Sommes-nous vraiment condamnés à une forme d’inefficacité dans l’action ?

[Conversation écrite « Remettre l’Écologie à l’agenda ? » – février 2026]

Contribution de Sylvain Rotillon
Secrétaire permanent du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture)

Ici l’écolo git, c’est l’épitaphe qui pourrait être gravée, si on n’y prend garde, si on donne corps aux discours qualifiant d’écoterroriste tout ce, tous ceux, toutes celles qui cherchent à conserver l’habitabilité de notre planète.

Ici, l’éco-logis pourrait devenir la norme réductrice d’une pratique reposant sur les « petits gestes » responsabilisant les individus, les opposant, tout en déresponsabilisant le système global de surproduction, de fuite en avant extractiviste.

Entre approche conflictuelle, qui se heurte à un appareil d’État de plus en plus répressif sans entraîner un fort soutien populaire, et approche superficielle, sommes nous vraiment condamnés à une forme d’inefficacité dans l’action qui serait pire que l’inaction ?

Si la parole peut être performative, elle peut tout aussi être contre-performative, aboutir à l’effet inverse à celui recherché. Dans le domaine de l’écologie, on le constate chaque jour. D’où que proviennent les discours, ils semblent générateurs de conflits et de rejets, ou n’avoir aucun effet concret. Pour reprendre les deux types de pratiques induites par les deux types de discours évoqués, certes très schématiques, mais recouvrant deux grandes approches des enjeux environnementaux, on constate qu’elles ne dépassent pas un cercle militant déjà convaincu d’un côté, touchent un public plus large de l’autre, mais avec une efficacité marginale.

Alors que la perception des changements environnementaux et de leurs effets néfastes, que l’envie de vivre dans un environnement sain est désormais largement partagée, le peu d’effet des discours pose question. Cette affirmation que la remise en cause des changements environnementaux devient minoritaire peut étonner tant il est question de backlash écologique, tant les mesures en faveur de l’environnement sont démantelées dans un silence général. Pourtant, imaginer que les gens ne se rendent pas compte ou se contrefoutent des dégradations subies n’est qu’un des symptômes du problème lié aux discours sur l’écologie : leur caractère infantilisant, à travers les petits gestes, ou donneur de leçons, à travers les discours militants qui postulent qu’il faut expliquer à la population ce qu’elle expérimente au quotidien. La préoccupation est partagée, ce qui l’est moins c’est la façon d’en parler et les solutions qui sont avancées.

Ce qui caractérise trop souvent les discours sur l’écologie, c’est qu’ils tombent très vite dans le registre de l’injonction. Et quand on n’y répond pas favorablement, on est sous le feu des critiques. Les approches sont morales, venant classiquement de la part de personnes ayant des marges de choix, destinées à d’autres n’en ayant pas. C’est Marine Tondelier critiquant les personnes qui achètent sur je ne sais quel site chinois des vêtements en promouvant l’achat d’un jean de qualité à 150€ comme étant plus responsable ; c’est s’en prendre aux agriculteurs utilisateurs de pesticides qui en sont les premières victimes. Ceci est inaudible, contre-performatif si on n’aborde pas les problèmes qui sous-tendent ces absences de choix : disposer des moyens pour changer de mode de consommation, accompagner les agriculteurs pour changer de modèle.

Pour redevenir audible, il faut de la confiance, de la considération pour les personnes qui aujourd’hui rejettent les discours écologiques qui leur sont imposés. Il faut de l’écoute et entendre ce qu’elles ont à nous dire, cesser d’imposer des solutions génériques, cesser de stigmatiser des comportements. Il faut aussi de la cohérence. Les personnes ayant l’impact le plus négatif sur l’environnement sont les plus aisées or les discours ne les visent pas spécifiquement, restent la plupart du temps généralistes ou ne s’en prennent qu’aux « ultra-riches », invisibilisant les classes moyennes supérieures qui sont loin de l’impact des plus riches, mais sont très loin de la sobriété.

Alors, faut-il un autre discours sur l’écologie ? Il faut surtout selon moi ouvrir à tout le monde la parole sur l’écologie, en repartant non pas des solutions, mais des attentes. Quel monde voulons-nous, dans quel cadre de vie voulons-nous vivre ? Sortir des injonctions et de la morale, toujours descendante des « sachants » vers les « profanes ». Écoutons au lieu de parler.

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