Des pistes pour une pratique imaginative de la participation

Les élections municipales ont placé à la tête des communes des élus souvent favorables à la participation des citoyens. Le passage à l’action est un art périlleux ! quelques pistes pour ne pas choisir entre URGENCE et IMPORTANCE !

Les élus nouvellement installés sont confrontés au dilemme classique entre urgence et importance. On le sait d’avance, c’est l’urgence qui gagne à chaque fois ! Or l’urgence conduit à faire avec les moyens du bord sans rien changer aux pratiques, même lorsqu’elles ne sont pas jugées satisfaisantes. On tombe alors dans le cycle bien connu de la défiance réciproque : les démarches mises en œuvre souffrent des mêmes défauts qu’avant et sont donc déceptives ; les citoyens qui espéraient des changements contestent ou se rétractent, les agents et les élus face à ces réactions vont vite perdre leur enthousiasme. Beaucoup d’énergie aura été déployée en pure perte ou presque.

Comment sortir de ce cercle vicieux ? En transformant l’importance en urgences ! Urgence-s au pluriel parce que l’importance est toujours trop énorme trop protéiforme pour s’insérer telle quelle dans les logiques de l’urgence.

Pour cela il faut démontrer que ces « urgences de l’importance » sont autant de raccourcis créatifs pour aller plus vite dans l’établissement d’un nouveau contrat démocratique, d’une nouvelle relation entre élus, services, citoyens, acteurs sociaux… La définition du contrat démocratique ne doit pas être vue comme un préalable en raison de son importance mais comme une succession de rendez-vous qui vont à chaque fois rendre plus fluide la mise en œuvre de tous les chantiers urgents grâce à une montée en puissance de la qualité de la relation (vision partagée, confiance dans l’organisation mise en place…). Continuer la lecture de « Des pistes pour une pratique imaginative de la participation »

Convention citoyenne pour le climat : une autre !!

Le bilan de la Convention citoyenne pour le climat que je propose amène à dire qu’il faut dès maintenant prévoir une nouvelle convention !

Adepte de longue date du tirage au sort pour renouveler la démocratie et co-rédacteur de la lettre ouverte qui a incité le président de la République à créer la Convention citoyenne, je me suis bien sûr réjoui que cette pratique démocratique trouve enfin une reconnaissance au plus haut niveau. Il faut souligner la responsabilité avec laquelle les citoyens se sont acquittés de leur tâche montrant cette fois de manière largement médiatisé ce que tous ceux qui ont animé des jurys citoyens savent : la compétence initiale n’est pas nécessaire à la qualité de la délibération démocratique. Cette reconnaissance est la vraie nouveauté et devrait faire des jurys tirés au sort une des formes habituelles de la démocratie, si le président confirme bien son souhait de créer de nouvelles conventions sur d’autres sujets. Même si je suis convaincu de l’effet positif que peut avoir la démarche sur nos pratiques démocratiques et même sur la lutte contre le dérèglement climatique, il me semble important de voir les limites de l’exercice dans sa forme actuelle pour tenter de l’améliorer afin qu’il devienne pleinement légitime aux yeux du plus grand nombre. Il est donc intéressant de repartir des critiques qui ont été formulées pour voir ce qui peut servir à avancer.

Sans prétendre être exhaustif, voici une liste de critiques qui ont été formulées sur la production de la convention et donc les 149 propositions. Il y a en effet des critiques sur le principe même du recours à la Convention mais ce ne sont pas celles qui m’intéressent ici puisque je cherche à voir comment améliorer le processus d’implication des citoyens dans l’action publique.

  • 1/ La convention n’a fait que reprendre des propositions faites depuis longtemps par les experts de l’écologie, c’est une perte de temps
  • 2/ Elle propose des mesures sans qu’on sache si elles répondent à la commande de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030 faute d’évaluation de l’impact des mesures proposées
  • 3/ Elle fait un usage punitif du droit en multipliant les interdictions
  • 4/ Elle ajoute de nouveaux outils juridiques alors que le souci est plutôt d’appliquer ceux qui existent déjà
  • 5/ Elle limite ses propositions à des actions qui impactent la vie des gens sans introduire les transformations structurelles nécessaires
  • 6/ Elle ne remet pas en cause la commande initiale en en relevant les impasses

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Inventons !

Un texte court et optimiste pour sortir du malaise que provoque un déconfinement étouffant (derrière des masques) ! il m’a été inspiré par Barbara Cassin qui proposait d’inventer, sur un registre très éloigné des pesants appels à la réinvention qui se multiplient !

Depuis quelques jours, alors que le déconfinement semble n’être qu’une longue liste de règles à respecter – et même une liste de listes, puisque chaque lieu a ses propres règles : l’école, les magasins, les transports, chaque entreprise,… – on voit heureusement fleurir ici ou là des « Inventons ! » suggestifs et réjouissants. D’abord parce qu’ils sont à la première personne du pluriel, mettant spontanément l’initiateur de l’injonction joyeuse au même niveau que ses lecteurs : ce n’est ni l’injonction comminatoire du « inventez », ni la prétention du « j’ai inventé ». Ce n’est pas non plus ce réinventer si agaçant avec son RE qui dit exactement le contraire de l’invention. Le RE c’est toujours la fausseté de tout changer sans rien changer. On comprend bien la différence entre une voie renouvelée et une voie nouvelle : la première passe toujours par le même chemin, on l’a simplement rempierrée ou, plus sûrement, goudronnée de frais ; la voie nouvelle est partie ailleurs, dans une autre direction. Et qu’on ne me dise pas idéaliste, désireux d’une tabula rasa, c’est tout le contraire. On n’invente pas à partir de rien. Mais souvent on invente avec d’autres, avec de l’attention aux surgissements, avec de la sérendipité, avec de la joie. Tout l’inverse de la réinvention qui rationalise à outrance. Voyez le papier de Schneidermann  qui liste, en s’en moquant, les multiples réinventions promises. Mais surtout lisez Barbara Cassin et son fils qui proposent une invention opportuniste et futée, tout à fait de celles auxquelles j’aspire : celle  d’une école ouverte – et non déconfinée – amenant les enfants dans les musées, les théâtres et les parcs aujourd’hui fermés et vides, une école faisant appel aux compétences d’éducateurs divers aujourd’hui réduits au chômage, comédiens, éducateurs sportifs, moniteurs de centre aéré…

Inventons donc ! Inventons un nouveau rapport à l’agriculture en profitant de l’engouement marqué pour les producteurs locaux, inventons un hôpital humain en tirant parti des espaces de liberté et de la reconnaissance obtenus dans l’urgence sanitaire, inventons d’autres rapports au travail en créant enfin le revenu d’existence, inventons d’autres rapports à la propriété, inventons autre chose que des métropoles clones les unes des autres et trouvons des ressources de vitalité pour la moindre parcelle de nos territoires. Inventons de façon pragmatique et, comme le fait le Vivant, en multipliant les options et les expérimentations.

Rappelons nous enfin que celui qui découvre un trésor en est l’inventeur. Alors soyons inventeurs des richesses de demain (et surtout ne réinventons pas les « trésors » d’hier (les SUV, les escapades en avion à l’autre bout du monde, la mode jetable ou les fraises en hiver). Et si les 55 milliards que les Français n’ont pas dépensé pendant le confinement étaient investis dans les inventions du monde de demain plutôt que consommés – consumées – dans le REdémarrage d’une économie follement RElancée ? Décidemment oublions les RE et inventons !

Repenser le « gouvernement » local, urgence des municipales

Les élections de 2020 sont particulièrement importantes pour renouveler nos pratiques démocratiques. Espérons que les violences récentes à l’égard de quelques maires ne nous détournent pas de la question cruciale du « bon gouvernement ».

J’entendais il y a quelques jours, sur France Inter, la femme d’un maire qui craignait pour la vie de son mari. Cet élu venait encore d’être menacé, cette fois avec une tronçonneuse. « Je ne tolère pas la moindre incivilité » disait-il à son intervieweuse, « Dès qu’il se passe quelque chose, renchérissait son adjointe, il me téléphone : allo Coco, y a ça, j’y vais ». Cette agression est inadmissible mais doit-on la mettre au cœur de l’actualité ? Bien sûr une agression qui touche une personne dévouée au bien commun (ce maire ici, des pompiers ailleurs,…) nous parait de ce fait encore plus insupportable ; mais encore une fois, doit-on se focaliser sur cette question comme on semble commencer à le faire, pris dans le tourbillon médiatique ?

Même en hausse, cette violence reste en effet – et heureusement – assez faible, le reportage n’évoquait que 361 agressions ou incivilités à l’égard des maires l’an dernier sur 35 000 maires d’après une étude du Ministère de l’Intérieur. Avec la focalisation sur la violence, on risque de ne chercher que des réponses sécuritaires qui ne traitent jamais le fond des problèmes. Ce qui est pour moi le plus dérangeant dans cette manière de rendre compte de la réalité, c’est ce qui est dit en creux : le maire victime est héroïsé. Le maire apparait ainsi comme un bon maire parce qu’il incarne l’autorité et parce qu’il est prêt au sacrifice. Il ne compte pas son temps, il peut être appelé jour et nuit, il est toujours sur le coup,… Le Maire, même familier, même proche des gens est et reste « hors du commun », il s’écrit avec une majuscule.

C’est cette sacralisation de l’élu, cette mise à part, qui pose problème et contribue paradoxalement à aggraver le blues des élus dont on parle (un maire sur deux envisage de ne pas se représenter en 2020 selon le Cevipof). Continuer la lecture de « Repenser le « gouvernement » local, urgence des municipales »