En finir avec le referendum !

Ces derniers temps en France, à droite mais aussi à gauche, beaucoup voulaient voir dans le référendum un moyen de retrouver le lien avec les électeurs. Pas sûr que les deux expériences des derniers jours en Grande-Bretagne et en France les aient totalement dessillés. Et pourtant !

Une réponse en apparence simple (Leave) et l’on se retrouve avec des centaines de questions sans réponses ! Des exemples.

Comment peut-on traiter depuis une semaine la majorité des Anglais de nationalistes aigris et insulaires alors que le Leave rassemble nécessairement des gens qui auraient eu des positions très différentes si on ne les avait pas forcé à un choix aussi binaire que IN or OUT ? Comment pouvait-on, par exemple, se dire européen mais avec une autre Europe quand on avait le choix entre un bulletin Remain et un bulletin Leave ?

Comment, plus largement, a-t-on pu demander de décider de manière définitive d’une option dont on ne connaît aucune conséquence ? Quelle entreprise, quelle famille, quelle organisation prend ses décisions de cette manière ? La démocratie a-t-elle le droit d’être inconséquente ? N’est-elle pas aussi un régime qui doit permettre que les minorités soient respectées ?

Comment désormais les parlementaires britanniques vont-ils pouvoir mettre en œuvre une mesure qu’ils n’auraient pas eux-mêmes voté si on le leur avait demandé ? On se trouve dans la situation la plus invraisemblable qui soit : des électeurs tranchent mais ne décident pas (ce sont les parlementaires qui doivent engager la procédure de sortie) ; des élus vont devoir traduire en décision un référendum dont ils ne partagent pas les conclusions et pour la mise en œuvre duquel il n’existe pas de majorité cohérente.

Les questions et les paradoxes sont si nombreux qu’on est pris de tournis face à cette incurie démocratique !!

Incurie, oui ! parce que ce referendum absurde, décidé pour des raison absurdes aura des enchainements d’effets pendant des années avant qu’un nouvel équilibre ne voit le jour. Une seconde de toute-puissance dans un isoloir pour des années de galère à régler des problèmes qu’on a soi-même créés : voilà le deal plus démoniaque que démocratique qui a été proposé aux britanniques.

Quand on perd la signification de l’engagement démocratique, on s’expose à des réponses qui relèvent plus du jeu de bonneteau que de la délibération. Un jeu vécu comme anodin puisqu’on vit dans une démocratie tellement désincarnée, où les votes ont si peu d’effets tangibles. Quand les gens ont le sentiment de n’avoir que le pouvoir de dire non, il n’est pas étonnant qu’ils en usent, d’autant que ça ne change habituellement pas grand-chose : des dirigeants sont changés mais les politiques restent largement les mêmes. Un vote habituellement sans conséquence se révèle cette fois avoir des retombées aussi lourdes qu’insoupçonnées la veille (insoupçonnées parce que négligées).

Même si l’ampleur de la catastrophe est moindre en France, le referendum de Loire-Atlantique est tout de même aussi terrible pour la démocratie. Là aussi on a brandi le recours ultime au peuple souverain ! Que le peuple tranche une bonne fois pour toutes ! Le peuple ? Quel peuple ? Celui de Loire-Atlantique vous dis-je ! Cécile Duflot sur France Inter a demandé à Patrick Cohen qui cherchait visiblement à montrer que les écolos n’étaient pas des démocrates, s’il savait le nom donné par ses promoteurs au futur aéroport de ND des Landes. Devant son ignorance, elle lui a dévoilé : « aéroport du Grand-Ouest », révélant l’absurdité d’interroger les électeurs d’un seul département quand le projet lui-même évoque l’idée d’une desserte pour les habitants d’au moins 2 ou 3 régions de l’Ouest de la France. Le referendum n’est plus ici qu’un jouet manipulable à loisir si l’on choisit sciemment de n’interroger qu’une toute petite partie des personnes concernées. Plus grave, dans une situation bloquée, le référendum n’est évidemment pas le moyen de trouver une solution. A l’inverse on cristallise les oppositions.

Le pire, encore une fois, est que l’on prétend que c’est la démocratie qui s’est manifestée au travers ces deux référendums. Le peuple s’exprime, la messe est dite (vox populi, vox dei). On est bien dans la croyance, mais de la pire espèce. Celle qui fait fi de la raison. La croyance qui, d’égalité en égalité, réduit la démocratie à un « oui ou non » aussi binaire que bête : démocratie = expression populaire = vote = choix entre oui et non. CQFD.

Réduire la démocratie au vote et au vote le plus limité qui soit (oui/non) c’est vraiment ne pas avoir beaucoup de considération pour nos capacités de citoyens ! Ce ne sont pas les Anglais ou les habitants de Loire-Atlantique qui prennent de « mauvaises décisions », ce sont les responsables politiques qui osent jouer avec la démocratie.

Je disais dans mon dernier papier qu’il fallait se doter de nouveaux mots pour renouveler la démocratie (délibérer et entreprendre), ne faudrait-il pas aussi en rayer quelques-uns de notre pratique : le mot référendum par exemple ? C’est en effet tout sauf un outil démocratique quand il est laissé à l’initiative des gouvernants. Préférons-lui le terme plus modeste de « votation » des Suisses et surtout leur pratique, bien différente de la nôtre !

J’organise le 7 juillet à 18h une rencontre[1] pour débattre de ce que peut être une démocratie radicalement différente, en m’appuyant sur les pistes que j’ouvre dans « Citoyen pour quoi faire ? construire une démocratie sociétale » publié chez Chronique Sociale. J’espère que les Lyonnais qui lisent ce blog seront présents nombreux !

[1] De 18h à 20h au théâtre de l’Elysée, 11 rue Basse Combalot métro et tram Guillotière. Une rencontre animée par Denis Bernadet.

Une réflexion sur « En finir avec le referendum ! »

  1. Plus que le pouvoir de l’électeur que tu décris votant rageusement dans un isoloir (parce qu’il est délicat de prôner la démocratie sauf quand les résultats ne sont pas ceux que nous aurions attendus), il s’agit surtout de la lâcheté de l’Etat. Pour Notre Dame des Landes, quand le rapport spécialement préparé par la Commission nationale de débat public met en évidence que l’indemnité que devrait payer l’Etat si le projet ne se fait pas est bien supérieure à la participation prévue de l’Etat au projet, là aussi de nombreuses questions se posent.
    Pour le Breixit, le vote est aussi la réaction aux propos « que l’on a pas le choix », « qu’on ne peut pas faire autrement » tout en faisant l’économie d’argumentation. Il est naturel (avec un brin d’esprit provocateur je le reconnais) de vouloir défier ces postures fermées, non ? Parce qu’en termes de responsabilité politique , d’autres décisions ont pu être prises par des gouvernants avec de très lourdes et longues conséquences sans aucun référendum…

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