre vision du monde à ce combat contre le « séparatisme ».  Des combats autrement importants pour notre survie sont à mener, même s’ils ne sont même plus mentionnés par le président quand il nous rappelle dans sa dernière allocution que « très peu de génération auront eu comme la nôtre autant de défis ensemble ». Il cite : « Cette pandémie historique, les crises internationales, le terrorisme, les divisions de la société et une crise économique et sociale sans précédent liée à la première vague » mais pas un mot sur la crise écologique et le combat pour le maintien de l’habitabilité de la terre ! Cet oubli me paraît plus gravement significatif que l’absence du mot « culture » qui lui a été reproché.

Comme toujours je refuse de me laisser emporter dans la vague de ressentiment qui peine à séparer terrorisme, islamisme et Islam ou bien dans le raidissement des républicains trop sûrs de la pureté de principes magnifiques mais que nous faisons si mal vivre au quotidien. Où est l’aveuglement, où est la naïveté ? On reproche aux « naïfs » des années de complaisance à l’égard des dérives islamiques qui déferleraient aujourd’hui mais n’est-il pas naïf ou insensé de penser pouvoir faire adhérer à un pacte républicain des jeunes qu’on laisse aux marges de la société ? Le social et le religieux sont bien sûr deux sphères distinctes mais qui peut nier qu’elles interagissent ? Oui le djihadisme international se nourrit de l’absence d’idéal d’un monde où la croissance de la consommation semble le seul horizon, quels que soient les pays. Et la France n’a pas le monopole des terreaux fertiles pour le fanatisme.

Comment se fait-il que nous nous enfermions à ce point dans un débat sans fin ?  Ce qui me frappe c’est que ces argumentations contradictoires ne laissent pas prise au doute ni à la falsification empirique. Elles ne sont ni vraies ni fausses : elles racontent des peurs et des espoirs. Peur pour les uns que l’islamisme détruise notre modèle social et espoir qu’une laïcité de combat réussisse à vaincre l’hydre terroriste. Peur pour les autres que la logique de guerre détourne une partie de la jeunesse du pacte national et espoir qu’une laïcité apaisée réduise l’attractivité du salafisme chez les moins intégrés.

Quand je cherche ce que nous avons en commun, par delà nos oppositions, je trouve le refus du déchirement de la communauté nationale. Nous ne sommes pas d’accord sur ce qui la met en cause mais nous voulons les uns et les autres une société plus soudée. Partons de là pour essayer d’avancer ! Je n’ai pas trouvé fausse la formule de Macron (à propos de son autre guerre, contre le virus) : « nous nous étions habitués à être une société d’individus libres, nous devons apprendre à devenir une nation de citoyens solidaires ». Il n’est sans doute pas très pertinent de sembler opposer liberté et solidarité mais il est clair que des individus libres peuvent oublier leurs interdépendances et la nécessaire solidarité que la citoyenneté rend possible. Ce n’est pas la liberté que le président stigmatisait mais l’individualisme délié et indifférent au bien commun. Revenons donc à cette idée de « cohésion nationale ». Là on peut passer de l’opposition stérile à la tension féconde. Les uns voient la cohésion comme un préalable qui passe par la reconnaissance d’un héritage commun et l’exclusion de ceux qui ne s’y rallient pas. Les autres voient possiblement la cohésion comme un projet qui se réalise dans la construction d’un avenir commun en tendant la main à ceux qui peinent à se reconnaître dans un pacte dont ils considèrent que nous les excluons par avance. La cohésion des uns est contractuelle, la cohésion des autres serait davantage expérientielle. Autrement dit encore : avoir ensemble un patrimoine ou faire œuvre ensemble. Mais pour « faire ensemble » on a besoin de se reconnaître légitime à participer à une œuvre commune et pour « avoir ensemble » c’est plus simple de se le prouver mutuellement en agissant ensemble. L’écart, comme dit François Jullien, est une ressource ! Travaillons donc A LA FOIS à recréer de la cohésion par l’accueil d’un héritage et par la construction d’un futur. Ne vouloir agir que sur la transmission des valeurs risque sans doute de rester vain.

Nous aurons d’autant plus de cohésion nationale que nous prendrons des orientations ambitieuses pour dessiner un avenir commun. Or nous le savons, nous avons à mener une métamorphose écologique et démocratique sans précédent dans les dix ans à venir. Détournons les jeunes de la tentation islamiste en offrant résolument une place à chacun dans le projet national de refaire le monde et châtions sans fléchir ceux qui bafouent sciemment la concorde. Il ne faut pas opposer les deux dimensions de la cohésion nationale, celle qui suppose l’attachement à un pays et celle qui relie des citoyens mus par un même dessein, elles sont nécessaires l’une et l’autre. Pour une fois la formule « en même temps » prend tout son sens. Mais pour que ce « en même temps » ait un sens, nous devons urgemment retrouver « le goût de l’avenir » selon la belle expression qu’avait proposée Jean-Claude Guillebaud !

Nous avons devant nous un chantier gigantesque, inventer le monde habitable de demain, il doit pouvoir être source de cohésion à condition d’en faire notre obsession commune. Des mots, des images, sont à trouver d’urgence pour convier les ouvriers ! Ce n’est certainement pas en ressassant nos peurs que nous y parviendrons. Nos corps sont aujourd’hui hélas confinés mais il nous appartient de déconfiner nos esprits ! Même si les réflexions du printemps sur le « monde d’après » étaient souvent à trop courte vue, réduites le plus souvent à la manière de restaurer le monde d’avant, elles avaient le mérite de nous projeter dans un futur à construire. Si nous ne regardons que le pire, le pire devient notre seul horizon. Détournons-nous de cette fascination morbide à laquelle les terroristes cherchent à nous assigner. Il ne s’agit pas de « regarder ailleurs » pour se distraire et oublier, il s’agit bien de construire résolument un monde commun. Raphaël Glucksmann en proposait une première étape concrète – dans le texte le plus équilibré que j’ai lu ces derniers jours – avec la mise en place d’un « service civique universel et obligatoire, mixant toute une classe d’âge en la mettant au service du commun, de la transformation écologique, de la solidarité sociale. Pas quelques jours en uniforme de policier pour faire trois photos et rassurer un électorat déboussolé en quête d’autorité, non : une longue sortie de nos meubles et de nos certitudes, de nos quartiers et de nos préjugés ».

Je reprends sa conclusion à mon compte, entièrement :

Dans une société post-épique, ayant fait du bien-être des individus l’horizon de toute chose, la quête de transcendance n’a plus de débouché politique, mais elle n’a pas disparu pour autant. L’idéologie islamiste fournit une vision du monde totale, conciliant aventure collective et promesse de salut personnel. Face à elle, la République n’est plus qu’un faisceau d’institutions et de règles dont le sens n’est plus clair pour personne. Or, seule une vision du monde arrête une vision du monde. Seul un récit terrasse un récit. La répression policière du terrorisme est nécessaire. Elle n’est pas suffisante. Combattre l’idéologie qui le sous-tend est vital. Combler le vide qui la fait prospérer l’est aussi.

Dès maintenant, pendant ce confinement n°2 (en attendant très sûrement le n°3 au printemps), nous devrions nous livrer à une heure de déconfinement intellectuel par jour – et pas besoin d’attestation dérogatoire pour ça ! – en lisant ou mieux en écrivant sur le monde désirable que nous voulons construire. Imaginarium-s va proposer un exercice collectif en ce sens au cours de la semaines prochaine. La liberté d’expression ne passe pas seulement par des caricatures obscènes, elle peut aussi s’incarner dans des œuvres qui donneront le goût de l’avenir.

PS / Petite page de PUB personnelle : si vous voulez vous exercer à jouer avec les mots, n’hésitez pas à vous procurer « 40 mots persopolitiques ». Vous y retrouverez fortitude et ipséité, frugalité et succès mais aussi platane, candidat, bureau sans oublier tsimtsoum ou gyrovague ! De quoi nourrir les textes que vous allez écrire pendant le confinement n°2 ou n°3 ! (dans les ateliers d’écriture, on propose souvent en guise d’entraînement de composer un texte en y introduisant quelques mots improbables, je vous en propose quelques-uns !)

PS 2 / Alain Caillé vient de publier sur le site des Convivialistes une intéressante analyse de nos « guerres civiles larvées » en s’appuyant sur la théorie du don et celle de la reconnaissance. A lire ici.

Des pistes pour une pratique imaginative de la participation

Les élections municipales ont placé à la tête des communes des élus souvent favorables à la participation des citoyens. Le passage à l’action est un art périlleux ! quelques pistes pour ne pas choisir entre URGENCE et IMPORTANCE !

Les élus nouvellement installés sont confrontés au dilemme classique entre urgence et importance. On le sait d’avance, c’est l’urgence qui gagne à chaque fois ! Or l’urgence conduit à faire avec les moyens du bord sans rien changer aux pratiques, même lorsqu’elles ne sont pas jugées satisfaisantes. On tombe alors dans le cycle bien connu de la défiance réciproque : les démarches mises en œuvre souffrent des mêmes défauts qu’avant et sont donc déceptives ; les citoyens qui espéraient des changements contestent ou se rétractent, les agents et les élus face à ces réactions vont vite perdre leur enthousiasme. Beaucoup d’énergie aura été déployée en pure perte ou presque.

Comment sortir de ce cercle vicieux ? En transformant l’importance en urgences ! Urgence-s au pluriel parce que l’importance est toujours trop énorme trop protéiforme pour s’insérer telle quelle dans les logiques de l’urgence.

Pour cela il faut démontrer que ces « urgences de l’importance » sont autant de raccourcis créatifs pour aller plus vite dans l’établissement d’un nouveau contrat démocratique, d’une nouvelle relation entre élus, services, citoyens, acteurs sociaux… La définition du contrat démocratique ne doit pas être vue comme un préalable en raison de son importance mais comme une succession de rendez-vous qui vont à chaque fois rendre plus fluide la mise en œuvre de tous les chantiers urgents grâce à une montée en puissance de la qualité de la relation (vision partagée, confiance dans l’organisation mise en place…). Continuer la lecture de « Des pistes pour une pratique imaginative de la participation »

Mots

A l’occasion de la sortie de « 40 mots persopolitiques », retour sur le mot « mot » lui-même… et sur quelques-uns de ceux que j’ai eu l’occasion d’évoquer sur ce blog depuis 10 ans. L’avant-dernier texte a 10 ans et retrouve une actualité étonnante (care). Le dernier texte évoquera longtemps, pour moi, le moment que nous avons vécu au printemps (particulier).

Le mot « mot » a une origine pour le moins paradoxale : qu’on se tourne vers mutus qui a donné muet, muttire qui veut dire grommeler (en réalité, prononcer le son mmmmh) ou encore au terme latin qui a donné mouche à partir de son bourdonnement, il ne s’agit avec mot que d’expression contrainte, limitée et pratiquement incompréhensible. Le « mot » est donc au départ quelque chose de pas très clair là où on s’attendait à une origine plus noble, plus conforme à notre conception du mot comme brique de base du langage, indispensable à notre compréhension mutuelle. Si on tient compte de la vérité sous-jacente de l’étymologie, on peut en rabattre avec notre prétention à l’intelligibilité grâce au langage ! Les mots ne seraient que des borborygmes à peine articulés et il serait dès lors illusoire de vouloir chercher le mot juste.

Et si plutôt il fallait tirer comme conclusion que les « mots » sont toujours contextuels, qu’ils se vident de leur sens à être trop usés, qu’il faut jouer avec, les multiplier, les retourner, les recomposer pour qu’ils contribuent à mettre un peu plus d’intelligence dans notre conversation ?

Depuis 10 ans que je tiens ce blog, j’ai essayé de jouer avec les mots, tenté des glissements de sens, des rapprochements inédits : j’ai ainsi parlé de fortitude, de volontarisme modeste, j’ai récemment proposé le concept d’inode. Mais j’ai aussi pris des mots dans l’actualité, dans les livres que je lisais pour tenter d’en voir la richesse – au-delà de la banalité comme dans exister, bureau ou nature – ou l’utilité possible – au-delà de la technicité ou de la rareté comme dans obsidional ou gyrovague. Déployer le sens des mots au-delà de ce qu’ils nous disent au premier abord est un exercice réjouissant parce que des mots presque muets se mettent à parler !  On découvre qu’exister a un rapport avec sortir (Cf. exit  en anglais, plus explicite) ou que candidat est lié à la blancheur par le latin candidus.

Dix ans après avoir commencé, j’ai extrait de ce blog quarante mots sur lesquels je me suis arrêté un instant, parfois pour les oublier juste après, parfois pour les incorporer définitivement à mon vocabulaire. J’en ai fait un recueil que j’ai édité moi-même faute d’avoir la patience de trouver un éditeur. J’ai réalisé à cette occasion un travail d’illustration en piochant dans la production foisonnante des collages de ma fille Raphaëlle. Un moyen très intéressant de chercher des correspondances parfois ténues et fugaces mais toujours riches de rebonds possibles, des images aux mots et des mots aux images.

Si vous vous plongez dans « 40 mots persopolitiques », vous retrouverez tsimtsoum, ipséité ou stigmergie, des mots rares mais utiles mais aussi des mots très quotidiens, comme platane ou centre, qui permettent de revisiter les questions démocratiques. Oui, platane et démocratie ont un lien très puissant !

Rassemblés dans un recueil, ces mots se répondent et s’enrichissent. Le voyage que vous ferez dépendra des étapes que vous choisirez. Gyrovague – Ipséité – Drapeau – Symbolique vous amènera sans doute à réfléchir sur nos identités plurielles alors que Chtôn – Frugalité – Es gibt – Humain – Nature interrogera votre rapport au Vivant. Un parcours plus politique liera Candidat – Obsidional – Amateur – Point de vue.

A vous bien sûr d’inventer vos parcours !!

Voir l’aperçu et/ou commander 40 mots persopolitiques

 

 

VIVRE, avec le virus !

Persopolitique n’a pas vocation à libérer son auteur de ses énervements mais avouons que le climat de cette rentrée ne conduit pas à la sérénité ! Or nous avons bien besoin de vivre la crise sur un tout autre registre que celui qui domine actuellement.

« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? », « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. » Tous les jours, avec le même ton angoissant et la même répétition que la femme de Barbe bleue dans le conte de Perrault, les médias s’interrogent sur la venue de la deuxième vague. Dans le conte l’arrivée des frères est le seul espoir d’échapper à la mort sous la lame de Barbe bleue. Dans notre « réalité médiatisée », c’est l’arrivée de la vague qui serait meurtrière. Dans un cas la menace est là, immédiate, et l’espoir hypothétique (les frères vont-ils surgir dans le poudroiement du soleil ?). Dans l’autre la menace est très hypothétique mais elle finit par anéantir l’espoir. Nous vivons comme si la deuxième vague était inéluctable, avec les mêmes effets qu’au printemps. Une autre analogie vient alors à l’esprit : ne sommes-nous pas plutôt dans Le désert des tartares à attendre, comme les habitants du fort imaginé par Dino Buzzati, un ennemi qui ne vient pas, complètement suspendus à cette attente, empêchés de vivre par l’obsession d’une Nouvelle vague ?

« Apprendre à vivre avec le virus », tel était le programme raisonnable auquel nous souscrivions tous largement avant l’été en nous disant que nous devrions cohabiter au moins jusqu’au printemps prochain avec le virus, sinon en bonne intelligence, du moins dans un évitement prudent et avisé.

Las ! la rentrée ne se passe pas du tout dans cette ambiance ! Encore une fois, nous ne serions que des enfants qu’il faut guider dans leurs moindres gestes et chapitrer au moindre écart ! Où est la confiance dont on nous assurait que nous en étions dignes ?! Nous avions été exemplaires, nous disait-on ! Nous avions adopté, malgré notre réputation de Gaulois rétifs à toute autorité, la plupart des gestes-barrières qui nous avaient été prescrits. Mais le ton de cette rentrée n’est pas à la confiance. Les obligations se multiplient et se généralisent. Normalement je devrais porter le masque dès que je sors de chez moi, puisque j’habite à Lyon. Mais dans ma rue, vers 8h, quand je sors prendre mon café du matin, il n’y a pas foule… et je me refuse à porter un masque. Je n’aime pas me mettre dans l’illégalité (j’ai scrupuleusement respecté la durée et le périmètre de sortie pendant le confinement) mais là, c’est trop ! Ce masque c’est bien sûr une protection des autres face à mes postillons et je me suis habitué à le mettre dans les transports, les lieux clos et les rues fréquentées. Je trouve ça civique et prophylactique mais laissez-moi une marge d’appréciation ! Toute obligation absurdement générale entraîne nécessairement le type de réaction que j’ai. J’ai discuté avec beaucoup de personnes qui partagent cette exaspération sans être des anti-masques par principe. Hier matin j’entendais que le procès des attentats de janvier 2015 allait se dérouler avec des masques ! Imaginer une justice masquée me semble une aberration. Il vaut mieux créer des distances physiques, limiter le nombre de personnes dans la salle d’audience mais il faut voir et entendre les protagonistes des débats ! On en vient à des acceptations folles d’une norme sanitaire.

L’autre jour, devant la débauche de signalétique autocollante dans le métro, sur les vitres des rames, sur les quais, dans les couloirs, avec des cheminements et des indications de distanciation absolument inapplicables, j’éprouvais également ce sentiment de malaise, ce manque d’air qu’on ressent quand on se trouve envahi par des injonctions multiples et contradictoires. Laissez-nous respirer ! Je crois qu’on a compris ce que nous devions nous efforcer de faire. Inutile de nous faire vivre chaque instant sous le registre de la prescription répétée ad nauseam.

Plus grave encore, nous retrouvons comme au printemps la litanie quotidienne des chiffres de la maladie. Tous les jours on nous alerte sur le nombre croissant de personnes touchées par le virus avec l’interrogation rituelle pour savoir si nous sommes entrés dans la deuxième vague. Jean-François Toussaint est bien seul à nous rappeler que nous ne regardons plus les mêmes chiffres qu’au moment du confinement ! Il a beau montrer les courbes des admissions en soins intensifs et des morts du Covid qui restent strictement plates, rien n’y fait. Oui, le virus circule, oui des gens sont infectés en nombre mais c’est bien ça « apprendre à vivre avec un virus ». Qui peut sérieusement croire qu’on puisse vivre avec un virus et ne jamais entrer en contact avec lui ? Notre apprentissage, côté médical, est pourtant bien engagé : on sait mieux soigner (on vient d’apprendre par exemple que les corticoïdes sont réellement efficaces), on gère mieux le passage en soins intensifs sans recourir aussi massivement aux respirateurs… En revanche nous n’avons pas encore trouvé le rythme de croisière pour tester de manière efficace et isoler les porteurs du virus ; sans doute cela viendra vite avec les tests plus simples qu’on nous promet. Bref, on s’organise pour faire avec. Il devient urgent que nous trouvions aussi les modalités d’information et de prévention qui n’accentuent pas inutilement la peur ou les contraintes infondées. C’est une excellente occasion de renforcer notre aptitude au discernement personnel et à la régulation par la multiplication des ajustements à toutes les échelles, familiale, professionnelle, de voisinage, locale et nationale.

Je me refuse à croire ce que certains disent : la peur étant un gage de tranquillité publique, les pouvoirs seraient tenter de maintenir un niveau élevé d’angoisse. Ce calcul serait un calcul de Gribouille au moment où la confiance en l’avenir est indispensable à la « relance » que promeut le gouvernement. On ne peut avoir en même temps la peur et la confiance dans l’avenir. Notre responsabilité à tous, et pas seulement aux gouvernants, est de privilégier la confiance.

Kintsugi

Un mot qui me permet d’évoquer ma tante disparue à la fin de l’hiver et de faire ainsi un pont entre un passé révolu et un avenir à magnifier de subtiles coutures d’or…

Comme on le pratiquait avant-guerre – avant la société de consommation – ma tante Francine réparait tout. Elle rafistolait, ravaudait, raccommodait, « rangeait » comme on disait en charentais (puisqu’on disait serrer pour ranger, on pouvait bien dire ranger pour réparer !). Oui, nous avions beaucoup de mots pour dire notre capacité à faire du neuf avec du vieux. Mais ces mots sont usés, passés de mode dans la société du tout-jettable et de la fast fashion. Ma tante réparait sans tenter de camoufler l’usure. Elle cherchait à faire solide : avec un bout de bois et un fil de fer de jardinage, elle refaisait un pied à la table de jardin mangée par la rouille. C’était moche, apparemment fragile, et pourtant ça tenait quelques années encore.

Aujourd’hui si l’on ose encore réparer, il faut que ça paraisse « comme neuf ». On ne veut pas voir le passage du temps et les dégâts qu’il provoque. Sans doute que la restauration à l’identique de la flèche de Notre-Dame participe de ce refus des cicatrices et des accidents de l’histoire.

Les japonais ont une autre solution, le Kintsugi, l’art de la réparation avec des coutures d’or. Un vase brisé peut trouver non seulement une nouvelle jeunesse mais une beauté renouvelée grâce à une colle qui souligne d’or les fractures de l’objet réassemblé, recréé. On parle aujourd’hui d’upcycling lorsqu’on ne se contente pas de recycler mais qu’on cherche à donner de la valeur au recyclage par l’intervention d’un créateur. Mais l’upcycling reste pour moi dans la logique de la mode et de l’éphémère. Le Kintsugi, tel que je le comprends, ne cherche pas à séduire par la transformation, par la montée en gamme, il souligne au contraire la fragilité et l’usure mais en la magnifiant. Il change plus notre regard que l’objet lui-même.

Il est nécessaire aujourd’hui d’étendre l’art du Kintsugi à la réparation du monde ! Il nous faut l’ingéniosité de toutes les Francine du monde sublimée par une approche esthétique et pas seulement fonctionnelle. Il me semble que c’est ce qui se passe dans l’étagement des cultures de la ferme du Bec-Hellouin ou dans l’agroforesterie pratiquée par les vignerons du très beau documentaire Le temps des arbres réalisé par Marie-France Barrier. C’est aussi le cas dans certaines approches de l’urbanisme tactique, dans les architectures de terre… Olivier Hamant a fait du Kintsugi la métaphore de la sous-optimalité du vivant qui vise moins la performance que la résilience. Comme le Colibri de Pierre Rabhi a été le symbole de l’engagement personnel à faire sa part, le bol aux coutures d’or pourrait devenir le symbole des pratiques de résilience.

PS : les nouveaux imaginaires du vivant seront au cœur de la dernière journée du festival Vivant auquel est associé l’Imaginarium-s fin septembre.

 

Convention citoyenne pour le climat : une autre !!

Le bilan de la Convention citoyenne pour le climat que je propose amène à dire qu’il faut dès maintenant prévoir une nouvelle convention !

Adepte de longue date du tirage au sort pour renouveler la démocratie et co-rédacteur de la lettre ouverte qui a incité le président de la République à créer la Convention citoyenne, je me suis bien sûr réjoui que cette pratique démocratique trouve enfin une reconnaissance au plus haut niveau. Il faut souligner la responsabilité avec laquelle les citoyens se sont acquittés de leur tâche montrant cette fois de manière largement médiatisé ce que tous ceux qui ont animé des jurys citoyens savent : la compétence initiale n’est pas nécessaire à la qualité de la délibération démocratique. Cette reconnaissance est la vraie nouveauté et devrait faire des jurys tirés au sort une des formes habituelles de la démocratie, si le président confirme bien son souhait de créer de nouvelles conventions sur d’autres sujets. Même si je suis convaincu de l’effet positif que peut avoir la démarche sur nos pratiques démocratiques et même sur la lutte contre le dérèglement climatique, il me semble important de voir les limites de l’exercice dans sa forme actuelle pour tenter de l’améliorer afin qu’il devienne pleinement légitime aux yeux du plus grand nombre. Il est donc intéressant de repartir des critiques qui ont été formulées pour voir ce qui peut servir à avancer.

Sans prétendre être exhaustif, voici une liste de critiques qui ont été formulées sur la production de la convention et donc les 149 propositions. Il y a en effet des critiques sur le principe même du recours à la Convention mais ce ne sont pas celles qui m’intéressent ici puisque je cherche à voir comment améliorer le processus d’implication des citoyens dans l’action publique.

  • 1/ La convention n’a fait que reprendre des propositions faites depuis longtemps par les experts de l’écologie, c’est une perte de temps
  • 2/ Elle propose des mesures sans qu’on sache si elles répondent à la commande de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030 faute d’évaluation de l’impact des mesures proposées
  • 3/ Elle fait un usage punitif du droit en multipliant les interdictions
  • 4/ Elle ajoute de nouveaux outils juridiques alors que le souci est plutôt d’appliquer ceux qui existent déjà
  • 5/ Elle limite ses propositions à des actions qui impactent la vie des gens sans introduire les transformations structurelles nécessaires
  • 6/ Elle ne remet pas en cause la commande initiale en en relevant les impasses

Continuer la lecture de « Convention citoyenne pour le climat : une autre !! »

Nous sommes tous des Imagineur.e.s !

La série que nous avons initiée mi-avril est en ligne ! 15 récits de 12 à 15 minutes pour se projeter dans le monde de 2054. Devenir des Imagineur.e.s, une manière de faciliter notre résilience commune ?!

Du 23 avril au 14 mai, dans la dernière période du confinement, plus de 50 personnes ont participé à une aventure inédite : concevoir, écrire et réaliser une série audio en seulement trois semaines sans pouvoir se retrouver autrement qu’avec les outils de visioconférence !

Le temps du confinement a constitué une sorte de “faille temporelle” où la réalité ordinaire s’est estompée. Beaucoup de créateurs et créatrices ont raconté ce temps particulier ou réfléchi au « monde d’après ». Nous avons proposé un exercice différent, la création d’une série audio d’anticipation, pour rouvrir les futurs, éviter la sidération de l’effondrement ou la précipitation dans un retour à la normale problématique.

Le concept était simple : chaque épisode devait raconter un voyage dans le temps réalisé par un.e “Imagineur.e” d’aujourd’hui, projeté.e au cœur des années 2050 à travers une faille spatio-temporelle. A l’occasion de son voyage dans le temps, elle ou il découvre un monde profondément transformé, avec des modes de vie, des rapports sociaux et des modèles économiques radicalement différents.

Si l’on en croit les Imagineur.e.s, en 2054, on se déplacera en pirogue, les agriculteurs seront des rockstars, le travail sera facultatif et la mode consistera à voter pour un style de vêtements commun à tous pour trois ans ! C’est en tous cas une partie de ce que 15 de nos contemporains découvrent en passant par la faille temporelle qui les plonge dans la vie de 2054. Quand ils reviennent en 2020, leur regard sur le monde est un peu décalé.

Nous avons eu la surprise de recevoir plus de cinquante candidatures enthousiastes et variées, poétiques et engagées… qui nous ont permis de constituer 15 équipes ! Les équipes ont travaillé à distance, avec des réunions de partage en visioconférence tout au long des trois semaines du défi et l’appui des 6 référents de l’équipe d’organisation. De la Réunion aux Antilles, d’Amiens à Toulon, la création s’est jouée des distances et des décalages horaires. À l’arrivée, 15 épisodes aux styles affirmés et au contenu souvent drôle, parfois poétique mais toujours riche de questionnements.

Nous avons ainsi bricolé avec les moyens du bord une œuvre collective[1] sous licence Creative Commons (CC BY SA). Nous sommes fiers du résultat et espérons que ce récit donnera l’envie d’écrire la suite. Un grand coup de chapeau à toutes celles et tous ceux qui ont uni leurs réflexions et leurs capacités narratives !

Je suis convaincu que ces récits collectifs, volontairement non-dystopiques, vont se multiplier, se croiser et se fertiliser dans les mois et années qui viennent. Nous en avons infiniment besoin pour donner du sens aux transitions en cours. Cette aventure des Imagineur.es n’est en effet pas une initiative isolée. Récemment j’ai vécu deux autres démarches, plus modestes, mais qui montrent cette appétence pour les récits. Je suis intervenu auprès de la promotion du T Camp du Campus de la Transition (initié notamment par Cécile Renouard). Avec Émeline Baudet du Campus, nous avons proposé aux étudiants un exercice de récits collectifs qui les a enthousiasmés. L’une d’entre eux disait drôlement qu’ils avaient pu « toucher le futur », que l’exercice leur avait fait toucher du doigt le fait que le futur n’était pas hors de portée, indéchiffrable et qu’en le racontant ils pouvaient plus facilement le faire advenir. Dans un autre cadre, un club de professionnels du Bâtiment, un café-débat traditionnel a été remplacé par une séance de création collective et là encore l’enthousiasme a été au rendez-vous, à la fois par le nombre de participants réunis (près de 90) et par l’effet qu’a produit l’exercice. Se mettre à se raconter collectivement des histoires de transformation profonde donne envie de les rendre réelles (et peut-être une première impulsion pour se mettre en route !).

Un travail de recensement de ce genre d’initiatives est en cours et sera très utile pour que cette mise en récit de l’avenir soit bien l’affaire de tous et pas seulement des prospectivistes professionnels. Il me semble que cet « élan narratif » est beaucoup plus prometteur que la multiplication des plateformes numériques où l’on est invité à donner des pistes d’action pour préparer « le monde d’après ». Chacun y vient avec sa mesure et seuls les algorithmes et les organisateurs construisent un début de cohérence dans cette récolte que je trouve souvent décevante. Les récits que nous initions ne sont pas de l’ordre des mesures à prendre, ils donnent à voir des mondes possibles, avec leurs modes de vie, leurs contradictions et leurs imperfections. Ces récits, d »multipliés et croisés, ont une capacité à renouveler nos imaginaires. Des imaginaires instituants, comme le disait Cornelius Castoriadis, les seuls à même d’auto-instituer la société, loin des imaginaires hétéronomes qui nous assignent depuis 40 ans à nos rôles de consommateurs sans recul …

[1] Le projet a été initié par Imaginarium-s que j’anime avec Emile Hooge et le Réseau Université de la Pluralité initié et animé par Daniel Kaplan pour connecter les personnes et les organisations qui mobilisent les ressources de l’imaginaire dans l’exploration d’autres futurs.

Remerciements à Lassanaï pour la musique, aux référent.es de l’équipe qui ont accompagné et ficelé le projet : Eve Denjean, Julie Gayral, Chloé Luchs-Tassé (en dehors des trois déjà cités), à Emmanuel Dockès, l’auteur de Voyage en misarchie (Editions du détour, 2017) qui a accompagné avec nous les équipes dans leur démarche de création. Un travail de capitalisation est engagé avec Christine Marsan, essayiste et consultante qui lie prospective et créativité. Vous trouverez la liste des 50 auteurs-contributeurs directement sur Soundcloud.

2021-2031, retour sur le succès de l’Inode

Nous sommes en 2031. Le « Grand confinement » est déjà de l’histoire ancienne mais il n’est pas inutile de se rappeler comment on a réussi à s’en sortir après quelques tâtonnements. C’est bien sûr l’aventure de l’Inode… D’où cette interview d’E. Macron, l’ancien président français.

Une interview exclusive avec l’ancien président Emmanuel Macron

Amiens, 1er juin 2031

 

Monsieur Macron, vous avez quitté la présidence de la République il y a maintenant 4 ans vous avez accepté cette interview alors que vous avez strictement respecté votre engagement de ne plus participer à la vie politique depuis votre départ de l’Élysée en 27. Vous faites une exception pour les 10 ans du lancement de l’Inode. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Parler de l’Inode aujourd’hui, 10 ans après son lancement, c’est important pour que les plus jeunes mesurent bien à quel point nous sommes passés près de la catastrophe et que cette vigilance est toujours nécessaire. Rappelez-vous le grand confinement de 2020 ! le printemps où l’économie s’est arrêtée pour laisser la priorité à la vie, où toutes nos certitudes sur l’inéluctabilité de la marche du monde ont vacillé. Rappelez-vous aussi les mois qui ont suivi, les tentatives ratées de relance des fleurons de notre économie d’alors, l’automobile et l’aéronautique. C’est loin aujourd’hui ! Mais à l’époque on imaginait que tout allait repartir, non pas comme avant, mais avec un verdissement progressif de ces industries qu’on jugeait alors essentielles. Dès la fin de l’année pourtant, on a compris que la consommation ne repartait pas malgré les primes à l’achat et les milliards accordés. L’espoir du timide redémarrage de juin, lorsque les commerces et surtout les restos avaient rouverts, s’est vite envolé. Les annonces des plans de restructuration dès la fin mai, la fin du chômage partiel en juin ont poussé les français à mettre de l’argent de côté malgré les appels répétés à la relance de la consommation. L’épargne des ménages, pendant le confinement avait augmenté de 55 milliards d’euros. Non seulement ces sommes ne sont pas revenues dans la consommation mais des milliards supplémentaires se sont accumulés sur les livrets A des Français.

Comment en êtes-vous venu à proposer l’idée d’inode ? C’était plutôt en rupture avec tout ce que vous aviez engagé depuis votre élection, non ?! Continuer la lecture de « 2021-2031, retour sur le succès de l’Inode »

Inventons !

Un texte court et optimiste pour sortir du malaise que provoque un déconfinement étouffant (derrière des masques) ! il m’a été inspiré par Barbara Cassin qui proposait d’inventer, sur un registre très éloigné des pesants appels à la réinvention qui se multiplient !

Depuis quelques jours, alors que le déconfinement semble n’être qu’une longue liste de règles à respecter – et même une liste de listes, puisque chaque lieu a ses propres règles : l’école, les magasins, les transports, chaque entreprise,… – on voit heureusement fleurir ici ou là des « Inventons ! » suggestifs et réjouissants. D’abord parce qu’ils sont à la première personne du pluriel, mettant spontanément l’initiateur de l’injonction joyeuse au même niveau que ses lecteurs : ce n’est ni l’injonction comminatoire du « inventez », ni la prétention du « j’ai inventé ». Ce n’est pas non plus ce réinventer si agaçant avec son RE qui dit exactement le contraire de l’invention. Le RE c’est toujours la fausseté de tout changer sans rien changer. On comprend bien la différence entre une voie renouvelée et une voie nouvelle : la première passe toujours par le même chemin, on l’a simplement rempierrée ou, plus sûrement, goudronnée de frais ; la voie nouvelle est partie ailleurs, dans une autre direction. Et qu’on ne me dise pas idéaliste, désireux d’une tabula rasa, c’est tout le contraire. On n’invente pas à partir de rien. Mais souvent on invente avec d’autres, avec de l’attention aux surgissements, avec de la sérendipité, avec de la joie. Tout l’inverse de la réinvention qui rationalise à outrance. Voyez le papier de Schneidermann  qui liste, en s’en moquant, les multiples réinventions promises. Mais surtout lisez Barbara Cassin et son fils qui proposent une invention opportuniste et futée, tout à fait de celles auxquelles j’aspire : celle  d’une école ouverte – et non déconfinée – amenant les enfants dans les musées, les théâtres et les parcs aujourd’hui fermés et vides, une école faisant appel aux compétences d’éducateurs divers aujourd’hui réduits au chômage, comédiens, éducateurs sportifs, moniteurs de centre aéré…

Inventons donc ! Inventons un nouveau rapport à l’agriculture en profitant de l’engouement marqué pour les producteurs locaux, inventons un hôpital humain en tirant parti des espaces de liberté et de la reconnaissance obtenus dans l’urgence sanitaire, inventons d’autres rapports au travail en créant enfin le revenu d’existence, inventons d’autres rapports à la propriété, inventons autre chose que des métropoles clones les unes des autres et trouvons des ressources de vitalité pour la moindre parcelle de nos territoires. Inventons de façon pragmatique et, comme le fait le Vivant, en multipliant les options et les expérimentations.

Rappelons nous enfin que celui qui découvre un trésor en est l’inventeur. Alors soyons inventeurs des richesses de demain (et surtout ne réinventons pas les « trésors » d’hier (les SUV, les escapades en avion à l’autre bout du monde, la mode jetable ou les fraises en hiver). Et si les 55 milliards que les Français n’ont pas dépensé pendant le confinement étaient investis dans les inventions du monde de demain plutôt que consommés – consumées – dans le REdémarrage d’une économie follement RElancée ? Décidemment oublions les RE et inventons !