Arrêter les embrassades ?!

Un détail bien sûr par rapport à toutes les questions que posent l’épidémie, par rapport à la douleur de certains et aux efforts de beaucoup, et pourtant sans doute significatif d’un manque d’empathie

Je n’en peux plus d’entendre cette consigne, entre les saluts sans serrage de mains et les mouchoirs à usage unique. J’aimerais connaître le communicant qui a produit ces messages d’alerte au coronavirus ! comment a-t-on pu choisir cette expression : arrêter les embrassades ! D’autant plus que cette consigne vient tout de suite après un évident et neutre : saluer sans se serrer la main. Pour éviter les bisous contagieux, on aurait pu préciser : saluer sans contact physique ou saluer sans se serrer la main ou s’embrasser. Quelqu’un a jugé bon de rajouter cet arrêt des embrassades qui sonne bizarre à nos oreilles. Ça ne fait pas consigne médicale. Quand j’entends : arrêter les embrassades, je me remémore le plaintif et exaspéré « je vous demande de vous arrêter ! » de Balladur après son échec électoral. « Arrêêêteeeeeuhh », c’est aussi la supplication enfantine du gamin qui n’en peux plus d’être chatouillé. Mais c’est surtout une attente morale qu’on ne retrouve pas dans les consignes précédentes. Celles-ci sont exprimées en positif : éternuer, tousser, saluer dans la merveilleuse langue administrative qui fait d’un verbe à l’infinitif un impératif catégorique ! Continuer la lecture de « Arrêter les embrassades ?! »

Conversations avec un virus

Au fil des conversations et des lectures, nos représentations de la situation créée par le coronavirus, évoluent, s’éclaircissent ou se floutent. Beaucoup d’incertitudes et quelques lignes de conduite, malgré tout… Merci à toutes celles et ceux avec qui j’ai échangé depuis une semaine, une éternité !

Nos conversations se multiplient, téléphoniques ou numériques, de balcon à balcon, synchrones ou asynchrones. Nous parlons. Nous parlons du virus, nous parlons de la vie avec le virus, nous parlons de ceux qui soignent les gens qui ont le virus. Nos conversations sont pleines du virus et le virus est peut-être là dans nos inspirations et nos expirations, invisible et inquiétant. Inconnu il y a trois mois, omniprésent aujourd’hui… mais pas forcément plus connu pour autant.

Je ne veux pas ici parler du coronavirus SARS-CoV-2, ni de la maladie qu’il provoque le Covid-19, ni même de la stratégie de lutte contre la pandémie, pas non plus de nos modes de vie bouleversés par le confinement. Je veux parler de la relation entre le virus et nous au travers de cette conversation qui enfle et reflue, change de cap, explore notre rapport à cet être vivant si terriblement envahissant. Deux questions dans cette conversation générale m’ont frappé : Continuer la lecture de « Conversations avec un virus »

Coronavirus, climat : même combat ?

Le coronavirus nous obsède au point d’en occulter toute autre préoccupation, notamment celle du climat. Un papier en quatre mouvements, écrit entre jeudi et dimanche, pour garder les oscillations du questionnement dans une période ô combien troublée.

1er mouvement, jeudi – Nous avons été nombreux à nous désoler que le coronavirus se révèle autrement plus mobilisateur que le climat pour nos dirigeants. Face à une menace qui nous semblait assez peu grave, en tous cas pas plus qu’une épidémie de grippe, l’incurie face à la menace climatique, bien plus vitale, apparaissait encore plus insupportable. Quoi ? un simple virus pouvait conduire à des décisions drastiques alors que la crise écologique restait sans réponse en rapport avec les risques d’effondrements multiples ?! C’était inadmissible. Mais ces derniers jours ce parallélisme, confortable pour l’indignation qu’il autorisait à bon compte, s’effrite peu à peu. D’abord parce que la gravité du virus a peut-être été sous-estimée par ceux qu’indignait un traitement médiatique apocalyptique. Notre méfiance à l’égard des médias nous amenait par réflexe compensatoire à ne regarder que les chiffres de la mortalité rapportés à ceux de la grippe saisonnière, effectivement beaucoup plus faibles. On oubliait ce faisant que la mortalité n’est pas le seul enjeu. Des hôpitaux, déjà au bord de l’explosion, vont sans doute être engorgés par des milliers de personnes à traiter en urgence pour des problèmes respiratoires aigus. Il fallait bien reconnaître que le système de santé allait être confronté à des difficultés sans commune mesure avec ce que provoque une grippe. L’impact supérieur à la grippe du coronavirus est encore renforcé par le fait qu’il n’y a ni vaccin ni traitement, que l’on peut être réinfecté en ne développant pas d’anticorps et qu’enfin on ne sait pas encore si le retour des beaux jours suffira à éteindre l’épidémie. Continuer la lecture de « Coronavirus, climat : même combat ? »

Des hélicoptères dans la tête

Ce texte n’est pas destiné à être lu ! Il n’est pas dans l’esprit de ce blog. J’ai simplement eu besoin de mettre par écrit mon exaspération devant le cours des événements. A lire uniquement si vous êtes dans le même état et que vous voulez vous sentir moins seul-e !

J’écris ce texte samedi après-midi. Une fois encore, les hélicoptères font des rondes dans le ciel lyonnais et j’ai l’estomac noué. Les hélicoptères qui tournoient, dans nos imaginaires, sont le symbole d’une société sous le contrôle de la police ou de l’armée. Cette présence, samedi après samedi, du bourdonnement agressif des rotors, n’est pas une chose banale et pourtant elle semble se banaliser. Le maintien de l’ordre, la grande majorité d’entre nous y est bien sûr attaché. Mais ce qui s’impose à tous, indépendamment de sa situation, c’est une forme de participation à ce maintien de l’ordre. Le bruit nous englobe tous et nous entraîne hors de nous-mêmes. Je suis chez moi, en pantoufles devant mon ordinateur à relever des citations pour le projet d’Imaginarium et brusquement je suis emmené par la pensée sur la place Bellecour où j’imagine immédiatement des casseurs aux prises avec les forces de l’ordre. A moins de me visser des boules Quies jusqu’au fond des oreilles, je ne peux échapper aux hélicoptères en vol stationnaire au-dessus de la ville. Certains vont sans doute se dire : « Ce garçon est bien délicat, le bruit le dérange dans son petit confort d’intellectuel préservé des violences du monde » ; d’autres ou les mêmes penseront que je devrais être solidaire du maintien de l’ordre puisque je réprouve la violence et que ces hélicoptères sont là pour faciliter la prévention des attaques contre les biens et les personnes. Continuer la lecture de « Des hélicoptères dans la tête »

Serpent de mer…

Le texte en pièce jointe, jamais publié, est pour ceux qui connaissent ce blog un vrai serpent de mer. Je l’ai évoqué souvent. Aujourd’hui je trouve utile de le mettre en ligne dans sa version revue en début d’année.

J’ai relu cette nuit le texte que vous allez trouver en pièce jointe. Presqu’un livre… J’espère qu’il pourra être lu et partagé. C’est un texte que je prends et reprends depuis 15 ans. Oui, 15 ans ! Je ne l’ai jamais complètement assumé et encore moins promu car il peut apparaître à certains lecteurs comme relevant d’une démarche antidémocratique puisqu’il ose s’attaquer à l’élection comme seule source de légitimité démocratique en mettant en avant un possible tirage au sort des députés.

Il me semble portant aujourd’hui utile au débat qui s’ouvre sur nos pratiques démocratiques. Je ne voudrais pas, comme cela semble se dessiner, qu’il n’y ait que deux options réellement envisagées : celle du référendum d’initiative citoyenne et celle de la transformation du mouvement des Gilets jaunes en parti présent aux prochaines échéances électorales. Les deux options sont des illusions. Pourquoi les Gilets jaunes échapperaient à ce qui est arrivé à En marche en se transformant en parti ? La logique partidaire ferait instantanément perdre toute originalité à la proposition des Gilets jaunes, vite englués dans la compétition électorale. Les Gilets jaunes, ou beaucoup d’entre eux, semblent avoir compris le risque et refusent d’entrer dans cette logique représentative. L’option qu’ils retiennent est hélas aussi trompeuse : le RIC permet une démocratie plus directe mais elle continue à se limiter à un vote par oui ou par non. Même démultiplié comme en Suisse, même avec un réel débat public préalable, le vote reste le vote. On ne délibère pas, on ne construit pas des solutions adaptées à la complexité par oui ou par non. Ce qui importe le plus en démocratie, ce n’est pas la décision ultime c’est l’ensemble du processus d’intelligence collective, de délibération, en amont qui permet de construire une/des solution-s. C’est dans ce processus qu’il faut que les citoyens puissent s’impliquer. D’où l’utilité du tirage au sort pour désigner des Assemblées de citoyens. A toutes les échelles et sur tous les sujets, ce devrait être la règle. J’ai pour ma part commis le crime de lèse-majesté suprême en m’intéressant au « souverain national », l’Assemblée nationale.

Anticipant en début d’année que le président n’arriverait pas à renouveler l’exercice de la politique, j’ai apporté quelques ajustements à mon texte sur le tirage au sort des députés en tenant compte de ce contexte politique et je l’ai envoyé à plusieurs éditeurs. Ma tentative ayant été sans succès, j’ai remis ce texte dans le tiroir virtuel de mon ordinateur en me disant qu’il y dormirait sans doute encore 15 ans. Il faut reconnaître que mon texte n’est pas d’un genre très publiable. C’est à la fois un essai, un plaidoyer, et une fiction ! Difficile de le ranger dans une catégorie éditoriale. Amené par un inconnu, un « marginal séquent » comme dit amicalement Jean-Pierre Worms, je n’avais pas beaucoup de chances d’être publié, quelle que soit la qualité intrinsèque du texte, bonne ou mauvaise.

L’audience de ce blog n’est pas considérable et les chances que beaucoup de mes « fidèles lecteurs » prennent le temps de lire et de partager cette trentaine de pages est faible, je n’imagine donc pas bouleverser le cours des choses avec ce texte mais je trouverais dommage de ne pas faire une nouvelle tentative de donner à voir ce qui me semble être un vrai germe de changement, 16 ans après m’être fait huer dans une salle parisienne sur ce sujet (je le raconte dans le texte).

J’ai vu plusieurs textes d’intellectuels ces derniers jours qui tentaient de prouver qu’il fallait comprendre le mouvement des Gilets jaunes à partir du point de vue qu’ils travaillent depuis des années. Je n’échappe pas à ce tropisme, j’en ai conscience. Je sais bien ce que disait Maslow : Tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau » ! J’apporte simplement mon clou pensant toujours qu’il est utile, avec cette obstination à éclipse qui me caractérise…

Plus sérieusement, le tirage au sort n’a jamais été pour moi un militantisme, une cause à laquelle je me serais dévoué, parce que ce n’est qu’un clou justement, un outil. Ce qui m’intéresse vraiment, pleinement, c’est plus largement l’idée que la société est en mesure de contribuer à nos fonctionnements démocratiques autrement que par le seul vote. C’est pour ça que je parle de démocratie sociétale depuis tant d’années. Le tirage au sort n’est qu’un moyen, mais compte tenu du contexte actuel, un moyen qui pourrait être utile.

Alors ce texte, le lirez-vous ? Le partagerez-vous ? En tous cas, le voici en pdf ci-dessous.

Tirage au Sort v5-janv2018 (pdf 458kb)

Deux initiatives pour une sortie de crise à la hauteur de l’enjeu

Deux initiatives dans les réseaux auxquels je participe me semblent importantes et porteuses de solutions plus élaborées et plus justes que celles que le Premier ministre puis le Président de la République ont proposées.

Pourquoi chercher des alternatives aux propositions de l’exécutif ? Celles-ci pourront peut-être éviter l’embrasement mais elles ne donnent pas de réelles perspectives de solidarité dans la durée et de démocratie « permanente » (selon l’expression employée un temps par … Alain Juppé !). J’espère qu’elles seront suffisantes pour éviter les violences mais il serait illusoire de penser qu’elles peuvent, à elles seules, résoudre la crise de notre système social et politique dont le Président n’a, semble-t-il, pas encore compris la nature. L’incapacité qu’il a manifesté à lier dans les solutions qu’il proposait justice sociale et transition écologique est frappante. Exit le dérèglement climatique, renvoyé à des jours meilleurs !

Les deux textes ci-dessous ont l’intérêt de mettre en avant une solidarité entre les plus riches et les plus pauvres plutôt qu’une simple aide temporaire à quelques catégories ciblées de la population (salariés au SMIC et retraités) et surtout de proposer des pratiques démocratiques nouvelles permettant une participation des citoyens allant au-delà du simple vote aux élections, quand nos dirigeants ne proposent qu’un « grand débat » sur une multitude de sujets sans lien entre eux (on doit y parler aussi des questions d’identité nationale !) et sans méthode qui rende possible un débouché concret. Continuer la lecture de « Deux initiatives pour une sortie de crise à la hauteur de l’enjeu »

Discours anticipé (et rêvé !) d’E. Macron en réponse aux Gilets jaunes

Plutôt que de commenter mardi un discours déjà prononcé, j’ai préféré écrire le discours que j’aimerais entendre ! Il joue sur les trois registres qui, lorsqu’ils ne sont pas réunis, rendent l’action vaine : la solidarité, la coopération et la vision.

Mes chers compatriotes,

J’ai dit l’autre jour à Gilles Bouleau que je regrettais de n’avoir pas réussi à réconcilier les Français et la politique. J’ai pris du temps ces derniers jours pour écouter et pour réfléchir. Vous dites massivement que vous ne croyez plus aux discours et que vous attendez des actes. Acceptez d’écouter ce discours et voyez les actes qu’il prépare. Ils sont, je le crois, en mesure de réussir cette réconciliation dont je parle. Continuer la lecture de « Discours anticipé (et rêvé !) d’E. Macron en réponse aux Gilets jaunes »

Otium et Negotium

Le mot latin negotium nous semble familier, mais on oublie qu’il n’est qu’un contraire, le contraire du très intéressant otium

Qui se représente aujourd’hui le travail ou l’activité économique comme le simple contraire d’un loisir qui serait considéré comme l’activité par excellence ? c’est pourtant comme ça que les Latins voyaient le monde des affaires, le négoce, negotium. Le neg-otium était l’inverse d’Otium, le mot qui leur importait. Mais c’est quoi cet otium qui a donné en français le mot peu flatteur d’oisiveté ? Est-ce le « temps libre » dont Mitterrand avait fait un ministère aux premiers temps de l’alternance de 1981 ? En réalité, c’est bien autre chose que ce temps qualifié de libre mais qui reste en réalité essentiellement subordonné à la restauration de nos capacités laborieuses et à la distraction. L’otium des Romains avait une tout autre importance : c’était le temps de l’étude, de la réflexion et de l’engagement pour la Cité. D’où sa valeur. A une époque où la robotisation et l’IA font craindre la disparition du travail que nous considérons encore comme essentiel à notre dignité, n’est-il pas temps de se poser la question : Et si ce qui n’était permis qu’à quelques-uns au temps de l’aristocratie était désormais accessible au plus grand nombre ? Et si nos temps humains n’étaient plus principalement consacrés au travail et au temps libre compensateur ? Quelle société saurions-nous construire ? Le roman d’anticipation Ecotopia réédité récemment donne une réponse qu’il serait sain de ne pas rejeter a priori comme une simple utopie. Et si « faire société » était le nouvel Otium ? Tellement urgent au moment où le monde qui se défait laisse remonter à la surface, tout autour de la planète, des monstres que nous croyions oubliés qu’ils soient nationalisme, proto-fascisme, intégrisme,…  Si, comme je le crois de plus en plus, le libéralisme a épuisé son énergie vitale, alors il est illusoire de croire qu’il nous sauvera du populisme. Thomas Legrand, toujours à la recherche du clivage politique pertinent, proposait écologisme vs populisme. Il est temps effectivement qu’on se pose la question en ces termes (l’écologisme n’étant évidemment pas réductible au seul parti des Verts) ! Parlons plutôt de Convivialisme comme y invite depuis plusieurs années Alain Caillé et beaucoup d’autres à sa suite. Dans Convivialisme, il y a « vie avec ». On retrouve  là une dimension importante de l’Otium ! 

 

Aznavour, un universel… particulier !

Ce papier m’a été inspiré par le télescopage à quelques minutes d’intervalle de deux hommages à Aznavour que je trouvais également vrais et apparemment contradictoires. S’en sont suivis des rapprochements hasardeux…

Rebecca Manzoni sur France Inter est sans doute la seule personne que j’aime écouter parler chanson à l’heure du petit déjeuner, alors que le sujet ne me passionne pas. Ce matin-là, bien sûr elle parle d’Aznavour, en commençant par une anecdote familiale pour bien ancrer son propos dans la vie, la vie du quotidien, celle des engueulades en voiture sur la route des vacances à propos des paroles d’une chanson d’Aznavour. Elle enchaîne en parlant d’une chanson de 1956 que je ne connaissais pas :

« Après l’amour », dont le début flamboyant laissait penser que la scène se déroulait dans une arène. Mais plus le morceau avançait, plus la pièce se rétrécissait jusqu’à zoomer sur un lit. […] Pourtant, Aznavour ne chante rien d’extraordinaire : des draps froissés, des corps lourds. Que du concret. Et c’était précisément ça, la révolution : parler de nos vies sans circonvolutions.

Ça fait déjà une journée entière que l’on déverse le flot de paroles convenues que l’on se croit obligé de proférer à chaque décès de célébrité mais là, je trouve que ça sonne juste. Alors, quand je déplie Le Monde au moment de partir prendre mon café et que je tombe sur l’appel de Une pour les pages d’hommage au chanteur, je suis d’abord agacé : « Charles Aznavour, l’universel ». Rien que ça ! Ils font dans le grandiloquent au Monde. Mais je chemine avec ça, en direction du café où j’ai mes habitudes : Aznavour entre quotidien et universel, me disant que ce n’est peut-être pas mal vu… si l’on joue avec l’oxymore de l’universel particulier. Continuer la lecture de « Aznavour, un universel… particulier ! »

Ce qui reste

Ce qui subsiste de nos œuvres, nous l’imaginons volontiers intangible à travers le temps. De l’art roman à Bardot, balade dans la réinterprétation permanente de « ce qui compte vraiment ». Loin des assignations identitaires…

Michel Pastoureau, l’historien de la couleur et médiéviste, note dans un livre consacré aux tympans des plus belles églises romanes (Conques, Aulnay, Autun, Vézelay,…) que les sculpteurs de ces œuvres qui ont traversé le temps étaient moins payés que les peintres qui les mettaient en couleur ! Avec notre regard d’humains du XXIème siècle cela nous semble incroyable. Ceux qui ont sculpté des jugements derniers aussi expressifs, qui ont imaginé ces bestiaires faits de sirènes, de dragons et de sagittaires, qui ont montré des chasseurs rôtis à la broche par des lapins, des moines montrant leur derrière, … avaient moins de valeur aux yeux de leurs commanditaires que ceux qui « se contentaient » de badigeonner l’ensemble de couleurs criardes ! Parce que c’est bien ça, « ce qui reste » 800 ans après : une valorisation de la sculpture romane et une méfiance à l’égard des couleurs qui seraient forcément l’équivalent de la colorisation des films en noir et blanc du début du XXème siècle. D’ailleurs les tentatives de reconstitution faites au XIXème siècle, par Viollet-le-Duc particulièrement, ont bien souvent été vues comme une Disneyisation avant l’heure.

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