Convergence

Un texte, sur le chemin (aérien) des vacances… avant de laisser Nuit debout de côté pour profiter pleinement de la Sicile où je passe la semaine !

J’étais hier midi avec mes amis du collectif ArchipelS. Nous ne nous étions pas tous réunis depuis longtemps. Naturellement le premier sujet que nous avons abordé a été Nuit debout. Après un premier décorticage de ce qui se passe par celles et ceux qui sont allés sur place, on voit vite qu’un éclaircissement de nos positions est nécessaire. « Tu veux dire que le mouvement devrait se structurer ? moi, je pense que c’est bien qu’il reste dans l’incertitude. Vouloir un débouché rapide est le plus sûr moyen que ce soit un échec », « Non, je ne veux pas une structuration, plutôt une clarification pour éviter la déception si ça se prolonge sans résultat « classique » du type retrait de la loi ou naissance d’un mouvement politique ». Nous sommes en fait largement d’accord pour dire que l’apport essentiel de Nuit debout est sa dimension « éducation populaire ». Chacun reconnaît la qualité de l’organisation des prises de parole qui oblige à s’exprimer brièvement et donc à entendre une multiplicité de points de vue. On réinvente parfois l’eau tiède ? Oui, mais ça permet à des personnes peu averties des sujets (les biens communs, le revenu d’existence, les débats constitutionnels…) de se les approprier plutôt que de les découvrir tout-pensés… par d’autres ! L’idéal serait que l’on ne fasse que passer par les places de la République et d’ailleurs puis qu’on aille rejoindre tel ou tel projet ou combat avec d’autres déjà investis sur ces sujets.

Julie, très en forme, parlait de « convergence des luttes » à la fois pour la souhaiter et pour s’étonner de la souhaiter car ce n’est pas franchement sa culture de base ! Elle aimerait que se lève un mouvement réunissant une large part de la population avec enfin une possibilité de voir émerger ce monde plus solidaire auquel elle aspire. Je lisais ce matin la même évocation d’une possible convergence sous la plume d’un sociologue, même s’il ne l’estimait pas très probable. Convergence entre les étudiants et les salariés syndiqués ? entre les bobos et les banlieues ? entre militants de toutes obédiences et citoyens vivant leur premier engagement ?

Aucune de ces convergences ne me semble réellement sur le point de se réaliser ; mais en réfléchissant aux expériences racontées, je me dis qu’une autre forme de convergence pourrait naître, une transvergence plutôt, si on m’autorise ce néologisme. Ici ou là des rencontres ont lieu autour de projets ou de combats menés ailleurs que sur les places. Ces combats bénéficient ainsi ponctuellement d’un renfort qui peut être utile. Pour autant pas de fusion entre les projets, pas de récupération des uns par les autres. Il y a circulation, porosité entre ces « envies d’agir », sans doute d’autant plus que Nuit debout n’a pas de revendication propre. Il y a plus un imaginaire commun qu’un projet commun et c’est ce qui rend possible ces cheminements entre les places où l’on parle et les lieux où l’on agit. Nuit debout, imaginaire commun n’a pas à agir en tant que collectif (ce collectif même informel, n’existe pas) ; Nuit debout peut en revanche devenir une source d’inspiration, un réservoir à initiatives qui seront prises par des participants aux Nuits, des personnes qui y passent, qui s’y croisent et décident d’agir ensemble ou non, en créant des projets ou en rejoignant des démarches déjà existantes.

Convergences et divergences seraient ainsi simultanées, multiformes, à la manière d’un fleuve dont les bras se divisent ou se rejoignent quand il traverse la plaine. Oui je vois plutôt Nuit debout comme un fleuve de plaine que comme un torrent qui grossit en dévalant la montagne ! L’idéologie révolutionnaire préférerait sans doute l’image du torrent qui emporte tout sur son passage, mais n’est-ce pas plutôt en plaine que nous vivons ? Dans un monde où malgré les insatisfactions nombreuses chacun est attaché à l’existant et n’envisage pas de rupture brutale. Qu’on se rassure : un fleuve puissant peut recomposer un paysage ! Il est plus utile me semble-t-il d’inventer ce qu’on n’a jusqu’ici tant de mal à réussir : une transformation puissante et profonde qui prenne en compte les réalités existantes plutôt qu’une tentative illusoire de « table rase ». Mais Nuit debout fournira-t-il un imaginaire assez puissant pour créer ce flux paradoxal, à la fois transformateur et préservateur ?

 

Merci à l’avion qui a cassé son train d’atterrissage sur la piste de l’aéroport de Catane, retardant notre avion vers la Sicile et me donnant – pour me calmer – l’occasion d’écrire ce post d’abord dans le hall inconfortable des lowcosts partant de Saint-Exupéry puis en vol au-dessus de la Méditerranée ! Seulement deux heures de retard et après un premier tour dans Catane l’envie d’être pleinement dans la découverte. Vacances baroque et farniente, une semaine de coupure une fois ce billet envoyé…

 

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